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Notre blogue

Une nouvelle résidence sur le campus

Détails
15 Octobre 2015
foyer

Le texte suivant a été modifié de sa forme originale pour y enlever les éléments satiriques qui auraient offensés certains lecteurs. La FÉÉCUM s'excuse à celles et ceux qui auraient été touchés négativement par ces propos.

L’Université de Moncton vient d’approuver un important projet immobilier. Une fois ses quatre phases complétées, le complexe de 45 millions $ ajouterait 64 lits en résidence et 289 appartements sur le campus (Acadie Nouvelle). Les premiers logements devraient être disponibles dès 2017.

Ce ne sont pas des résidences étudiantes, cependant, mais bien des résidences pour personnes âgées.

Ces édifices (voir p.9 pour le plan) seront construits et opérés par Shannex RLC de Halifax, sur des terrains loués à l’Université pour une durée de 70 ans. L’Université ne financera aucunement ce projet; au contraire, elle va en tirer un bénéfice estimé à 20 millions $. Cette somme doit être versée dans un fonds pour le développement de la recherche, tel que prévu dans la planification du Campus de recherche et développement, ou CRD pour faire court ( Acadie Nouvelle).

Des partenariats seront établis avec l’Université pour des stages, ainsi que des opportunités de recherche et de formation pour les étudiant(e)s. Selon l’Acadie Nouvelle « les gouverneurs se sont réjouis du projet, évoquant le développement de la recherche en gériatrie et les possibilités de partenariats dans le secteur de la santé. »

L’opportunité d’avoir à portée de main une clientèle quasi-garantie (en certains cas à mobilité réduite) doit en principe attirer des développeurs pour compléter le CRD, qui prévoit la construction de trois complexes de services commerciaux et professionnels, d’un centre de conférences et d’une institution financière (Acadie Nouvelle). On peut déjà voir que les terrains déboisés par Shannex semblent déborder de la parcelle «résidentiel» du plan, ce qui laisse présager que certains autres projets ne verront jamais le jour.

Le volet «éducation» du CRD vise l’ajout de trois bâtiments, deux désignés «sciences de la santé, éducation / services professionnels» et un «complexe de la santé», tous attenant au pavillon J. Raymond-Frenette (Faculté de médecine).

Donc, clairement, le projet a des avantages pour l’Université de Moncton. Ce genre de projet se fait ailleurs, bien que pas forcément sur le campus lui-même. Souvent héritières d’ordres religieux, beaucoup d’universités possèdent de vastes terres, qui peuvent être réparties un peu partout. Dans notre cas, tout est dans le même tapon.

Simone LeBlanc-Rainville, la présidente de l’Association des bibliothécaires, professeures et professeurs retraités de l’Université de Moncton (ABPPRUM – car oui, ça existe), a déclaré en entrevue (voir le lien plus bas) que le personnel retraité de l’Université entend bien profiter de tout ce que l’Université à a offrir, et qu’ils seraient des «cobayes idéaux» pour la recherche universitaire (Radio-Canada). Mais est-ce que ces gens désirent vraiment être traités en «cobayes»?

Or, vouloir «profiter de tout ce que l’Université a à offrir» peut signifier à la fois une pression accrue sur les services universitaires et des demandes pour des services spécifiques aux retraités, Or, ces services étant financés par et/ou pour les étudiants, leur orientation ne doit pas dévier des besoins et demandes de ces derniers. Et chaque aîné qui accède aux services sur le campus prend potentiellement la place d’un(e) étudiant(e); ça, il faudra le garder bien en tête. Les services et le divertissement, c’est la responsabilité de Shannex, pas de l’Université (sauf dans les cas où ces ainés deviennent effectivement étudiants réguliers et paient dans le système).

Une population non-étudiante qui cherche à «profiter de ce que l'Université a à offir», c'est une population qui utiliserait la bibliothèque, le CEPS, les cantines, et ferait des demande sur les Loisirs socioculturels. Peut-on donc envisager que des non-étudiants auront en main les livres dont un étudiant a besoin pour compléter sa recherche? Ou qu'un achalandage au CEPS lui refuse accès à une salle d'exercice pour laquelle il paie pourtant un frais afférent? L'Université s'est toujours donnée une vocation communautaire, certes, mais elle ne doit pas oublier sa clientèle première, la masse étudiante.

