
par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets
Le sort en est jeté, comme disait César. Il y a de cela quelques jours, je vous disais que j’allais revenir avec un blogue qui donne un aperçu des enjeux politiques qui devraient dominer la campagne électorale qui s’amorce en vue des élections provinciales de l’automne 2014. Les grandes lignes deviennent plus claires de jour en jour, les enjeux privilégiés des politiciens se révèlent.
Alors voilà :
Dans le coin bleu : David «Duc Oléo» Alward
Pas de secret, les conservateurs miseront sur les thèmes familiers, soit l’économie et les ressources naturelles (et non pas l’environnement, notez bien) entre autres (Les autres : http://www.pcnb.ca/fr/notre_parti/nos_politiques/). Après le pétrole, le gaz de schiste, les bleuets, c’est maintenant la potasse qui se montre le bout du nez. Des gisements de ce minerai (dont une mine est déjà exploitée par PotashCorp dans la région de Sussex) encore inexploités se situent dans la région entre Sussex et Hillsborough.
Ne vous attendez à rien dans le programme électoral des conservateurs qui soit susceptible de coûter de l’argent aux contribuables. Après le gel des subventions aux universités, des coupures dans le réseau de santé, et une réforme des pensions des employés provinciaux, ce serait surprenant de les trouver d’humeur dépensière en 2014. Aura-t-on droit encore une fois à nos beaux chemins d’année électorale? Bizarrement, les dépenses cette année dans le domaine sont bien moins élevées qu’à la normale, au grand dam des constructeurs de routes…
Les chances d’investissements en éducation? Je ne dirais pas nulles, car le ministre Carr est présentement à travailler une énième réforme de l’aide financière –ou du moins c’est ce qu’on nous laisse croire-, mais certainement minimes. On devra plutôt s’attendre à du ménage de portefeuille. Autrement dit, on ne donnera probablement pas plus, mais autrement.
D’ailleurs, le ministre Jody Carr vient tout juste d’annoncer des investissements dans les programmes d’apprentissage (métiers spécialisés) qui couvriront les frais exigés pendant les blocs menant à l’obtention d’une licence, ainsi que des incitatifs aux employeurs pour accueillir plus d’apprenti(e)s. Industrie oblige.
Dans le coin rouge : Brian «La Girouette Dorée» Gallant
Il y a quelques semaines à peine, on croyait encore que l’éducation puisse être un thème central de la campagne libérale. Mais il faut croire que les conseillers politiques de Brian Gallant ont sorti le liquid paper. Depuis la semaine dernière, c’est le thème de l’imputabilité qui a remplacé l’éducation : sexy. L’imputabilité, ça ne coûte rien, et en plus ça décourage les dépenses irresponsables de la part des politiciens, ce qui explique l’attrait. Essentiellement, ça ne demande aucun effort ni investissement supplémentaire, simplement plus de transparence au niveau des dépenses gouvernementales. Et qui, je vous le demande, peut être contre l’imputabilité?
Ceux qui ont quelque chose à cacher.
Et voilà que tout s’explique. On ne va rien changer dans la cabane, mais on promet d’ouvrir les châssis. C’est donc la pièce que les libéraux semblent prêts à déposer sur l’échiquier. L’éducation ça coûte trop cher, et ça demande beaucoup de travail à réparer; le gaz de schiste, ça va de l’avant alors pourquoi miser sur une bataille perdue (au sens politique)? L’imputabilité, la reddition de comptes, et caetera, devrait créer un débat public qui tourne au désavantage des conservateurs, qui se tournent de plus en plus vers les grands industriels pour relancer l’économie provinciale. Et ça, ça ne se fait pas sans encourir de dépenses, ou de promesses d’économies difficilement injustifiables dans notre situation financière. Du moins, c’est ainsi que j’interprète la décision du chef libéral de changer de discours à ce moment; soit les conservateurs jouent le jeu et révèlent leurs «crocheries», soit ils sont contre et passent pour des croches de toute façon. Comme il serait contre-intuitif pour un gouvernement aussi porté sur les coupures de dépenser de façon irresponsable l’argent des contribuables, Gallant ramassera les votes du public outragé. C’est un pari.
Pourquoi? Parce que les libéraux fonderont leur programme électoral, essentiellement, sur l’inaction. Mais ils sont dus pour revenir au pouvoir. Une fois encore, Gallant promet de faire uniquement des promesses qu’il est en mesure de tenir. Rien, c’est facile à promettre.
… Triste politique!
Bien évidemment, la parti prend également position sur une foule d’autres enjeux, mais c’est là son rôle en tant qu’opposition officielle (Parti libéral du N-B : http://nbliberal.ca/fr/latest-news/)
Les chances d’investissement en éducation? S’il est porté au pouvoir (les sondages indiquent actuellement une victoire facile des libéraux), Gallant a trop parlé d’éducation pour ne rien faire. Mais rêver d’investissements massifs est utopique, car changer de gouvernement n’égale pas changer de problème. Il est toujours facile d’être ouvert d’esprit quand on n’a pas à assumer les contrecoups de ses décisions.
