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La dégelée de février

Détails
28 Janvier 2016
degel

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets; aucune position officielle du C.A. de la FÉÉCUM ne devrait en être interprétée.

L’expression consacrée veut qu’après tout gel, vienne le dégel : or la chose approche semblerait-il à grands pas pour les étudiantes et étudiants du N-B. Et puisque le budget provincial tombe au début février cette année, la dégelée s’en vient drôlement plus vite qu’à l’habitude…

Sans compter que nous sortons d’une année de gel non-financé des droits de scolarité, ce qui – comme je vous l’expliquais après le dernier budget – peut sembler une mesure positive pour les étudiant(e)s, mais qui contribue en fait à la hausse du coût des études (FÉÉCUM). Il y a lieu de douter que ce gel sera maintenu le 2 février prochain, mais quel genre de garantie contre les hausses le gouvernement prévoit-il pour protéger les étudiant(e)s des contrecoups?

Et c’est encore sans compter sur le gel des subventions aux universités, dont on ignore toujours le sort; à vrai dire, tout semble indiquer que des coupures soient plus probables que la reconduction de ce gel pour 2016-2017.

Or, qu’est-ce qui nous attend?

Évidemment, tout ce qui suivra n’est encore que spéculation, mais puisque je me suis rarement fait avoir par mon sens de l’optimisme, dites-vous qu’au pire aller, ça ne peut qu’aller mieux dans les faits.

Voyons d’abord ce que l’on sait :

1-Le gouvernement provincial cherche à réaliser des économies de l’ordre de 600 millions $ dans les finances publiques;
2-Ces économies peuvent venir sous la forme de coupures dans les dépenses ou d’une augmentation des revenus (le gouvernement ne contrôlant – et encore de manière limitée – que ses dépenses dans le domaine universitaire);
3-Dans le secteur de l’éducation postsecondaire, les mesures d’économies proposées par le rapport sur la Révision stratégique des programmes (RSP) ne visent que les universités (c’est-à-dire ni le système collégial, ni l’aide financière aux étudiant.e.s);
4-Les économies recherchées dans le cas des universités publiques sont de 15 à 45 millions $.

Alors, ces coupures de 15 à 45 millions $, nous pouvons probablement déjà les considérer comme un fait accompli. Pourquoi donc? À la lecture du document détaillant les options possibles à l’issue du processus de RSP, les trois «options» proposées par le gouvernement font évidemment partie d’une stratégie d’action concertée, plutôt que de mesures individuelles à prendre ou à laisser (FÉÉCUM). Dans notre domaine, du moins, nous avions l’illusion du choix quant à ce qui doit suivre. Le financement axé sur les indicateurs de rendement s’en vient bel et bien au N-B, n’en doutez pas (FÉÉCUM).

Évidemment, on a bon espoir que, sachant l’éducation et la santé « protégées » dans le prochain budget et à l’abri de « compressions importantes ou de changements majeurs » (Radio-Canada), cette stratégie puisse encore être laissée de côté. Sauf que, quand on prend le temps de songer à cette affirmation du ministre Boudreau, la seule certitude qui demeure est celle d’assister à une nouvelle démonstration de gymnastique linguistique gouvernementale.

On sait tous ce que sont des compressions, comme des changements, d’ailleurs; en revanche, la notion de « majeures » ou d’ « importantes » n’a en soi rien de prohibitif, et moins que tout s’il est question de « protéger ». C’est une question d’interprétation. Le concept de protection, dans le cas présent, n’exclut aucunement les coupures, surtout dans la perspective d’assurer la viabilité à long terme.

Mieux vaut dix ans de vaches maigres que pas de vache pantoute, j’imagine.

Et si tel est le cas, préparez-vous à voir des côtes. Sachant que l’Université de Moncton a déjà complété un processus de rationalisation de ses opérations en réaction aux budgets déficitaires des deux dernières années, j’entrevois difficilement qu’on puisse y couper davantage sans affecter la qualité de l’éducation. Et d’une éducation que vous devrez payer de plus en plus cher malgré tout, s’entend.

La vache maigre n’est pas moins chère, que nenni; elle est plus rare.

Ces 15 à 45 millions $ représentent entre 5% et 17% des sommes actuellement remises sous la forme de subvention aux universités (GNB). En considérant que l’Université de Moncton a reçu une subvention de 70,2 millions $ au cours du dernier exercice financier (UMoncton), ce qui constitue 27% de l’enveloppe « aide financière aux universités » (GNB), on peut estimer que les coupures prévues feraient disparaître 4 à 11 millions $ du budget d’opérations (soit entre 3% et 10% des revenus actuels de l’Université, qui sont de 104 millions $). Évidemment, c’est sans compter sur l’inflation.

Comme l’UMCM accapare un peu plus de 77% de la subvention remise au réseau, les coupures sur le campus principal seraient de l’ordre de 3,0 à 8,4 millions $.

À Edmundston (12%) : de 480 000$ à 1,3 million $.

À Shippagan (10%) : de 400 000$ à 1,1 million $.

Et rappelons que ces compressions viendront s’ajouter au déficit actuel, établi à 1 million $ au dernier budget (UMoncton). Ce déficit était considéré comme un succès par l’Université, qui estimait un manque à gagner de plus de 6 millions $ si aucune mesure de réduction des coûts n’avait été entreprise (UMoncton).

Cependant, comme les mesures suggérées par le rapport de la RSP exigeront des transformations importantes du système universitaire, nous pourrions certainement bénéficier d’un sursis. Damoclès suspendra peut-être son épée le temps d’une autre année financière. Mais à ne pas se tromper, il faut s’attendre à l’avènement d’une période de transition vers un système universitaire qui sera différent de celui que nous connaissons aujourd’hui.

Et on n’a toujours pas parlé de la question des droits de scolarité. Dans un communiqué émis au nom du front commun liant tous les intervenants de la communauté universitaire de l’Université de Moncton, l’Université demande « un financement adéquat […] qui lui permette de gérer ses activités sans avoir à augmenter les droits de scolarité » (UMoncton). C’est une annonce qui permet d’espérer, mais comment la chose sera-t-elle possible sans apporter des changements importants dans le but d’assurer la viabilité à long terme de notre institution?

Et quand le moment sera venu, comment pourrons-nous identifier les priorités? En somme, quel sera le visage de l’Université de Moncton 2.0 : doit-on songer à modifier la mission de l’Université? Le contexte de l’éducation postsecondaire au N-B et de la société acadienne a énormément évolué depuis la création de notre institution – et en grande partie grâce à cette dernière – alors, est-il encore pertinent de fonctionner comme on le faisait il y a 50 ans? Certaines voix se font entendre à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Université de Moncton qui sous-entendent l’imminent besoin de transformation de notre institution au nom de sa préservation (Radio-Canada).

On ne peut qu’attendre la dégelée de février avant de se prononcer. Attendre, encore.

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