
Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.
La dernière rentrée universitaire marquait au Nouveau-Brunswick la mise en effet d’un second programme majeur d’aide financière en autant d’années, cette fois pour aider les étudiant.e.s issus de familles à revenu moyen.
Oui oui, vous savez : ceux qu’on avait oubliés avec le programme d’avant.
Chose étrange, on n’en a pas entendu parler, de ce nouveau programme. Ni de son impact sur les inscriptions, ou sur l’accessibilité (même s’il ne s’agissait que d’une perception de cette dernière – les résultats devront attendre plusieurs années avant d’être constatés). Il semblerait pourtant naturel que le gouvernement cherche à s’en vanter, ne serait-ce que pour distraire le public des nombreux et interminables délais causés par les routes de la province qui semblent toutes avoir été mises en chantier au même moment. Moment qui coïncide avec l’afflux renouvelé de la circulation causé par la rentrée scolaire, comme par hasard.
Oui oui, vous savez : celle qui arrive chaque année à peu près au même moment. Pas exactement imprévisible, mettons.
On en vient presque à se demander si l’objectif n’est pas de s’assurer que le plus grand nombre possible soit en mesure de voir le gouvernement accomplir quelque chose de concret.
Les élections continueront de se gagner à grands coups de pavé, même dans l’ère de la politique « faite différemment ».
Et qui doit-on blâmer pour cela?
Avec l’âge, vient la réalisation qu’il est trop facile de pointer le gouvernement du doigt quand nous sommes ceux qui l’avons porté au pouvoir : c’est trop facile, et ça nous empêche de poser un regard tant soit peu critique sur nous-même.
Ça et l’introspection déplacée, apparemment. On repart :
Il y a quelques jours, le gouvernement Gallant annonçait un nouveau remaniement ministériel, le deuxième de son mandat. L’événement se produit un peu moins d’un an avant le déclenchement des prochaines élections, et s’accompagne de la création d’un nouveau ministère du Travail, de l’Emploi et de la Croissance démographique (Acadie Nouvelle).
Oui oui, le Travail, comme dans « ministère de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail » (ou MEFT).
J’avoue volontiers ma confusion, après avoir appris la nouvelle : que devait-il advenir de ce ministère? Allait-on dissoudre le MEFT pour rassembler l’éducation (petite-enfance, scolaire et postsecondaire/formation) d’un côté et le travail de l’autre? Ça semblerait logique, et du fait, improbable. Allait-on alors créer un ministère entièrement dédié à l’éducation postsecondaire? Possible, mais rien n’en fut.
Une visite sur la page du MEFT aujourd’hui (GNB) confirme que le ministère demeure entier. Sauf que, si vous allez ouvrir l’onglet « à propos », vous découvrirez que désormais, il ne compte plus un ministre mais bien deux.
Deux ministres, un ministère.
Ah, les jokes qu’on pourrait faire... Mais passons.
Pourquoi ces changements? D’abord, le ministre Donald Arseneault a quitté ses fonctions. Entré en poste en juin 2016, M. Arseneault avait dû mettre de l’ordre dans le dégât laissé par sa prédécesseur Francine Landry (FÉÉCUM). La tâche était lourde mais il s’est montré à la hauteur, en corrigeant les erreurs commises dans le dévoilement trop hâtif du Programme des droits de scolarité gratuit (GNB), qui faisait plus de perdants que de gagnants (CBC), puis en créant le Programme d’allègement des droits de scolarité pour la classe moyenne (GNB) pour combler le vide.
Mme Landry lui léguait aussi un programme SEED complètement chamboulé, victime d’un (autre) remaniement trop hâtif et (encore) mal présenté au public, pour lequel il a été jusqu’à s’excuser pour la gestion que son ministère avait fait du dossier (FÉÉCUM).
Ayant déjà mené le MEFT, il n’arrivait pas sans expérience. Toutefois, ses accomplissements passés touchaient d’abord à l’infrastructure. Brique et béton ne font pas éducation, que voulez-vous!
Mais en bout de ligne, en peu de temps à son poste, M. Arseneault laisse le MEFT - et ses programmes d’aide financière, surtout – en meilleur état que lorsqu’il en a hérité.
Par contre, il a annoncé son intention de quitter la politique avant les prochaines élections, et on a jugé bon de le relever de ses fonctions dès maintenant.
Ça a forcément à voir avec la prochaine campagne électorale. À ce point, tout a un lien avec les élections provinciales. Tout.
Roger Melanson reprendra (au sens de mettra une main sur; l’autre est à Gilles LePage) la barre du MEFT (Radio-Canada) : ancien ministre des Finances et président du Conseil du Trésor, il s’agit d’un type qui peut ajouter de la crédibilité aux investissements en aide financière et défendre le bilan des Libéraux en la matière (FÉÉCUM). Il sera sûrement chargé de remplir la promesse de s’entendre avec les universités publiques de la province sur les termes du financement pluriannuel avant les prochaines élections. Lui aussi aura du pain sur la planche.
Que l’on sorte Roger Melanson de ce qui équivaut pratiquement à une semi-retraite (Radio-Canada) pour le remettre à la tête d’un ministère n’est pas un geste vide de sens.
C’est le pourquoi qui intrigue.
Est-il là pour défendre les investissements du gouvernement face aux attaques d’une opposition qui préfère les crédits d’impôts aux bourses et qui risque de le faire savoir? Parce qu’il est la personne la mieux qualifiée pour gérer les nouveaux programmes d’aide financière dont les débuts ont été boiteux? Parce qu’il est un ancien ministre des Finances qui sera mieux équipé que d’autres pour traiter de financement avec les universités alors que le dossier traîne? Ou parce que quelque chose de majeur – et dans quel sens, qui sait? – serait prévu en éducation postsecondaire au cours de la prochaine année?
L’avenir nous le dira.
Espérons évidemment qu’il ne s’agisse pas d’un nouvel exemple d’un gouvernement qui change d’idée comme il change de ministre.
Parce que les ministres, disons que ça change souvent...
Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.