Dans le coin orange : Dominic «Le Calculateur» Cardy
Le plan de Dominic Cardy ne tient pas moins du calcul politique : taper sur les libéraux à bras raccourcis, en espérant ramasser les votes que les Néo-Brunswickois insatisfaits de la situation ne voudront pas redonner au conservateurs. Parce qu’en discréditant Brian Gallant, Cardy se pose comme le choix logique de l’anti-vote. Ce qui n’est pas fou, considérant la tradition néo-brunswickoise (voire canadienne) de voter soit pour ses amis ou contre les candidats dont on ne veut pas.
Alors, on votera pour Cardy en voulant voter contre Alward sans pouvoir faire confiance à Gallant. Sans blague, allez voir la page du parti : toutes les nouvelles vargent sur les libéraux (http://www.npdnb.ca)...
Mais qu’est-ce que le NPD a à offrir au Nouveau-Brunswick? «Nous pouvons faire mieux», oui, mais comment? Ce n’est pas en se posant comme une simple alternative qu’on acquiert de la légitimité politique; pourtant le chef néo-démocrate, Dominic Cardy, est loin d ‘être un deux de pique. Il peut encore nous surprendre.
Mais pour l’instant, c’est un discours sans substance que nous servent les néo-démocrates. Du chialage.
Les chances d’investissement en éducation? Tout ce qu’ils nous garantissent à ce jour, c’est qu’il n’y aura pas de coupures en éducation et en santé. On a déjà vu ce que ça peut donner. Et parlez-en à nos collègues néo-écossais des investissements du NPD en éducation, pour voir. Pas reluisant.
Dans le coin vert : David «Silent Dave» Coon
Le chef David Coon a le programme le plus flyé; économie durable, justice sociale, démocratie véritable, énergie durable, tout y est. Le rôle des verts est de fournir une perspective socialement et écologiquement responsable sur les défis de la société néo-brunswickoise, et c’est exactement ce qu’ils proposent.
Mais soyons clairs : rien, absolument rien de ce qui compose les fondements d’un programme vert n’est réalisable dans un mandat de quatre ans, parce que cela va fondamentalement à l’encontre du système socio-économico-politique actuel.
Par contre, il y a là-dedans des idées de programmes (surtout en agroalimentaire et en énergie) drôlement intéressants.
La réforme électorale en faveur d’un système à représentation proportionnelle semble être le cheval de bataille que comptent enfourcher les verts (une pétition sur leur site le laisse croire : http://www.greenpartynb.ca/index.php). Et bien entendu, l’opposition à l’exploitation du gaz de schiste représente pour eux l’occasion rêvée de récolter des votes, alors on peut difficilement imaginer qu’ils n’amèneront pas le sujet sur le tapis.
Les chances d’investissement en éducation? Selon les verts, la société a des problèmes bien plus graves à régler; les investissements viendront après.
Dans le coin… mauve?: Kris «Error 404» Austin
Que propose l’Alliance des gens du N-B? Le VRAI bilinguisme, vous savez, celui qui se passe en anglais. Ou à la rigueur, Google Translate institutionnalisé et une flotte de traducteurs itinérants. Le tout sans gaz de schiste, de préférence.
Pour être juste, l’AGNB parlait en septembre (comme c’est original) d’améliorer l’accès au post-secondaire en –et je déchiffre- abolissant la contribution parentale, et en légiférant pour que les intérêts sur la dette étudiante ne fassent pas d’excès de vitesse. Je pourrais me tromper, allez voir si ça vous dis (AGNB : http://www.peoplesalliancenb.com/releases-en-francais/185-l-alliance-des-gens-feront-education-post-secondaire-un-acces-prioritaire).
Mais une chose est certaine, un gouvernement mené par les mauves serait marqué par des coupures massives en éducation, comme en santé et dans la fonction publique, par le biais de la dérèglementation des impératifs liés au bilinguisme officiel de la province.
Les chances d’investissement en éducation? Aussi grandes que leurs chances de se faire élire en 2014.
Blam.
Alors, la table est mise, le pentagone politique néo-brunswickois est prêt pour son combat quadriennal, mettant en vedette les deux grands favoris, un jeune premier, et deux obscurs. Ce qui est triste, c’est que j’aimerais pouvoir vous dire que chacun est en mesure de fournir un effort solide.
On voit déjà que tous vont nous servir la même salade. La vinaigrette pourrait changer, peut-être verra-t-on un peu de feta bio, peut-être que certains brasseront plus fort que d’autres, mais la triste vérité est que tout va devoir être relié d’une façon ou d’une autre à l’économie. Les bleus mènent la danse, et vont chercher à démontrer qu’ils sont les mieux en mesure de s’attaquer aux problèmes financiers du N-B. Les rouges seront essentiellement d ‘accord avec tout mais avec des nuances, tout en «oui, mais». Les oranges vont tâcher de ridiculiser les rouges, ce qui pourra en bout de ligne aider les bleus, ou servir leur propre cause. Les verts et les mauves, les Minardi de la grille de départ politique, sont sans réelles attentes de succès, et de fait sont les seuls susceptibles de présenter une vision radicalement différente de l’avenir de la province. Mais la vérité est que c’est au centre que la majorité se concentre, et non aux extrêmes.
C’est alors le milieu, mou et flou, qui doit dominer le discours politique. L’économie, la santé, les routes. Aller trop loin à gauche ou à droite est risquer d’aliéner une part significative de l’électorat. La politique se résume donc à une banale question d’arithmétique. J’aimerais avoir tort.
Alea jacta est!




