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Trouver des poux

Détails
13 Mai 2016
poux

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets.

Ils sont très difficiles, voire impossibles à apercevoir de loin. Si on s’en approche suffisamment, par contre, ces petites bestioles peuvent êtes décelées à l’œil nu. On a donc appliqué cette logique au nouveau programme d’accès aux études (ou PAÉ, la « gratuité scolaire » du gouvernement Gallant), et malgré l’apparence lustrée et scintillante de la chose vue de loin, plus on s’approche, et plus on en trouve.

Nous n’avons pas grand mérite en la matière, puisque d’autres se sont déjà chargés d’édjiber le PAÉ et de lire l’avenir dans ses entrailles. Le premier fut l’ex-ministre Kelly Lamrock, qui a fait état des promesses et des possibilités réelles du PAÉ sur son (blogue). Principale conclusion : le PAÉ n’aidera pas autant de gens, et ne fournira pas autant d’argent à ceux qui y seront admissibles qu’on pourrait le croire. Le second fut Alex Usher, un expert en financement postsecondaire de la firme torontoise HESA, (CBC) qui a dressé la liste des « gagnants » et des « perdants  » du PAÉ. Principale conclusion : le programme mis de l’avant pénalise beaucoup trop de citoyens, surtout considérant les fonds disponibles suite aux coupures du gouvernement Gallant.

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Source : (CBC)

D’après lui, les familles dans la tranche de revenu entre 60 000$ et 80 000$ seront grandement affectées (CBC). Les intervenants ont aussi précisé que le PAÉ n’offre une nouvelle aide financière (ce qui s’appellerait de l’argent neuf dans le jargon) à une partie seulement des 7100 étudiant(e)s qui y seront éligibles; environ 3000 Néo-Brunswickois bénéficiaient déjà d’une scolarité « gratuite » chaque année.

Usher particulièrement, dit mal comprendre pourquoi le N-B n’a pas suivi l’exemple de l’Ontario, qui fournit des bénéfices diminuant graduellement entre le seuil maximal donnant accès à la gratuité (50 000$) et un revenu familial d’un peu plus de 100 000$ (Gouvernement de l'Ontario). Autrement dit, plus de gens reçoivent du nouvel argent en Ontario, ou du moins ne perdent pas l’aide qu’ils recevaient auparavant. Mais au N-B, qu’une famille ait un, trois, ou dix enfants aux études, tant que le revenu demeure sous la barre des 60 000$, c’est la gratuité; dès qu’on dépasse ce seuil, c’est rien du tout.

Allez justifier ça à la famille de quatre qui vit avec un salaire de 61 000$, pour le fun.

Selon la CBC, le gouvernement aurait coupé 50 millions $ en aide financière (programmes et crédits d’impôt) pour n’en réinvestir que la moitié, car le PAÉ tel que présenté coûterait 25 millions $ à sa première année (CBC).

Enfin, pour celles et ceux qui y auront accès, d’autres formes d’aide financière non-remboursable (bourses) pourront être retranchées du montant de la scolarité AVANT que le PAÉ ne vienne combler la différence. Par exemple, la bourse fédérale pour les étudiants de famille à faible revenu et à revenu moyen (Gouvernement du Canada) est retranchée de la scolarité en partant, ce qui signifie que même en situation de grand besoin financier, les universités seront payées en premier. Cela enlève potentiellement des fonds pour financer les coûts non-académiques pendant les études, qui dépassent ceux de la scolarité (UMoncton). Ça, j’y reviendrai dans un prochain texte : ça mérite notre attention.

Bref, le gouvernement Gallant promet (plus ou moins) de couvrir les frais de scolarité, mais en partie seulement : si l’étudiant.e à faible revenu reçoit déjà, mettons 4000$ en aide financière, et que ses droits de scolarité sont de 5716$ (UMoncton), il recevra 1716$ du gouvernement provincial. Ça signifie que même en étant théoriquement éligible à une aide de 5716$ + 4000$ (9716$), le PAÉ ne couvre que les frais de scolarité (5716$). Si l’aide financière dépasse le coût de la scolarité, l’étudiant(e) y aura droit, mais ne recevra rien via le PAÉ.

Ces derniers jours, des critiques surgissent en provenance des institutions privées, où les étudiant(e)s n’auront pas accès au nouveau programme ET vont perdre des crédits d’impôt. Ces derniers dénoncent le PAÉ « comme de la discrimination envers ceux qui veulent faire leurs études [dans les institutions privées] » (Radio-Canada).

Quant aux institutions privées, elles auront du pain sur la planche. La personne qui peut suivre le même cours à Oulton ou au CCNB aura un « choix », oui, mais si c’est gratuit d’un côté et qu’il faut payer le plein prix (et plus élevé par-dessus le marché) de l’autre, ce choix me semble plus ou moins fait d’avance.

Pour des raisons évidentes, le gouvernement dirige un maximum d’aide vers les institutions publiques qu’il subventionne directement, mais comme on se plait à le dire à Fredericton : « on veut appuyer les élèves, pas les institutions » avec le PAÉ. Et pourtant, trois quarts des étudiants de la province perdront le peu d’aide financière non-remboursable qu’ils avaient ou ne recevront rien de plus (GNB).

Et ce qui dérange peut-être le plus dans toute cette histoire, c’est la manière dont le gouvernement a financé le PAÉ. Il a coupé des programmes et crédits totalisant 50 millions $ pour n’en réinvestir que la moitié; qui plus est, ces coupures furent effectuées abruptement et sans consultation. Qui ne dit mot consent, je veux bien, mais qui doit encore savoir de quoi il est question.

Habituellement, il serait permis aux étudiant(e)s inscrits pendant l’année où un programme est aboli d’être les derniers à y être admissibles. Les fonds le permettaient. Ce n’est peut-être pas le cas de tout le monde, mais certains ont choisi de faire des études postsecondaires en raison de l’aide financière promise par la province. Or 2015, année de l’abolition du Rabais sur les droits de scolarité (RDS), aura aussi été la dernière année ouverte aux réclamations (Acadie Nouvelle). Les diplômés de 2013 sont probablement les derniers à en avoir tiré un bénéfice, et encore partiel, puisque le crédit annuel maximum était de 4000$ (FÉÉCUM). J’imagine que ceux de 2011 sont les derniers à avoir pu obtenir la totalité du rabais auquel ils avaient droit. D’après le coût moyen de la scolarité au N-B, dont 50% était récupérable via le RDS, le rabais moyen était d’environ 10 800$ à ce moment.

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(CESPM)

Il y a donc de quoi comprendre la frustration des quelques 19000 signataires de la pétition demandant le rétablissement du programme (Change.org), car plusieurs sont laissés de côté par les décisions récentes du gouvernement. Disons qu’ils peuvent difficilement changer d’idée quant à l’endroit où ils feront leurs études maintenant; elles sont terminées.

Un nouveau groupe de défense des droits des diplômés des institutions postsecondaires du N-B (NBGO) vient d’ailleurs d’être formé. Sa première action est d’exiger le rétablissement du RDS (Radio-Canada), par le biais d’une pétition (en bonne et due forme) qui circule présentement (Change.org). Elle sera remise à la Législature par le député du Parti vert, David Coon, le 17 mai.

Si ça vous intéresse, vous pouvez imprimer et faire circuler la pétition à télécharger sur le site de (NBGO), et la faire parvenir au bureau de M. Coon avant le 16 mai prochain.

En tout cas des poux, en voulez-vous en v’là!

Texte de réflexion - aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être interprétée.

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