
par Sarah Anne Grandisson, responsable du projet « Non c'est non » pour la FÉÉCUM
L’automne est à notre porte et il ramène avec lui les couleurs, l’école et bien sûr… l’Halloween. Chez la masse étudiante, l’Halloween est bien souvent synonyme de fête à thème. Et qui dit fête à thème, dit évidemment vente de costume : costume normal pour les hommes, et costume sexy pour les femmes. L’objectivation de la femme est présente plus que jamais en société, pourquoi ? Eh bien, le sexe est un outil de marketing très efficace, tout simplement! Et en effet, voici ce que l’on voit dans les magasins : des costume de toute les sortes pour les hommes (mécanicien, monstre, fantôme etc.) à prix abordable, alors que du côté des femmes, on retrouve les même costumes mais à prix exorbitant, comportant pour la plupart une minijupe et un haut moulant. Évidemment, les femmes qui portent ces costumes peuvent être visées par des commentaires disgracieux, des pensées malsaines et des jugements négatifs.
Qui n’a jamais entendu quelque chose du genre: « Elle a demandé pour ce qui lui arrive! Pourquoi elle se déguiserait en pute si elle ne veut pas qu’on couche avec elle ? » Ce discours présente la portée inquiétante que peut avoir le « slut-shaming » en société.
Le « slut-shaming » est la pensée selon laquelle les hommes et les femmes sont jugés différemment quant au nombre de relations et de partenaires sexuels qu’ils ont ou qu’ils ont eus par le passé. C’est aussi porter des jugements, ou insulter une personne sur la façon dont elle exprime sa sexualité, s’habille ou agit en général. De la sorte, on contribue à renforcer les stéréotypes selon laquelle une femme qui s’habille sexy ou plus légèrement n’a aucun respect pour son corps. Pourtant, le respect de soi, ce n’est pas se couvrir tout le corps. En fait, le respect pour soi prend forme lorsque la femme prend le contrôle de sa sexualité et extériorise celle-ci de la façon qu’elle le veut et qui lui convient. C’est assumer qui l’on est, sans se restreindre aux attentes de la société quant à ce que devrait être une femme, ni ce dont elle devrait avoir l’air.
Regardons par exemple la question de l’habillement provoquant des adolescentes en milieu scolaire, qui tend à dépendre les filles comme des victimes responsables de leur propre malheur. En effet, une fille ne doit pas montrer un genou, un dos ou bien une épaule en trop car elle pourrait être victime de harcèlement sexuel, ou encore elle pourrait compromettre l’éducation de ses collègues masculins en leur causant des distractions. Et non, ce n’est pas une blague que vous venez de lire. Malheureusement, c’est le genre d’excuse qu’ont certaines écoles secondaires de la région, comme Fredericton High School, lorsqu’elles renvoient des jeunes adolescentes à la maison parce que les bretelles de leur soutien-gorge est visible, ou encore lorsqu’elles portent des pantalons de yoga.
C’est inquiétant qu’encore 1 Canadien sur 5 continue à croire qu’une femme peut provoquer sa propre agression sexuelle, en étant saoule ou en s’habillant de façon sexy. (http://www.canadianwomen.org/sexualassault) Lorsque j’entends cela, voici comment je l’interprète : « Tu t’es fait frapper par ton copain ? Mais où était ton casque protecteur ? » ou encore « Tu t’es fait voler ton portefeuille mon vieux ? Que portais-tu ? Un veston-cravate ? Ah c’est pour ça que ça t’es arrivé ! Tu n’aurais pas dû montrer que tu avais de l’argent. » Il faut absolument mettre fin à ces discours ridicules et placer la femme sur le même pied d’égalité que l’homme.
Ce ne sont pas les codes vestimentaires ou les costume sexy en tant que tels qui posent problème, mais le fait qu’ils ciblent principalement les jeunes femmes et les représente comme une source de distraction ou un objet sexuel pour les hommes qui les entourent. Dans ce cas, on envoie le message que le corps des femmes n’est qu’un produit et que l’homme en est le principal consommateur. Un habillement provoquant est trop souvent perçu comme une façon de publiciser son corps, de le vendre en quelque sorte, ce qui n’est absolument pas le cas. Ce genre de jugement renforce la vieille idée selon laquelle la femme n’existe qu’à travers – et pour – l’homme. Et ça, mes amis, c’est nier à la femme son droit de vivre suivant sa propre volonté et ses besoins particuliers. Ridicule, n’est-ce pas ?




