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De financemensonge en parlementerie

Détails
28 Novembre 2016
turtle

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Le budget provincial est en cours d’élaboration, et on s’attend au fidèle retour de la rhétorique qui l’accompagne chaque fois comme un chien fidèle. Une année c’est la faute du gouvernement (FÉÉCUM); celle d’après c’est celle des universités (FÉÉCUM), mais on se demande chaque fois si et comment on pourrait avoir un système universitaire (parce que du côté collégial les choses vont plutôt bien – peut-être serait-il temps d’en tirer des leçons?) qui puisse à la fois fournir une éducation de la plus haute qualité et être financé de manière à atteindre cet objectif sans soulever d’opposition quant à la gestion/investissement des fonds publics.

La chose est-elle même envisageable? On se le demande. À qui la faute?

Puisqu’un de ces jours on devra aller de l’avant si on veut se sortir du marasme, où nos universités se complaisent depuis des décennies (le party a plus ou moins pris fin au milieu des années 1990, mais personne ne semble vouloir rentrer), il faudra accepter de regarder les choses en face et peser l’argument de l’Autre. Faire un brin de dialectique.

D’un bord: les Universités sont sous-financées

Aucun doute que si les gouvernements avaient continué à augmenter le financement des universités de 3 à 4% par année – c’est-à-dire en suivant l’augmentation des coûts d’opération des institutions – il n’y aurait présentement aucun problème à ce que les universités persistent à opérer d’après le même modèle. Mais leur financement public ne suit même pas le cours de l’inflation. Le modèle de financement actuel, axé sur la croissance entraînée par l’arrivée massive des enfants des baby-boomers au postsecondaire (le party des années 1990), a fonctionné pour un temps. Sauf qu'à mesure que les baby-boomers s’approchent de la retraite, le focus a été déplacé vers les soins de santé et la sécurité financière des ainés. Le financement a suivi les enjeux du groupe qui domine au vote, pas besoin de chercher de grandes explications.

Le coût de l’éducation a fortement changé, mais pas indépendamment des circonstances : on n’a qu’à regarder le désinvestissement du gouvernement fédéral dans l’éducation postsecondaire pour le constater (FCÉÉ). Le fait est que la plupart de provinces n’ont pas les reins assez solides pour soutenir le modèle en place, et la nôtre au premier chef.

Cela dit, les universités ne peuvent pas être en croissance perpétuelle, moins que tout chez nous : on en est cependant rendus à un point où même le maintien de la capacité actuelle devient un défi.

Considérons la question de la baisse des inscriptions, et son corollaire la baisse de l’enrôlement dans les programmes offerts (et de là, la rentabilité/pertinence de ces derniers). Comme la formule de financement en vigueur au N-B est principalement liée aux inscriptions, il est inévitable que le financement en provenance de Fredericton diminue. Alors est-ce à l’Université de réduire sa taille en conséquence?

Difficile à vendre comme idée, quand le modèle demeure centré sur l’idée de croissance. On perdrait au change à ne pas chercher à grandir.

Ce n’est pas comme si l’Université de Moncton (comme les autres d’ailleurs) n’était pas au courant du problème, mais la nature interminable des processus décisionnels – et des divergences d’opinions qu’il facilite – fait qu’il ne suffit jamais d’être au courant du problème pour agir en vue de le régler. Il faut un consensus; et quand tout le monde autour de la table se bat pour la même piastre…

Au cours de la dernière décennie, le nombre d’étudiants à temps plein dans les universités publiques du N-B a chuté de 16% (CESPM), contre 4% à l’échelle des Maritimes.

En principe, moins de monde à la messe = moins de fonds, mais moins de coûts d’opération aussi. Ça, c’est comment les choses fonctionneraient dans le secteur privé.

Le problème? C’est que même si les effectifs étudiants diminuent, en général le nombre d’employés demeure stable. Et même si ce nombre demeure stable, la masse salariale continue tout de même d’augmenter – on ne peut geler les salaires indéfiniment. L’inflation, vous voyez. Ça explique entre autres pourquoi on voit de plus en plus de professeurs remplacés par des chargés de cours après la retraite. Certains profs se remplacent eux-mêmes. Ça se vaut aussi pour les employés retraités des services.

De l’autre: les Universités sont inefficaces

Ah. Ça personne n’aime en parler mais la croissance rapide des universités les a menées à se développer de manière plutôt chaotique. On a des dédoublements de services, des cours sans profs et des programmes sans étudiants, des couches et des couches d’administration et de gestion, en plus de dépenses matérielles qui, bien que fortement réduites, invitent toujours à se poser des questions. Tout ça n’est pas très invitant comme contexte quand il s’agit d’investir des fonds publics.

Mais saviez-vous que les universités du N-B sont celles qui ont le plus réduit leurs dépenses au cours des 5 dernières années? Et de loin : 9%, alors que les deux autres provinces où il y a eu une réduction affichent une diminution de 2,5% et moins  (Statcan). La majorité – près de 8 dollars sur 10 – des économies provient de l’entretien reporté des installations et des terrains. Autrement dit, on repousse un problème dont le coût empire avec le temps.

