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Notre blogue

Le symptôme et la maladie

Détails
13 Avril 2016
patientzero

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets; aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être interprétée.

À s’en remettre à la présentation médiatique qui est généralement faite de la manifestation de la semaine dernière à l’assemblée législative provinciale, on dirait que la stratégie des Libéraux a fonctionné.

Expliquons : la manifestation du 7 avril, malgré les affirmations répétées de la ministre à cet égard, n’aura pris personne par surprise (Acadie Nouvelle). On se plait à dire qu’une pré-annonce (sérieusement – qui fait ça?) a eu lieu la veille, et que les étudiant(e)s ont été consultés. En vérité, la ministre a invité en catastrophe la FÉÉCUM à se rendre à Fredericton le 6 en début d’après-midi, avec moins de 24h de préavis. De la sorte on a pu créer l’illusion que la FÉÉCUM était au courant du programme à venir et que toutes ses inquiétudes étaient dissipées.

La photo – on vous en a déjà parlé (FÉÉCUM) - a été prise avant l’ouverture de la rencontre, au cours de laquelle on a appris les grandes lignes d’un projet qui ne pourra être jugé que dans ses détails. Il y avait plus de tension que de soulagement dans l’air.

Difficile de blâmer qui croira que la FÉÉCUM n’avait aucune raison de se présenter à l’Assemblée législative le 7 avril. Come on, la ministre a annoncé qu’elle préparait une annonce, quessé qu’on serait allés faire là, hein?

Un détail important, qui est malheureusement éclipsé par le jeu des apparences, est que nous n’étions aucunement à Fredericton pour protester contre le nouveau programme d’aide financière, mais bien pour demander de l’action sur la question du sous-financement des universités. Et comme de fait, pour le public en général, la différence entre les deux n’est pas forcément évidente: dans le fond, tant que l’argent va aux universités, que ça soit aux institutions ou aux étudiants, c’est quoi la différence?

La différence, c’est comme si vous faisiez le paiement minimum sur une carte de crédit au lieu de rembourser tout ce que vous devez. Ça va soulager votre inquiétude pour un mois, mais au bout du mois, ça va recommencer, et ce sera pire en raison de l’intérêt.

Dans notre présente situation, le gouvernement nous a un peu menottés en nous forçant à discuter de l’enjeu dont il voulait discuter : l’aide financière aux étudiants. C’est un enjeu important et qui mérite notre attention. Cela dit, quand on cherche à mettre de l’avant un enjeu sur lequel on travaille depuis quelques temps – à la veille d’une annonce qui se veut « historique » - de sorte à éclipser un autre enjeu aussi important sur lequel on n’a absolument rien fait, ça peut devenir problématique.

Parce que la principale raison pour laquelle nos étudiants sont aussi endettés au N-B, hormis le fait que notre province affiche un taux de chômage élevé et un salaire parmi les plus faibles au pays (Statistique Canada), est bel et bien le sous-financement de nos universités.

Pensez-y une minute : voici deux ans que le gouvernement a gelé les subventions aux universités publiques du N-B. Sachant que les coûts d’opération de ces institutions augmentent d’environ 4% par année, le trou se creuse de plus en plus vite depuis l’arrivée des Libéraux au pouvoir. Dans notre cas, ça signifie que tout le monde devra réduire ses dépenses dans une mesure de 3% à 4% chaque année, à court terme (FÉÉCUM).

Quand on en est rendu au point où, pour assurer un minimum d’impact sur la qualité de l’éducation, on va devoir couper de 3% à 4% année après année, il arrivera inévitablement un point où il faudra compenser le vide crée en augmentant les droits de scolarité… probablement de 4% par année. Mount Allison considère déjà cette avenue (abonnement requis: Daily Gleaner) pour les étudiants hors-province. Le fait que le gouvernement limite la hausse à 2% n’affecte en rien le coût réel de l’éducation, soyez-en assurés. Cette « limite » n’a d’ailleurs rien de contraignant puisqu’il s’agit d’abord d’une suggestion (Brunswickan).

