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Notre blogue

Bientôt l’hyperversité (?)

Détails
10 Décembre 2015
coupebudget

Texte de réflexion par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets; aucune position officielle de la FÉÉCUM ne devrait en être interprétée.

Bien qu’il puisse sembler bizarre de chercher plus de performance dans un contexte où le gouvernement vise à «diminuer les fonds transférés aux universités» (GNB), c’est néanmoins ce que le rapport préliminaire de la révision stratégique des programmes, ou RSP ([p.7] GNB) semble annoncer pour les universités.

La FÉÉCUM a soulevé des inquiétudes quant aux conséquences des mesures qui seront appliquées dans le cadre du prochain budget provincial, ainsi qu’envers la manière de procéder du gouvernement dans ce dossier (FÉÉCUM). Ce ne sont certes pas les raisons qui manquent !

On entrevoit difficilement comment lier le financement des universités à leur rendement ne les pénalisera pas ; j’irais jusqu’à dire que c’est précisément le but. Notons que le gouvernement a écarté les parties prenantes du milieu universitaire du groupe de travail sur les cibles à atteindre par les universités ([abonnement requis] Daily Gleaner).

À la rigueur, on sait que personne dans le milieu universitaire ne saute de joie à l’idée du financement axé sur le rendement (FAR), ni de coupures de 15 à 45 millions $. Mais leur absence indique que le gouvernement se fout éperdument de l’impact des coupures sur le terrain. Les experts et intervenants du milieu n’ont pas leur place autour d’une table où les décisions sont déjà prises qu’il ne reste que les modalités à discuter.

Le président de la Fédération des Associations de professeures et professeurs d’université du N-B (FAPPUNB), Jean Sauvageau, a d’ailleurs réagi en ce sens au rapport préliminaire de la RSP, disant que «Le but du gouvernement, c’est de couper; ensuite il invente des objectifs.» (Acadie Nouvelle)

Cela dit, le FAR ne touchera pas la totalité des subventions de fonctionnement des universités. Seul un certain pourcentage sera affecté. En Ontario, par exemple, le FAR constitue 4% de la totalité des fonds octroyés aux institutions ([p. 6] Gouvernement de l'Ontario).

De plus, il s’agit d’une transition majeure, et qui prendra un certain temps (et un amendement à la loi, et une nouvelle formule de financement). C’est pourquoi il semble possible que les coupures annoncées ne soient possiblement qu’une mesure préparatoire, ou de rajustement avant le passage au FAR.  

Toutes les universités ne verront pas leur performance mesurée de la même manière. Les cibles (ou les critères, mais c’est moins probable) ou la pondération pourra varier, selon le contexte, le mandat, le type, les spécialités des institutions. Les indicateurs utilisés en Ontario sont le taux de diplomation, le taux d’emploi et le taux de défaut de paiement sur les prêts étudiants (Gouvernement de l'Ontario), à titre d’exemple.

On sait d’entrée de jeu que le gouvernement du N-B considère les taux d’emploi comme mesure du rendement. D’après les statistiques institutionnelles de l’Université de Moncton, le taux de placement de ses diplômé(e)s est excellent, à 94%, de même que le taux d’emploi dans leur domaine d’études, à 87% (UMoncton).

Par contre, les chiffres au niveau de la persistance et de la diplomation des universités des Maritimes sont généralement moins reluisants, avec un taux de diplomation aux environs de 60% (CESPM). À Moncton, disons-le, les choses semblent aller mieux, avec un taux de rétention d’environ 80% après la 1ère année, et d’environ 90% après la 2e année et ensuite ([p.11] UMoncton).

On sait également que le gouvernement désire «des diplômés qui cadrent avec les priorités provinciales». J’ai beau regarder et regarder la liste des programmes d’études offerts à l’Université de Moncton, il n’y en a pas un qui n’offre aucun débouché dans notre province (UMoncton). Mais bien évidemment, certains domaines sont plus en demande que d’autres. J’ose espérer que n’imitera pas le gouvernement précédent à cet égard (FÉÉCUM), pour mettre tous les œufs dans le même panier. Sera-t-on tenté de prédire le marché de l’emploi de demain plutôt que de s’accrocher à celui d’hier? Seul l’avenir nous le dira, les Libéraux demeurant tristement muets sur la chose.

