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Notre blogue

C’est pas parce qu’on sourit qu’on est content

Détails
8 Avril 2016
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Texte de réflexion par Michel Albert, agent de communication; aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être interprétée.

En fait, peut-être qu’on est juste en train de serrer les dents. Mais voilà, le gouvernement Gallant est très bon à prendre des photos d’intervenants tout souriants et de faire sa machine communicationnelle prétendre que tout va bien quand il n’en n’est rien de la sorte. Hier, les étudiants de l’UMoncton se sont mobilisés à l’Assemblée législative et le Premier Ministre et la Ministre de l’éducation postsecondaire ont joué de jeu de ne pas comprendre c’était quoi notre problème parce « voyons, on leur a pourtant dévoilé nos beaux beaux programmes hier! » Ne croyez pas la propagande, mesdames et messieurs ; je crois qu’il vaut même la peine d’analyser ce qui s’est passé cette semaine.

Premièrement, le gouvernement Gallant veut prétendre que cette mobilisation était une surprise, qu’elle a pratiquement été décidée le matin-même. « Hier tout allait bien, et aujourd’hui vous nous faites ÇA?! » Ni le PM, ni la Ministre ne sont assez naïfs pour croire qu’imprimer des chandails, noliser des autobus, et recruter des manifestants se fait en une soirée.

En effet, un comité de travail du C.A. de la FÉÉCUM a pondu ce projet il y a plusieurs semaines. Le C.A. a voté sur l’action le lundi 28 mars. Les étudiants ont été informés pendant les jours qui ont suivi par la voie du courriel et des médias sociaux. Les médias ont été avisés de l’action mardi, et un communiqué de presse a été envoyé à la même liste tôt jeudi matin, avant que la mobilisation n’ait lieu. Et sur cette liste d’envoi figurait tous les partis politiques représentés en chambre!

Il n’était jamais question d’en faire un guet-apens. Nous voulions plutôt que les députés soient déjà au courant de notre revendication pour que la Période de question soit pertinente à celle-ci. Donc le gouvernement au pouvoir, autant que l’Opposition, reçoit notre avis au plus tard mardi…

Mardi soir, après les heures de bureau (le courriel est estampé 18h19), notre présidente reçoit une convocation à une réunion importante (pour ne pas dire urgente, si on considère que c’est moins de 24h de préavis) le lendemain à 14h. Toute la soirée, des gens du ministère essaient de s’assurer qu’elle se pointera à Fredericton au moment désigné ; les textes durent jusqu’à au moins 22h30.

La présidente de la FÉÉCUM accepte, et elle s’y rend avec le vice-président exécutif et l’agent de recherche de la Fédération. Une fois rendu, on prend les photos, tout le monde sourit par anticipation,  politesse ou nervosité. Parce que c’est mieux d’être bon, ceci. Trois membres de l’équipe ont dû quitter le campus en plein effort de logistique et de recrutement pour la mobilisation du lendemain, après tout! (Vous commencerez, si ce n’est déjà fait, à soupçonner le timing de cette rencontre.)

Ça s’avère être une autre rencontre sur le fonds attribué à l’aide financière pour confirmer qu’on ira de l’avant avec des rabais sur les droits de scolarité pour les étudiants dans le besoin, comme ce l’avait déjà été annoncé. On ne peut pas donner de détails parce que l’annonce se fera la semaine prochaine, mais on veut aussi nous consulter (encore une fois) à savoir comment définir « dans le besoin », ce que le gouvernement bûche dessus depuis le début. Je vous demande, est-ce que cette réunion est urgente et pertinente? Peut-on même croire qu’à une semaine de l’annonce du programme, le ministère n’a pas encore défini QUI y aura accès? Il devient de plus en plus clair que la rencontre n’est que pour dérailler la mobilisation de la FÉÉCUM. Par la fin de l’après-midi, le gouvernement diffusait un communiqué repris par la suite par l’Acadie Nouvelle. Dans l’article, qui ne parle à aucun intervenant étudiant soit dit en passant, on fait état de cette non-nouvelle : Le gouvernement annonce qu’il fera plus tard une annonce.

