
Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.
L’opinion du public et de la communauté à l’égard de l’Université de Moncton dépend plus ou moins de l’étendue des renseignements qu’elle consent à leur communiquer. Parfois, c’est la loi qui l’y oblige, disons-le. Mais en temps normal du côté de l’institution, on veut évidemment mettre de l’avant les succès, les innovations, et les projets d’envergure qui visent à faire progresser l’Université et la communauté. Les aspects, disons, moins flatteurs ou controversés, font également partie de l’équation en bout de ligne, même s’ils sont moins spontanément partagés.
Rappelons qu’à son arrivée à Moncton, on pouvait croire que le grand projet de Raymond Théberge serait la transparence et l’imputabilité de l’Université de Moncton (Radio-Canada). Et, à commencer par lui-même, on a effectivement avancé même si ce n’est pas toujours aussi manifeste qu’on aurait pu l’espérer.
L’information financière, à la rigueur, ça va : on ne peut évidemment pas dévoiler tous les chiffres (en vue de protéger la confidentialité), mais on a accès aux budgets détaillés et aux états financiers vérifiés (UMoncton) en plus de la liste des attributions suite aux appels d’offre (UMoncton), ce qui est nouveau à ma connaissance.
Du côté des salaires, bien que l’on sache l’échelle salariale en fonction du titre (chargé d’enseignement, adjoint, agrégé, ou titulaire), les salaires exacts des professeurs ne sont pas divulgués (UMoncton). Malgré tout, une demande d’accès à l’information datée de 2012 a poussé l’Université a donner un portrait global de la situation qui nous en dit un peu plus long (UMoncton). Ce document informe tout en respectant la confidentialité et mériterait d’être mis à jour périodiquement, mais je devine que cela sera uniquement fait sur demande.
En Ontario, par exemple, on divulgue annuellement l’identité et le salaire des employé(e)s de la fonction publique provinciale recevant plus de 100 000$ (Ontario et aussi), incluant le secteur universitaire. Mais tout ça, c’est les affaires de la province, plus que des universités. Parions qu’elles seraient contentes de garder tout ça confidentiel, si le choix était libre.
Ça nous dit que la transparence de nos institutions est peut-être un enjeu dont la province aurait lieu de se soucier. Y aura-t-il du progrès en ce sens quand les universités seront soumises à une formule de financement basée sur le rendement (GNB), et donc redevables à la province? Qui vivra, verra.
Entre temps, on a accès à certaines données fournies par l’Université en réponse à des demandes d’accès à l’information (UMoncton : http://www.umoncton.ca/enbref/node/114), allant des coûts et détails des frais facturés par les cabinets d’avocats utilisés par l’Université (UMoncton) aux dépenses des cadres supérieurs (UMoncton). Ces informations sont fournies sur demande, sans être mises à jour sauf pour réparer une erreur.
On peut aussi depuis quelques années consulter les annexes présentées au Conseil des gouverneurs (CGV), ce qui nous permet d’avoir une idée plus claire du contexte des discussions qui sont rapportées dans les procès-verbaux eux-mêmes (UMoncton). Ces derniers demeurent aussi laconiques et aseptisés que toujours, toutefois.
Du côté du Sénat académique (SAC), l’autre instance supérieure de notre institution, les procès-verbaux sont très – je dirais même parfois douloureusement– complets, rapportant chaque mot, chaque ligne, chaque soupir des intervenant(e)s. Depuis peu s’y ajoutent des enregistrements, une transcription complète et une ébauche de procès-verbal livrée rapidement après la séance. Comme pour le Conseil des gouverneurs, les annexes sont aussi disponibles (UMoncton). Pourquoi procède-t-on encore différemment au CGV? Qui sait, mais à en juger par la longueur et la lourdeur des échanges au SAC, ce n’est pas une question de capacité.
J’ai ouï-dire qu’il en va de protéger la confidentialité des membres qui y siègent… et dont on publie la liste (UMoncton). Mais puisque ces derniers y siègent au nom des groupes et régions représentés et non en leur nom personnel, qu’aurait-on à cacher?
On se le demande; et c’est dommage qu’on ait à se le demander.
Il y a plus que cela évidemment. Si vous êtes willing de vous aventurer dans l’inextricable fouillis qu’est le site web de l’Université de Moncton (merci et longue vie à Google), il s’y trouve un paquet de rapports annuels, d’études et de documents fort intéressants (UMoncton). Il y a notamment des données institutionnelles compilées par l’Université (UMoncton), qui auraient malheureusement besoin d’une mise à jour pour rester pertinentes. À quoi nous servent les données de 2003 sans avoir accès à celles de 2004 à 2016? Même la page des données universitaires communes de l’Atlantique (DUCA) date de 2012-2013, alors qu’on y affirme que ces données « sont mises à jour annuellement en octobre » (UMoncton). Et j’ai vérifié : la page officielle de DUCA (AUU) nous renvoie à cette même page. Ce n’est pas que le programme ait pris fin non plus; d’autres membres de l’AAU présentent des données DUCA à jour ou plus récentes.
Enfin, certains rapports annuels accessibles au public (le plus souvent parmi ceux relevant du CGV) sont enfouis plus loin que d’autres. Ils sont quand même là, ce qui est l’essentiel, mais il faut vraiment savoir ce que vous cherchez si vous espérez les trouver. On ne tombe pas dessus au hasard, disons.
Un bon exemple serait les rapports du Service d’intervention en matière de harcèlement. Le seul rapport qui figure sur la page du service (UMoncton) date de 2009-2010. J’ai trouvé enfouis dans le «document-synthèse relatif aux plaintes, enquêtes et viols» rattaché à une demande d’information ceux de 2011-2012 et 2012-2013 (UMoncton). Une longue fouille dans les archives du CGV et une recherche sur le site m’ont aussi permis de trouver des rapports antérieurs, parfois abrégés et parfois complets.
Et quand on regarde la page du Recrutement (UMoncton), et celle du Service des bourses et de l’aide financière (UMoncton), on voit comment il serait possible pour l’Université de rassembler toutes les données que je viens d’énumérer (et combien d’autres) pour rendre leur accès plus convivial. Alors, pourquoi pas, si véritablement on vise à améliorer la transparence et l’imputabilité?
La page « Vers l’U de M 2020 » offre d’ailleurs un bon modèle (UMoncton) pour ce qui est des données liées au plan stratégique. Cette page a quand même un ton plus promotionnel qu’autre chose, mais j’imagine que tel est son but. Soulignons quand même l’effort de garder à jour la page des résultats (UMoncton), un autre exemple qui gagnerait à être appliqué ailleurs sur le site.
Vous voyez bien que quand/si/où on veut, on peut. Techniquement parlant, l’Université de Moncton est plus transparente qu’il y a cinq ans; cela dit, elle n’est certainement pas toujours évidente à suivre dans sa transparence.
Mais un pas, c’est un pas. Là où on constate moins de progrès, toutefois, c’est au niveau de la culture d’intimidation. On y revient dans un prochain billet.
Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être interprétée.




