
Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets; aucune position officielle de la FÉÉCUM ne devrait en être interprétée.
Notre premier ministre a déclaré à la Législature, le 2 décembre dernier, que « pour [le gouvernement Gallant], quand nous parlons d’éducation, ça inclut le Développement de la petite enfance, ça inclut la littératie chez les adultes, et ça inclut l’éducation postsecondaire (traduction libre) » (GNB). Alors, comme on continue de chercher le plan et de deviner les intentions du gouvernement concernant les universités, j’ai pensé qu’on gagnerait peut-être un brin de clarté à insérer le terme partout où il s’applique. Ça explique les crochets.
Soit dit en passant, le Discours du trône 2015 (GNB) répète à pas moins de 13 reprises l’intention du gouvernement à investir en éducation [postsecondaire]. Bonne nouvelle!
Cela dit, des échanges récents entre la ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail, Francine Landry, et son critique de l’opposition, Trevor Holder, font état de l’ampleur du gouffre qui sépare les objectifs des Libéraux et leur capacité de planification effective.
Toutes les citations qui suivent sont tirés du journal (communément appelé Hansard) de l’Assemblée législative, lequel peut être consulté en version non-finalisée en vous abonnant auprès du service. Une fois finalisés, ils sont versés sur le site web de l’Assemblée législative (GNB). Entre temps, la webdiffusion de la période des questions (GNB) demeure accessible et présente le même contenu.
Le 8 décembre dernier, M. Holder a déclaré que « [le gouvernement] n’a pas de plan maintenant, et il n’a même pas de plan pour trouver un plan [pour rendre l’éducation postsecondaire plus abordable]. (traduction libre) ».
Ce à quoi la ministre Landry répond que « [le] gouvernement a comme vision de rendre l’éducation postsecondaire abordable et accessible aux étudiants du Nouveau-Brunswick. Nous voulons donc apporter des changements aux services financiers aux étudiants. Nous voulons également un système d’éducation postsecondaire qui soit responsable envers les gens de la province quant à l’utilisation de l’argent qui y est investi. »
Et, quant à l’avancement du plan :
« Je peux vous dire que, jusqu’à maintenant, la formule de financement, qui remonte à 1979, ne fonctionne pas. Avec une baisse de 18 % des inscriptions, une augmentation de 25 % des frais de scolarité et une augmentation de 34 % dans le système postsecondaire des universités, vous voyez que la formule de financement ne fonctionne pas. Voilà où nous en sommes; nous évaluons présentement toutes les possibilités. »
Une plateforme et une campagne électorale, et 14 mois au pouvoir plus tard, et pour l’essentiel, la ministre se présente encore les mains vides devant l’Assemblée.
Soit dit en passant, en 36 années sous la présente formule de financement, les sommes versées aux universités ont augmenté de 34%, alors que peut bien insinuer la ministre quand elle affirme que la formule ne fonctionne pas? L’augmentation moyenne semble loin en-dessous de la moyenne de l’inflation au pays de 1979 à 2015 (3,16% par année, selon la Banque du Canada). On parlerait plutôt de sous-financement, à vrai dire. Évidemment, la réalité du financement des universités est plus complexe, sauf que même en considérant que le financement public ne doit compenser qu’en partie de la hausse des coûts – les droits de scolarité absorbant l’autre part - ce taux d’augmentation semble particulièrement faible.
Durant la session du lendemain, Holder revient à la charge en disant qu’ « il y a une crise. Les gens ne savent pas où ce gouvernement s’en va sur la question de l’éducation postsecondaire. Les étudiants attendent, les universités attendent […] quand pouvons-nous espérer voir un plan touchant au futur de l’éducation postsecondaire au N-B? (traduction libre) ».
Oui, tout à fait M. Holder, on pourrait difficilement dire mieux. D’après la ministre, « depuis plus d’un an […] nous sommes en train de préparer un plan soutenable pour l’éducation postsecondaire […] [qui] permettra aux étudiants de notre province d’avoir accès à des études postsecondaires abordables. […] nous aurons bientôt des nouvelles à ce sujet.
Mais, je vous le demande, comment peut-on travailler sur un dossier « depuis plus d’un an » et encore arriver les mains vides? On attend des nouvelles « bientôt » depuis longtemps.
Enfin, Holder en rajoute : « quand le gouvernement a annulé le rabais sur les droits de scolarité, il a dit : « Nous croyons qu’il y a de meilleurs moyens de soutenir les étudiants qui en ont le plus besoin. [Ce programme] n’aidait que les étudiants ayant déjà gradué ». [… ] Est-ce que [la ministre] peut nous donner deux de ses idées pour rendre l’éducation postsecondaire plus accessible? (traduction libre) »
Et je vous rassure, la prochaine réplique de la ministre Landry n’est pas du copier-coller. Pas de ma part, du moins :
« Vous savez, la formule de financement pour le système universitaire date de 1979. Ce système est basé sur les inscriptions. Depuis ce temps, les inscriptions ont connu une baisse de 18 % au Nouveau-Brunswick. Les frais de scolarité ont pour leur part augmenté de 25 %. Pour ce qui est de la contribution des gens du Nouveau-Brunswick au système universitaire, elle a augmenté de 34 %. […] Comme les inscriptions sont à la baisse, nous ne pouvons pas soutenir davantage ce système. Nous travaillons actuellement avec les gens d’affaires, les universités, les administrateurs... »
C’est une déflection digne des ligues majeures. D’ailleurs, je ne sais pas à quel point le gouvernement « travaille avec les universités » à en juger par la surprise que cause chacune de ses annonces à leur égard.
Après une brève pluie d’accusations entre les députés des deux côtés de l’Assemblée (ce qui se nomme communément « faire de la politique »), la ministre Landry précise que « les étudiants nous disent que le Rabais sur les droits de scolarité ne fonctionnait pas. [...] Nous devons aider [les étudiants] durant leurs études, au moment où ils étudient, plutôt qu’à la fin du processus. Donc, nous nous sommes engagés à réinvestir les fonds du Rabais sur les droits de scolarité […] ».
Mais les problèmes du Rabais n’avaient rien de nouveau, et les Libéraux les connaissaient déjà parfaitement au jour 1 de leur mandat : la FÉÉCUM les a régulièrement soulignés (FÉÉCUM), en proposant un réinvestissement des fonds dans des bourses remises pendant les études (FÉÉCUM), ou un réel plafond d’endettement (FÉÉCUM). D’autres ont fait de même, dont l’AÉNB (en anglais : NBSA), alors la barrière linguistique ne peut excuser leur ignorance : le point ici, c’est que les ministres, sous-ministres, fonctionnaires, etc. savaient déjà quel était le problème depuis longtemps. Pourquoi reprendre l’exercice à zéro juste parce qu’on a changé de couleur?
Vous voulez aider les étudiant(e)s pendant leurs études, il y a deux façons de le faire : 1) réduire les droits de scolarité à la source (via un financement accru ou un plafond d’endettement en temps réel) ou 2) transformer une partie des prêts étudiants (correspondant à la baisse nécessaire des coûts pour rendre l’éducation postsecondaire « abordable et accessible ») en bourses.
Et pour ce faire, il va falloir réinvestir les fonds que vous avez coupés. Investir mieux. Je sais que c’est agréable d’annoncer un déficit « moins grave que prévu », ça peut donner l’illusion du succès, mais éventuellement il va falloir revenir sur Terre.
On ne sait vraiment pas ce que vous attendez pour agir, si véritablement l’éducation [postsecondaire] est une priorité.




