
Par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.
En mai 2017, le gouvernement progressiste-conservateur du Manitoba, mené par Brian Pallister, a annoncé son intention de couper de 15% le personnel à la haute-administration des universités de la province. C’était la troisième étape d’un programme de réduction du déficit qui a débuté en 2016 avec des coupures dans le secteur gouvernemental, pour s’étendre ensuite aux sociétés de la Couronne, et enfin aux institutions financées publiquement.
Tout ce beau monde a dû trouver des économies de 15% dans son budget (CBC).
Dans chacun des cas, des compressions importantes ont eu lieu dans le personnel, administratif ou autre. Dans la fonction publique, 112 postes de hauts fonctionnaires ont été éliminés (CBC). La société hydroélectrique Manitoba Power a pour sa part coupé plus de 900 emplois.
Alors il y a eu du gras en trop qui a pris le bord.
Aucune des institutions postsecondaires de la province n’a échappé au couperet: partout des positions administratives ont été coupées, combinées en de nouveaux postes, ou encore intégrées aux fonctions plus bas dans la hiérarchie. Par contre, disons-le, d’après les quelques exemples plus précis qui s’offrent à nous, rien de plus haut dans la structure administrative qu’un vice-rectorat adjoint n’a été aboli.
Donc on aura coupé « en haut », comme le suggérait Pallister. Mais pas aussi haut qu’on aurait pu.
Puisque la demande pour une analyse des structures administratives de l’Université de Moncton, déposée par l’ABPPUM et la FÉÉCUM en 2015 (point 12.3.4, UMoncton) est restée sans suite, la situation nous offre la chance de voir quel genre de gains seraient réalisables en passant à l’acte.
À quoi doivent s’attendre les étudiant.e.s quand le gouvernement oblige les universités à couper dans la haute-administration? Le gros bon sens nous dit: réduction du coût des opérations, et donc des études.
Mais bienheureux qui trouvera du gros bon sens dans l’administration universitaire: la réponse des institutions manitobaines a de quoi surprendre.
D’abord, les hausse des droits de scolarités. La loi 31, adoptée au Manitoba en novembre 2017, met fin à l’indexation des droits de scolarité à l’inflation (mesure en place entre 2009 et 2017, suite à 10 ans de gel des droits de scolarité), en faveur d’un plafond de 5% par année, plus inflation. De surcroît, elle lève les restrictions sur l’adoption de frais afférents (Manitoban). Évidemment, les universités ne se feront pas prier.
S’il faut s’en convaincre, le recteur de l’Université du Manitoba David Barnard, a déclaré qu’il considère l’écart important entre les coûts de la scolarité au Manitoba (4100$) et le reste du pays (à l’exception du Québec, à 2391$, et de Terre-Neuve, à 2550$) comme « une opportunité dont il a l’intention de tirer avantage » (Global).
De plus, le crédit d’impôt provincial sur les droits de scolarité a été aboli. Ce programme, mis en place par le gouvernement NPD, permettait de récupérer jusqu’à 60% du coût de la scolarité sous la forme de crédits d’impôt après l’obtention du diplôme (CBC). En le coupant, le gouvernement économise 52 M$. Ajoutons que ces fonds n’ont pas été réinvestis dans l’aide financière aux étudiants.
Alors demain n’est pas la veille qu’un cri de victoire des étudiants retentisse à travers la Prairie. Une grande partie du problème réside dans l’approche du gouvernement Pallister, qui a non seulement imposé des réductions de l’appareil administratif (à l’instar des changements apportés dans le autres domaines du secteur public), mais également une diminution des subventions aux institutions, de l’ordre de 0,9% .
De fait, les étudiants sont cités parmi les grands perdants des budgets 2017-2018 (CBC) et 2018-2019 (CBC) au Manitoba.
Il semble que le choix du gouvernement manitobain a été de sacrifier l’accessibilité et la qualité de l’éducation postsecondaire sur l’autel de la réduction du déficit provincial. Sa cible agressive de réduire le déficit d’un tiers cette année seulement en faire foi (CBC).
Le déficit est la priorité, peu importe le coût.
Mais, en éliminant un crédit d’impôt qui servait d’incitatif pour garder les jeunes diplômés dans la province après la fin des études, sans réinvestir même une partie de la somme dans des bourses d’aide financière, il y a de quoi croire que le gouvernement Pallister commet une grave erreur. Et comme s’il fallait s’en assurer, il coupe le financement des universités pour faire bonne mesure.
Il en commet une autre en démolissant les structures de soutien mises en place par le NPD pour limiter le coût des études sans chercher à les remplacer. Ces mesures, il faut l’avouer, n’étaient pas sans leurs fautes, mais le changement imposé est drastique: d’une hausse indexée à l’inflation à une hausse de 5% plus inflation maximum, l’impact va se faire sentir. Déjà à l’Université Brandon, une hausse de 6,5% des droits de scolarité est annoncée pour la prochaine année académique (BrandonU).
Remarquez, il serait facile de blâmer le gouvernement pour ces hausses: le fait est que ça demeure le choix des universités, qui semblent presque enthousiastes d’augmenter le coût de l’éducation.
Il résulte qu’une diminution du financement gouvernmental minimisée comme étant « à peine 8$ par mois par étudiants» (Global), additionnée aux coupures (au sens de: ça va coûter moins cher) de 15% dans l’administration va coûter [4100$ x 1.065=] 266,50$ par tête, du moins à Brandon. Vu les propos de M. Barnard à l’Université du Manitoba il ne faut pas s’attendre à grand chose de bien différent dans leur cas.
Y’a quelque chose qui ne marche pas, en quelque part; moins de gras en haut, et pourtant...
On a beau couper, la facture s’allonge.
Aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprété




