
Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.
OK, je réalise que les références à Sol risque de ne pas pogner. Mais le personnage gagnerait à être connu de tous, ne serait-ce que pour l’inimitable capacité du clown triste à parler entre les lignes en enchaînant des jeux de mots rarement gratuits (YouTube).
Parlant de lire entre les lignes, quand le gouvernement du N-B a lancé son programme de gratuité scolaire, nous avons réagi favorablement, comme bien d’autres (FÉÉCUM). Mais, c'est la norme et non l'exception; plus nous avons appris les paroles de la chanson, et plus nous avons déchanté (FÉÉCUM).
Le programme de droits de scolarité gratuit (DSG) aurait raté sa cible pendant sa première année, au sens que les estimés donnés par la ministre en poste lors du lancement étaient bien loin des résultats réels (FÉÉCUM). En ce sens, on ne devrait peut-être pas vraiment parler de cibles, mais plutôt de prévisions. N’empêche que quand on possède tous les chiffres, qu'on décide des paramètres et construit les modèles, on perd le droit à l'erreur grossière.
Depuis, la grogne des étudiant.e.s inéligibles au DSG s’est quelque peu apaisée grâce à la création du Programme d’allègement des droits de scolarité pour la classe moyenne (GNB).
On ne sait pas encore quel sera l’impact réel du PADSCM, qui commence à peine sa première année. Par contre, chacune des universités publiques du N-B a augmenté ses droits de scolarité. Et toutes sauf l’Université St. Thomas de Fredericton (STU) s’en sont tenu au 2% prescrit par le gouvernement, en vertu de l'entente spéciale maintes fois évoquée.
Quoique lorsqu'elle annoncé son budget 2017-2018, l'Université de Moncton a fait une observation intéressante :
« En 2016-2017, les droits de scolarité de l’Université de Moncton étaient inférieurs d’environ 840 $ par année académique par rapport à la moyenne des universités publiques du Nouveau-Brunswick. À la fin de cette année financière, l’Université de Moncton offrira encore les frais de scolarité les plus bas au Nouveau-Brunswick. » (UMoncton).
Si on lit entre les lignes : on pourrait (ou devrait ?) vous charger ben plus cher que ça.
J’interprète, évidemment, mais les propos du recteur, immédiatement après ce premier passage, pointent en ce sens :
« Nous sommes d’avis que les programmes gouvernementaux d’aide aux étudiantes et aux étudiants récemment mis en place réduiront l’effet de l’augmentation des droits de scolarité pour une majorité d’étudiantes et d’étudiants fréquentant une université publique »
Rassurant, et pas.
En effet, on entend dire que certains hauts-placés seraient contrariés. Et pourquoi ? Comme l’Université de Moncton a les droits de scolarité les plus faibles dans la province, elle recevrait également le moins de fonds du gouvernement via le DSG et du PADSCM.
Évidemment, on est curieux, alors on a contacté le Ministère de l’éducation postsecondaire, de la formation et du travail, qui nous est revenu avec des chiffres précis sur le DSG tellement vite que je ne serais pas surpris que l’objectif soit de clouer le bec aux universités. Notez bien que les chiffres datent du 13 mars et ne sont pas officiels car le budget du DSG n’est bouclé que le 31 juillet. En revanche, ils ne contredisent pas ceux cités en entrevue par le vice-recteur de l'UMCS (Acadie Nouvelle).
Et puis hey, qui je suis pour vous en priver?

SOURCE : 1. Gouvernement du N-B (MEFT), 2. UnivCan, Effectifs d’automne 2016 à temps plein et à temps partiel aux universités canadiennes
Si on se limite à l’impact du DSG, les remarques de M. Théberge sonnent faux : la majorité ne sera pas épargnée par la hausse du coût de la scolarité. Au total, les bénéficiaires du DSG représentent un peu plus de 21% des étudiant.e.s dans les universités du N-B. Du côté des institutions, dans l’ordre, le DSG couvre les droits de scolarité de : 30% des étudiant.e.s à STU, 27% à l’UdeM, 23% à UNB et 12% à MtA.
Et la définition généralement acceptée de la majorité est de 50% plus un. Ça varie, oui, mais pas à la baisse.
Évidemment, la donne pourrait changer une fois que l'impact du PADSCM sera connu. Rappelons que ce programme pardonne un pourcentage des droits de scolarité et non la totalité. L’échelle mobile présentée par le gouvernement prévoit des montants allant « jusqu’à 98% du coût de la scolarité » et qui vont varier selon la taille de la famille (GNB).
Sauf que « jusqu’à » n'est pas tout à fait une mesure exacte. Oui, c’est vrai que des étudiant.e.s de famille avec un revenu allant jusqu’à 123 500$ seront éligibles au PADSCM, mais ce plafond s’applique aux familles de 7 personnes ou plus. En connaissez-vous beaucoup ?
Le nombre moyen d’enfant par ménage au N-B est de 2,3 (Statcan). À vrai dire, d’après les données du recensement de 2011, seulement 1,4% des ménages au N-B comptaient plus de 5 personnes : les ménages de 2 personnes (39%), 3 personnes (16%) et 4 personnes (13%) sont de loin les plus nombreux.
Songeons aussi que la population vieillit, et rapidement: les ménages de deux personnes ne sont certainement pas toutes des familles monoparentales.
Mais comme la plupart des ménages se composent de 2 personnes, et que la limite de revenu familial éligible au PADSCM dans leur cas est de 75 000$, il y a encore de l’espoir que M. Théberge puisse techniquement avoir raison.
Enfin, il reste à peser l’argument disant que le coût plus bas de la scolarité à Moncton désavantage l’institution. Regardons les bénéfices du DSG en termes de montant versé :