Le recteur de l’Université de Moncton est d’ailleurs intervenu pour rassurer le public sur la «performance» de l’Université de Moncton et de ses diplômé(e)s, la pertinence de leur formation, et l’incapacité générale que nous avons, en tant que société, à prédire le cours futur du marché de l’emploi (Radio-Canada).

Il a également déclaré que les défis financiers de l’Université de Moncton se poursuivront pour encore quelques années, en raison de la diminution des inscriptions et d’ «un niveau inadéquat de financement de l’éducation postsecondaire au Nouveau-Brunswick» (Acadie Nouvelle).

Il faut dire que le financement est inadéquat au maintien des universités sous leur forme actuelle; c’est justement contre cette forme – souvent indissociable de la «mission» des universités - que l’attaque semble lancée. En réduisant le financement, le gouvernement cherche à forcer l’évolution des universités dans une direction qui ne leur est pas naturelle.

Écoutez, si l’éducation postsecondaire était gratuite, passe encore; c’est à peu près la façon dont les systèmes scandinaves opèrent. Les activités de leurs collèges et universités sont liées de très près aux besoins du marché du travail (FÉÉCUM). Mais là, on coupe «de 15 à 45 millions $» dans le financement aux universités, pour le moment, on va – je l’imagine – mettre fin au gel des droits de scolarité ou du moins s’il est maintenu, ne pas le financer, et en bout de ligne ce seront les étudiant(e)s qui paieront toujours plus. Ajoutons qu’on est en droit de se demander si ces dernier(e)s demeureront libres de leurs choix, si les universités se voient contraintes d’augmenter les inscriptions dans certains programmes au détriment d’autres.

S’il faut identifier une faculté qui soit plus à risque à Moncton, regardons du côté de la Faculté des Arts et des Sciences sociales (FASS). Je ne veux nullement diminuer son importance ou semer le doute sur la pertinence des programmes qui y sont offerts, mais il faut reconnaître une certaine tendance à discréditer les Arts comme un domaine sans débouchés dans notre économie moribonde. Réputation infondée, puisque 95% des diplômé(e)s de a FASS trouvent un emploi, dont 88% dans leur domaine d’études ([p.16-17] UMoncton), mais bref. C’est le gouvernement qui va décider s’ils ont trouvé un emploi digne de ce nom.

Le problème, c’est que la FASS comptait 1026 inscriptions au 16 septembre 2014, soit près du quart des inscriptions totales à l’Université de Moncton (réseau). Seule la faculté des Sciences de la Santé et des Services communautaires (FSSSC) en comptait davantage, avec 1052 (UMoncton). Le portrait se répète plus ou moins sur les autres campus : couper dans le financement des Arts, ce serait comme arracher un membre à l’Université.

Vient ensuite la question des dédoublements : là-dessus, on peut dormir tranquilles en principe car, dans les mots de notre recteur «le réseau francophone, c’est l’Université de Moncton; donc il n’y a pas de dédoublements». (Radio-Canada).

Y aurait-il cependant place à la rationalisation? Pourrait-on centraliser certains services présents sur les trois campus en un seul endroit (et pas forcément à Moncton)? Pourrait-on déménager certains programmes complets dans l’un ou l’autre des campus satellites, histoire d’en faire plus que – exception faite de quelques programmes – une pépinière pour le campus de Moncton? Évidemment, sans dépenses supplémentaires, la chose ne serait pas évidente; mais peut-être peut-on y songer.

Si le gouvernement réinvestit (vous le devinerez, ce sera en partie SI ça se produit) l’argent économisé pendant la ronde de coupures dans l’aide financière aux étudiant(e)s, à la rigueur ça pourrait aller. Mais répétons-le, il faut des mesures concrètes de réduction de l’endettement si on veut réellement progresser (bourses au lieu de prêts, élimination de l’intérêt sur le prêt étudiant provincial, diminution des droits de scolarité, etc.). L’éducation ne devient pas plus abordable en augmentant la limite de crédit des étudiant(e)s, ni forcément plus accessible à long terme (c’est-à-dire le terme qui débute avec le remboursement des prêts étudiants).

Malheureusement, il ne revient pas entièrement aux universités de rendre le système plus abordable; et tout effort ciblant l’accessibilité du postsecondaire qui ignorerait la question du coût toujours grandissant des études ne fait que passer le fardeau de la solution au suivant. Or, les suivants se suivent et se ressemblent.

Malheureusement.

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