Mais si la Ministre pensait nous assouvir avec ses promesses sur l’aide financière, au point où, sait-on, la FÉÉCUM aurait annulé la mobilisation du lendemain, elle se trompait. La mobilisation n’était pas à propos de l’aide financière aux étudiants, mais par rapport à la chose qui force les étudiants à demander de l’aide : le sous-financement des universités qui non seulement contribue à la dette étudiante, mais fait se désintégrer la qualité de l’expérience éducative. Rien de la rencontre de mercredi ne changeait quoi que ce soit quant à cet enjeu que le Nouveau-Brunswick s’entête à ignorer.

Donc les étudiants se présentent à l’Assemblée législative pour une manifestation silencieuse et pacifique. Parce que les chandails avec « slogans politiques » étaient portés, et que les étudiants en ont révélé en enlevant leurs manteaux à quelques 30 secondes de la fin de la Période de question, là-haut sur la tribune, on les a expulsés de la chambre. On peut se demander si le Président de la chambre, Chris Collins, député de la circonscription dans laquelle se situe le Campus de Moncton, n’a fait que son travail, ou s’il faisait du zèle, mais ne mettons pas ici son interprétation en doute – il était dans ses droits de le faire et la Période de question se terminait de toute façon. Ce qui est plutôt suspecte, c’est que le compte Twitter de la Ministre poste, dans la foulée de cet événement, les fameuses photos souriantes de notre présidente avec elle en réunion le jour d’avant, avec le commentaire : « Discussions positives avec les leaders étudiants de la FEECUM, NBSA, NBCCD, NBCC, CCNB et AEEUMCE ».

C’est un classique de l’équipe Gallant. Je me souviendrai longtemps de la rencontre entre la FÉÉCUM et celle-ci pendant les élections quand une photo des leaders étudiants en train de rire aux éclats avec l’équipe libérale fut circulée. J’y étais. Le moment était bien calculé. M. Melanson laisse aller une p’tite joke pour détendre l’atmosphère et tout le monde rit; à ce même moment, un assistant quelconque commence à prendre des photos. Il n’en prend pas vraiment avant, ni après. Les étudiants ne riaient pas, ni avant, ni après. C’était pas mal slick, comme on dit. Hier, j’ai senti que la même tactique était plutôt gauchement utilisée. Fin de la parenthèse.

La Ministre parle ensuite aux médias, laissant connaître sa surprise face à l’action étudiante (à CTV Atlantic News, par exemple), mais c’est du spin ça, Mme Landry. Et c’est le même spin que le Premier Ministre a utilisé tout le long de la Période de question, contrant chaque question sur l’éducation postsecondaire de l’Opposition par un gros « Voyons, on vient d’annoncer qu’on annonce une annonce la semaine prochaine, pourquoi toutes ces frustrations? » Mais c’est à se demander s’il y aurait eu annonce d’une annonce si la FÉÉCUM n’avait pas annoncé sa mobilisation.

C’est maintenant notre espoir que le gouvernement va cesser ses petits jeux communicationnels et vraiment mettre la main à la pâte quant à la véritable crise qui perdure en éducation postsecondaire. On ne veut plus de rencontres où personne ne semble savoir ce qui se passe. Plus de « consultations » faites pour monter un bel album photo. Plus d’annonces qui ne font qu’annoncer la prochaine annonce sans jamais mettre de viande sur l’os. Plus de commentaires insincères dans les médias sociaux. Si on se fait convoquer à Fredericton pour une réunion, surtout de dernière minute, on veut que ce soit pour une bonne raison. Alors on se retourne les manches et on GOUVERNE, ça vous va?

Nous, ça nous irait.

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