La qualité de l’éducation, en revanche, ne peut que diminuer dans ces conditions.

En refusant d’augmenter le financement des universités, le gouvernement accepte que les étudiant(e)s doivent payer toujours plus pour leurs études. Maintenant, on essaie de nous faire croire qu’un programme d’aide aux paiement des droits de scolarité va régler le problème de l’endettement : le prix réel de l’éducation va continuer à grimper malgré tout. Même si le gouvernement aide les étudiant(e)s à réduire leur facture – ce qui n’est pour déplaire à personne – cette éducation toujours plus coûteuse sera prodiguée de plus en plus par du personnel contractuel, qui n’a pas les ressources nécessaires pour conduire de la recherche novatrice et signifiante.

Sans mentionner, en plus, que le programme n’aidera pas tout le monde; un seuil d’admissibilité (assez bas selon les indications) bloquera l’accès au programme à beaucoup d’étudiant(e)s, et les étudiant(e)s internationaux, comme d’habitude, ne sont aucunement inclus dans les visées de ce futur programme. Évidemment, comme ses bénéfices s’appliqueront à l’octroi du prêt étudiant, la chose serait complexe.

Si le prix de la pinte de lait grimpait au même rythme que les droits de scolarité, alors que sa qualité se dégrade, je vous passe un papier qu’on en entendrait parler. Et ce bien malgré les programmes existants pour encourager les familles dans le besoin à boire plus de lait (Réseau de santé Vitalité).

Tout ça pour dire que la FÉÉCUM avait des raisons légitimes de se présenter à l’Assemblée législative, et que l’enjeu choisi ne devrait en rien décrédibiliser ses actions et ses revendications. Je suis bien curieux de savoir ce qui serait advenu si nous avions refusé l’invitation? Certes, la photo ne serait pas parue à la minute où nos étudiants se faisaient montrer la porte de l’Assemblée. Peut-être aurait-on alors eu droit à un tweet soulignant notre absence à la rencontre de la veille et sous-entendant notre ignorance ou notre manque de collaboration?

On ne manifeste pas pour porter de l’attention sur ce qui se dit déjà, après tout, mais bien pour forcer à parler des sujets que l’on préfèrerait ignorer. C’est justement le cas du sous-financement des universités. Le programme qui sera prochainement annoncé (du moins le peu qu’on en sait) a pour objectif d’améliorer l’accès au postsecondaire, c’est-à-dire d’inciter celles et ceux qui, présentement, ne considèrent même pas les études postsecondaires comme une possibilité en raison des sommes impliquées. Plus d’étudiant(e)s dans les universités = fini les problèmes de sous-financement, right?

… Right?

Well, non. Les droits de scolarité ne sont qu’une part du financement : un peu plus du quart dans notre cas (UMoncton).

Et davantage d’étudiant(e)s, ça voudrait aussi dire plus de profs, plus de services, plus de besoins matériels, plus de fonds pour l’entretien des espaces, plus de pressions sur les services aux étudiants, alouette, du moins SI on veut fournir une éducation de qualité. Sans un financement adéquat, qui permette d’absorber ces dépenses sans affecter la qualité de l’éducation – je dirais même qui vise à améliorer cette qualité de façon constante – toutes les nouvelles inscriptions de monde, aussi bien subventionnées puissent-elles être, ne seront qu’un pansement sur la plaie.

Du moins sans avoir la moindre idée de ce à quoi ressemblera le plan d’éducation de 10 ans que nous a promis le gouvernement, difficile d’être autre chose qu’inquiétés par l’évolution du dossier de l’éducation postsecondaire.

Et d’ici-là, il nous sera difficile de parler d’autre chose que d’endettement étudiant. Le pire, c’est qu’on veut en parler. Seulement dans le cas présent, il fait office de bouc émissaire pour les problèmes du système postsecondaire.

On semble satisfait de traiter un symptôme et d’ignorer la maladie.

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