
Lettre ouverte du président de la FÉÉCUM, Pascal Haché, sur les rapports entre la FÉÉCUM et la SANB
Le C.A. de la FÉÉCUM a dernièrement opté pour que la Fédération étudiante prenne ses distances de la Société acadienne du Nouveau-Brunswick, vu la crise de gouvernance qui s’y brasse. Certains intervenants de la communauté acadienne nous ont critiqué pour l’avoir fait, et critiqué les autres membres du Forum de concertation des organismes acadiens pour avoir fait de même. Leur questionnement est légitime, mais ils devraient comprendre que nous nous sommes penchés sur la situation, y avons consacré bien des heures de réflexion, et sommes à l’aise avec la direction que nous avons fini par prendre.
Je suis tout à fait d’accord avec l’idée qu’on m’a soumise que la SANB est un des organismes qui a su prendre des positions et faire des revendications instruites pour la protection et la promotion de nos droits linguistiques au cours des dernières années. La SANB a en effet défendu et fait avancer la cause linguistique depuis ses tout débuts, nous ne remettons pas cela en question. Je l’ai dit à maintes reprises, je pense qu’elle a son rôle et sa raison d’exister. La réalité des organismes acadiens aujourd’hui traite de multiples sujets outre celui du dossier linguistique. Nous avons des organismes très actifs, avec des structures et des capacités incroyables et je dois même dire que nous en faisons des jaloux dans la communauté anglophone.
La réalité de la FÉÉCUM d’aujourd’hui est que nous avons un bureau avec plusieurs employés à temps plein : un directeur général, un agent de communication, un agent de recherche et de projets, une commis-comptable ainsi qu’une agente de développement social. Nous représentons 3500 membres et défendons bien plus que la question linguistique. Nous avons comme mission de défendre les étudiants, de revendiquer auprès des gouvernements, de mettre en place des initiatives découlant de stratégies afin de faire de l’éducation postsecondaire une priorité de notre gouvernement. Nous sommes une fédération qui englobe 13 conseils étudiants. Nous mettons en place des stratégies politiques de pression, de collaboration et de communication suite aux demandes de ces étudiants. Nous rencontrons les ministres et les sous-ministres année après année afin de faire avancer notre cause. Je pense qu'on peut dire la même chose pour la plupart des organismes dans la société acadienne.
Vous comprendrez donc pourquoi nous remettons en question la structure actuelle de la SANB. Comment pouvons-nous avoir un.e porte-parole externe (en la personne de la présidence de la SANB) pour défendre NOS dossiers spécifiques? Nous tenons à faire ces tâches nous-mêmes et je pense que la jeunesse acadienne universitaire en est bien capable, tout comme les autres organismes qui font partie du Forum sont à même de défendre leurs enjeux. Nous n’avons pas besoin de la structure actuelle de la SANB.
J’aimerais comprendre comment cette structure est encore pertinente pour les organismes qui ont beaucoup changé et évolué depuis leurs débuts. Je ne remets pas en question le besoin d’un organisme telle la SANB pour défendre nos droits linguistiques, je remets tout simplement en question sa capacité de militer pour, et de chapeauter, tous ces organismes qui sont des experts dans leurs domaines et qui tiennent à voler de leurs propres ailes et faire leur travail de façon efficace et pragmatique, sans interférence d’un autre organisme.
Personne de la SANB n’est venu à une de nos A.G.A. ou de nos réunions de conseil d’administration dans le dernier deux ans (pour ne pas dire jamais, car je ne voudrais pas spéculer). Comment peut-on donc compter sur la SANB pour défendre les enjeux spécifiquement étudiants lorsque sa présidence rencontre un.e ministre, un.e sous-ministre, des fonctionnaires, etc.?
En tant qu’organisme acadien, nous voyons une grande importance d’avoir un endroit où nous pouvons échanger, partager et stratégiser ensemble, autour d’une table et ce, de façon à ce que tous autour de la table soient des égaux. Notre vision d’une fédération des organismes acadiens est bien simple, elle répondrait à ces besoins et elle inclurait la SANB en tant qu’organisme, comme tous les autres autour de la table, en tant que défendant d’un des aspects, parmi tant d’autres, de notre société acadienne contemporaine. Cette fédération ne répondrait à personne autre que ses membres. Cette fédération servirait de lieu d’échange et de décision pour appuyer les requêtes, les projets, et les stratégies avancées par les membres. Idéalement, je ne voudrais pas qu’il y ait un représentant élu ou nommé pour représenter cette fédération. Les organismes choisiraient ensemble le.la porte-parole, cas par cas, ou sortiraient tout simplement en groupe.
Comme vous pouvez le voir, notre vision est inclusive, elle est démocratique, et elle représenterait, d’après-nous, beaucoup mieux l’Acadie d’aujourd’hui, une Acadie qui a su grandir énormément depuis l’élaboration de la SANB. Nous ne cherchons aucunement à détruire la SANB. Nous pensons tout simplement qu’elle doit revoir sa structure et se repositionner. Il semblerait que de plus en plus de personnes désirent un tel processus, et c’est pour cette raison que la FÉÉCUM a décidé de mettre le cap sur l’avenir. Nous pensons que la nouvelle structure, qui représenterait une totalité des membres de la communauté acadienne à travers ses organismes (incluant la SANB, peut-être comme forum citoyen général), satisferait les besoins de notre communauté de façon efficace, juste et inclusive.
J’espère, chers lecteurs et lectrices, que vous comprendrez que nos intentions ne sont aucunement malicieuses ou malhonnêtes. Nous ne voulons que le bien de notre belle Acadie et nous sommes aussi d’avis que nous pouvons le faire en collaborant avec les gens qui veulent, comme nous, aller de l’avant et mettre de côté les doléances qui ont lieu présentement à l’intérieur de la SANB.
Vous comprendrez ainsi la réserve que nous avons de participer aux événements organisés par la SANB dans la foulée des multiples commentaires négatifs faits sur les médias sociaux ou dans les journaux à l’égard des organismes. Plusieurs personnes essayent activement de discréditer et de remettre en question la volonté et le but des organismes en ce qui concerne le bien-être de NOTRE Acadie. Ces mêmes organismes qui se battent cœurs et âmes, jour après jour, pour l’avancement de leurs causes et de leurs dossiers, tout en respectant la volonté de leurs membres. Il est donc de notre avis que nous devons passer au travail et tourner la page, pour le bien-être collectif de l’Acadie.
Pascal Haché
Président, FÉÉCUM