Pour sa part, Mme LeBlanc-Rainville ajoute que les membres de l’ABPPRUM devraient avoir un accès prioritaire aux places disponibles car «quelqu’un qui a passé sa vie à l’Université devrait avoir priorité sur quelqu’un qui n’y a jamais mis les pieds ni contribué un sou.» Sauf que ce foyer n’est pas l’Université; Shannex va financer, construire et opérer l’établissement sur des terrains appartenant à l’Université. La différence peut paraître subtile mais elle est importante. L'ABPPRUM sera peut-être déçue.

Au moins on sait déjà - sans doute en raison des inquiétudes soulevées par les parties prenantes - que ce foyer de soins sera francophone (Acadie Nouvelle). La chose serait assurée par les clauses linguistiques figurant au bail signé par Shannex. Mais c'est une autre clause qu'il faudra garder un oeil dessus et s'assurer que Shannex la respecte.

Il le faut, parce que Me Michel Doucet considère qu’un établissement bilingue irait à l’encontre de la Charte de l’UdeM, ou du moins de «l’esprit de la Charte». Cette dernière exige de promouvoir des institutions linguistiquement homogènes (UMoncton : UMoncton). Me Doucet reconnaît toutefois la difficulté de faire valoir la Charte dans ce cas précis (à 6h15 : Radio-Canada).

L’association des aînés francophones du N-B (AFANB) s’en est aussi mêlée, disant que, comme «l’université est là pour la promotion de la langue et de la culture […] ça aurait été une délicatesse [des membres du CGV] de jaser avec [eux]. » avant d’aller de l’avant (Acadie Nouvelle). Comme quoi, subitement, le développement du CRD devrait profiter à tout le monde sauf l’Université. Le rôle du CGV, que le porte-parole de l’AFANB accuse d’avoir commis «un affront à l’Acadie et envers l’AFANB avec tout le travail [qu’elle] fait pour la francophonie», est uniquement de travailler dans l’intérêt de l’institution, et particulièrement de sa santé financière. Mais tout le monde tire sur la couverture.

À compter du moment où le complexe ouvrira ses portes, et bien malgré le fait que l’ABPPRUM et l’AFANB soient bien évidemment des groupes intéressés et/ou impliqués dans le projet, il reviendra à la province du Nouveau-Brunswick d’entendre les doléances. La compétence de l’Université se limite aux clauses linguistiques déjà prévues pour le contrat avec le développeur. Si Shannex ne les respecte pas, il ne relève pas de la compétence de l’Université d’intervenir. Ce n’est pas une relation de gérant à employé qui lie les deux partenaires.

En dernier lieu, on remarque déjà une tendance chez les retraités à retourner sur les bancs des universités, à ce point qu’il est prévu que la cohorte de diplômés âgés de 50 à 69 ans de 2025 sera quatre fois ce qu’elle était en 1995 (Affaires unievrsitaire). Peu des cours suivis par cette clientèle débouchent sur l’obtention de crédits, remarquez; mais cette demande aussi est en hausse – rapport que les baby-boomers aiment ça, les diplômes, voyez-vous. Les cours de l’Université du troisième âge (UTA) pourraient bien devenir une source de revenu pour l’Université de Moncton, car si les cours qui y sont donnés sont gratuits au moment où je vous parle, ailleurs au Canada les universités se réveillent et créent des programmes visant spécifiquement les étudiants retraités. Et ça marche!

D’ici-là, l’ouverture d’un foyer de soins et d’une résidence pour personnes retraitées autonomes sur le campus de l’Université de Moncton risque fort d’affecter la quantité d’auditeurs libres dans les cours, voire même d'auditeurs payants.


Si l’on doit se questionner sur la décision du CGV, prise je le répète dans l’intérêt financier de notre université, peut-être devrait-on le faire du point de vue d'abord de celles et ceux pour qui l’Université devrait en principe exister : les étudiant(e)s.

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