Mais si c’est un exemple de ce que les universités font pour "sauver" de l’argent, comment diantre parviennent-elles à continuer de fonctionner?

Sur le dos des étudiantes et des étudiants.

Besoin de plus de fonds en raison d’un sous-financement? La majorité des institutions n’auront pas de problème à refiler la facture aux étudiants sous la forme d’une hausse des droits de scolarité ou des frais afférents. Moncton fait un peu exception à la règle en enchaînant les budgets déficitaires, mais ça ne peut durer encore bien longtemps. On sait les efforts de réduction des dépenses qui sont déployés sur nos campus et on se demande combien de temps encore on pourra éviter la question des mises à pied.

Et oui, le corps professoral en fait aussi les frais, en partie, sous la forme d’une transition vers le travail temporaire plutôt que la permanence – qui a aussi ses problèmes comme concept, disons-le. Ils et elles demeurent des salariés avec certains bénéfices – même si leur nombre et leur étendue diminue – octroyés par l’institution, cependant : pas les étudiantes et les étudiants. Et puis ça affecte aussi les étudiants en bout de ligne.

Les universités ne peuvent pas s’adapter rapidement au changement. Pensez à un paresseux (l’animal, là) qui essaierait d’éviter de de faire frapper par un train : même quand l’action à prendre est évidente ça ne va pas se produire du jour au lendemain. Hélas, il n’y a pas de moment plus motivateur que la post-catastrophe, alors qu’il est déjà trop tard pour agir.

À l’opposé, une des raisons pour lesquelles le système collégial brille dans notre présent contexte économique, c’est sa capacité de changer, d’évoluer rapidement. Les cours y apparaissent et y disparaissent au rythme du marché. Évidemment, la mission des collèges n’est pas la même que celle des universités, leur vocation étant d’abord de former une main-d’œuvre possédant des compétences en demande et directement applicables au monde de l’emploi. La durée des programmes y compte aussi pour quelque chose, de toute évidence.

Considérons ne serait-ce que le temps nécessaire pour modifier le curriculum à l’Université de Moncton. On y discute depuis bientôt 5 ans l’abolition ou la modification de programmes affichant trop peu – ou pas du tout – d’inscriptions depuis des années (Acadie Nouvelle). On peut voir pourquoi sa capacité de répondre à la demande du moment n’est pas sa force. Toutes les occasions ne cadreraient pas avec la mission de l’Université, mais il y en a certainement.

Prenons l’exemple d’un domaine en pleine effervescence depuis quelques années – et qui ne montre pas de signes de ralentissement : les microbrasseries. Ironie du sort, nous avons une microbrasserie sur le campus, mais pas de programme de formation de maitre brasseur. Pourtant, nous avons à portée de main l’expertise, les cours et une partie de l’équipement nécessaire pour le créer. Ça existe dans plusieurs universités au pays d’ailleurs; et pas besoin de vous expliquer comment l’Université pourrait en tirer profit. Mais pendant ce temps, on ergote et on comite sur des programmes existants qui ont, dans le meilleur des cas, besoin d’être réformés pour demeurer pertinents. En regardant la tendance dans le financement, force est d’admettre qu’on ne pourra repousser indéfiniment des coupures qui – sans vouloir enlever quoi que ce soit à la valeur ou la qualité des programmes, qui ont été créés pour une raison à l’époque, mais ont été plus ou moins abandonnés à leur triste sort – s’imposent depuis des années.

Pensez-y un peu : c’est quand, la dernière fois où vous avez entendu parler du progrès accompli dans l’implantation d’une nouvelle formule de financement (GNB)? Entre temps, Fredericton a l’excuse rêvée pour laisser les Universités se flétrir : on a promis que « le gel de l’enveloppe globale d’aide [sera levé] à mesure que les universités dépasseront leurs objectifs de rendement », mais sans formule et sans indicateurs de rendement, qu’est-ce qu’on peut faire? Ça fait déjà deux ans que le financement des institutions est gelé (et diminue au rythme des inscriptions) et rien n’indique qu’une troisième n’est pas dans les cartes. Or l’Université a déjà plus ou moins déjà épuisé son inventaire de coupures réalisables à court terme.

On est bons pour changer de langage, mais pour le reste, à l’Université…

Tant qu’à ça, Fredericton n’est pas beaucoup mieux. « De la politique différemment » mon œil : les v’là-ti pas en campagne deux ans avant l’élection (Acadie Nouvelle : Acadie Nouvelle)?!?

À qui la faute? Tristement, l’un et l’autre ont beau jeu de se renvoyer la balle, tant que les étudiantes et les étudiants accepteront de payer toujours plus pour une éducation universitaire qui a de moins en moins les moyens de tenir ses promesses. Ou d’en faire, point.

Le changement, le vrai, est toujours venu et viendra toujours d’en bas.

Et en bas, y’a vous.

Parce que d’en-haut on semble satisfait d’aller de financemensonge en parlementerie.

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être nécessairement interprétée.

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