
Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.
Oh boy. Ça repart.
La Législature rouvrait ses portes le 17 mai. Comme c’était encore frais dans les nouvelles, l’opposition a sauté sur l’occasion de souligner les erreurs de la ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail (MEPSFT) en entrevue avec la CBC (CBC, et CBC à 4:30 pour écouter sa performance au complet). Voulant faire taire la controverse autour du Programme d’aide aux études (PAÉ), Mme Landry s’est vantée d’offrir un meilleur programme d’aide financière que l’Ontario. Le problème, c’est qu’elle l’a fait sans avoir pris la peine d’apprendre le nom du programme en question, et encore moins ses détails. J’ai reconstitué le désastre dans mon billet précédent (FÉÉCUM).
Soit dit en passant, Mme Landry a gardé le silence en Chambre, le 17 mai. C’est encore une fois le Premier ministre Gallant qui a pris la parole à sa place. Dans les circonstances, ça se défend, sauf qu’on aimerait croire qu’un(e) ministre soit en mesure de répondre aux questions qui touchent directement à ses dossiers. Est-ce une question de capacité ou de contrôle du message du point de vue de M. Gallant?
Étant donné le peu d’information nouvelle fournie en réponse aux questions de l’opposition, qui a « taillé en pièces » le PAÉ (Acadie Nouvelle) je penche résolument pour la seconde option. Mais bon, je ne suis pas premier ministre non plus, il y a sûrement une raison à ça.
D’ailleurs Gallant a débuté sa réponse avec ceci: «sous le gouvernement précédent, on serait assis ici à discuter de pourquoi on était dernier en création d’emploi, de pourquoi on était dernier en croissance du PIB, de pourquoi on était dernier dans chaque indicateur essentiel sur le plan économique. Maintenant, le membre d’en face nous demande si on est les meilleurs ou les deuxièmes meilleurs au pays. Les temps ont changé, et je serai heureux de débattre des mérites de notre projet. » [traduction libre]
En lisant cela on devine aisément le sens qu’a pris la suite, mais je vous invite à écouter la période de questions du 17 mai (GNB), histoire de constater la magie par vous-même. Y’a tellement de spin là-dessus que la tête m’en vire encore. Il a des années de tennis sous sa cravate, M. Gallant; il faut dire qu’il sait renvoyer la balle.
Mais certains seront plus pressés que d’autres, et comme la vidéo laisse peu de place à l’imagination (et ne permet pas de skipper les bouts plates), je vous donne l’occasion de faire fonctionner votre boîte à idées par le biais de la magie de la mise en scène.
Débat d’un matin de mai
Personnages : Fitch (F) , Gallant (G), Président (P)
Décor: Assemblée législative provinciale, le matin.
Costumes : Faites-vous plaisir.
F : « La ministre, son affaire, c’est pas fort : coudonc, votre programme est-tu mieux que celui de l’Ontario ou pas? »
G : « Je suis content qu’on parle de ce sujet. C’est un sujet fantastique. »
F : « Réponds à ma question. »
G : « Le programme est bon. Mieux que celui que vous nous avez laissé, anyway.»
F : « 42 000 étudiants sont abandonnés par le programme : pourquoi n’ont-ils pas accès à l’aide offerte? »
G : « M. Fitch comprend juste pas : on veut en faire plus, aider plus de monde. Éventuellement. Quand on aura fini de nettoyer leur mess, on y repensera.»
F : « Vous avez coupé 50 millions$ d’aide financière et réinvesti seulement la moitié dans un programme qui aide un quart des étudiants : mettrez-vous un moratoire là-dessus le temps de figurer comment faire vos affaire comme du monde? »
G : « Notre programme veut aider plus de monde à faire des études.»
F : 59 999$ et un enfant. 60 001$ et trois enfants. 42 000 personnes. Moratoire?
G : Peux-tu arrêter de dire des chiffres?
P: Calmez-vous, les enfants.
G : Tu parles d’aider du monde qui est même plus aux études. Il faut des jobs pour aider ce monde-là, pas des crédits d’impôt.
F : Parlant de jobs, viens-tu pas d’embaucher la présidente de la Fédération étudiante à UNB? L’as-tu embauchée avant ou après qu’elle ait appuyé ton programme?
G : T’est pas gentil. Elle t’a rien fait. J’fais pas de favoritisme.
F : T’as renvoyé une bunch de Conservateurs quand t’es arrivé au pouvoir. C’est quoi la différence?
P : Wo, wo, wo là. Restez gentils.
G : Bon, parlons-en si ça te tente, j’suis content de changer de sujet. Qui j’ai renvoyé, exactement?
F : J’ai pas ça devant moi, là, mais c’est quelque part. T’es donc ben sur la défensive.
P : OK, mon timer vient de sonner. (Scène)
Bref, 15 minutes entières à ne parler que du PAÉ, sans rien dire de nouveau. C’est de la grande communication, vraiment.
Je pense que le débat parlementaire est le fast-food de la communication: ça te bourre jusqu’à t’écoeurer mais ça ne te nourrit pas. On en dégage la triste impression que les acteurs ont pour premier souci d’écouler des minutes et non de régler des problèmes.
Il est important de noter que c’est le plus long échange sur l’aide financière aux étudiants qu’il m’ait été donné de voir dans les journaux de la Législature depuis longtemps.
Belle perte de temps.
Deux choses sont claires, et n’ont rien à voir avec ce qui a été dit. 1) La ministre Landry n’a manifestement pas/plus la confiance du Premier ministre (ce n’est pas la première fois qu’il parle à sa place, par contre). 2) Les Libéraux défendront le PAÉ (c’est-à-dire répèteront l’information de la fiche promotionnelle) tant et aussi longtemps qu’ils auront du souffle pour le faire.
Du vent c’est du vent; peu importe le sens, tant que ça souffle.
En fait, trois choses sont claires: considérant que ni le critique Holder, ni la ministre Landry n’ont participé à cet échange, il est évident que l’opposition – comme le gouvernement – se fiche plus ou moins des gens qui sont et seront affectés négativement par le PAÉ. Tous deux sont bien contents d’avoir une nouvelle occasion de se gonfler le poitrail comme deux gorilles se disputant le leadership du groupe.
Reculer une fois de plus, ce serait un signe de faiblesse pour Gallant. Arrêter d’attaquer, ce serait un signe de faiblesse pour Fitch. Remplacez leurs propos par des cris sauvages, et ce serait du pareil au même : le statu quo, mais en plus essoufflé.
Tiens, ça, ce serait de la nouvelle politique. Non-verbale et onomatopéique.
Mais pour l’instant on demeure avec Gallant d’un côté, qui ressasse ses notes de briefing, et Fitch de l’autre, qui gratte tous les bobos qu’il trouve - quitte à changer complètement de sujet. Un qui s’entête à répéter sa rengaine comme un tourne-disque brisé, et l’autre qui cherche à miner l’image de son opposant peu importe l’enjeu ou la raison. Où est le progrès là-dedans? Si ça suffit à vous convaincre que les politiciens élus pour vous représenter font un bon travail, tant mieux, mais je reste sur ma faim.
Y’en a marre de me faire parler comme si j’étais un gorille.
Thèse, antithèse, synthèse : un échange d’idées intelligent et respectueux, voilà ce à quoi on est en droit de s’attendre. C’est peut-être pas entertaining, mais c’est productif.
Ceci n’est pas un débat.
Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être interprétée.