SOURCE : 1. Gouvernement du N-B (MEFT), 2. UnivCan, Effectifs d’automne 2016 à temps plein et à temps partiel aux universités canadiennes
Si on se limite à l’impact du DSG, les remarques de M. Théberge sonnent faux : la majorité ne sera pas épargnée par la hausse du coût de la scolarité. Au total, les bénéficiaires du DSG représentent un peu plus de 21% des étudiant.e.s dans les universités du N-B. Du côté des institutions, dans l’ordre, le DSG couvre les droits de scolarité de : 30% des étudiant.e.s à STU, 27% à l’UdeM, 23% à UNB et 12% à MtA.
Et la définition généralement acceptée de la majorité est de 50% plus un. Ça varie, oui, mais pas à la baisse.
Évidemment, la donne pourrait changer une fois que l'impact du PADSCM sera connu. Rappelons que ce programme pardonne un pourcentage des droits de scolarité et non la totalité. L’échelle mobile présentée par le gouvernement prévoit des montants allant « jusqu’à 98% du coût de la scolarité » et qui vont varier selon la taille de la famille (GNB).
Sauf que « jusqu’à » n'est pas tout à fait une mesure exacte. Oui, c’est vrai que des étudiant.e.s de famille avec un revenu allant jusqu’à 123 500$ seront éligibles au PADSCM, mais ce plafond s’applique aux familles de 7 personnes ou plus. En connaissez-vous beaucoup ?
Le nombre moyen d’enfant par ménage au N-B est de 2,3 (Statcan). À vrai dire, d’après les données du recensement de 2011, seulement 1,4% des ménages au N-B comptaient plus de 5 personnes : les ménages de 2 personnes (39%), 3 personnes (16%) et 4 personnes (13%) sont de loin les plus nombreux.
Songeons aussi que la population vieillit, et rapidement: les ménages de deux personnes ne sont certainement pas toutes des familles monoparentales.
Mais comme la plupart des ménages se composent de 2 personnes, et que la limite de revenu familial éligible au PADSCM dans leur cas est de 75 000$, il y a encore de l’espoir que M. Théberge puisse techniquement avoir raison.
Enfin, il reste à peser l’argument disant que le coût plus bas de la scolarité à Moncton désavantage l’institution. Regardons les bénéfices du DSG en termes de montant versé :

Source : GNB
Sans surprise, on voit que le montant reçu par l’institution varie plus en fonction du nombre d’inscriptions éligibles que du coût de la scolarité. Alors oui, l’Université de Moncton pourrait faire plus d’argent « gratis » en montant le coût de la scolarité, mais si ça se fait au prix d’une baisse des inscriptions ce ne serait pas forcément à son avantage. Pensons d’ailleurs qu’un peu plus d'un.e étudiant.e.s sur quatre à Moncton était éligible au DSG et que nous ne savons pas combien seront éligibles au PADSCM, ni quel montant ces derniers recevront.
Cependant, il est possible de remettre en question les inquiétudes exprimées quant au désavantage engendré par le coût plus bas de la scolarité à Moncton. Mount Allison en particulier semblait considérée comme tirant un maximum du DSG en raison du coût élevé de la scolarité, mais avec environ la moitié des étudiants de Moncton, l’institution de Sackville compte une proportion significativement inférieure de récipiendaires du DSG, et moins de la moitié des fonds reçus par notre institution.
Il faudra donc y penser deux fois avant de clamer « pôvre de petit moi »...
Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.
Sans surprise, on voit que le montant reçu par l’institution varie plus en fonction du nombre d’inscriptions éligibles que du coût de la scolarité. Alors oui, l’Université de Moncton pourrait faire plus d’argent « gratis » en montant le coût de la scolarité, mais si ça se fait au prix d’une baisse des inscriptions ce ne serait pas forcément à son avantage. Pensons d’ailleurs qu’un peu plus d'un.e étudiant.e.s sur quatre à Moncton était éligible au DSG et que nous ne savons pas combien seront éligibles au PADSCM, ni quel montant ces derniers recevront.
Cependant, il est possible de remettre en question les inquiétudes exprimées quant au désavantage engendré par le coût plus bas de la scolarité à Moncton. Mount Allison en particulier semblait considérée comme tirant un maximum du DSG en raison du coût élevé de la scolarité, mais avec environ la moitié des étudiants de Moncton, l’institution de Sackville compte une proportion significativement inférieure de récipiendaires du DSG, et moins de la moitié des fonds reçus par notre institution.
Il faudra donc y penser deux fois avant de clamer « pôvre de petit moi »...
Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.




