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Les Libéraux : un avenir (trop?) prometteur

Détails
28 Septembre 2015
plateformes lib

par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets

Alors que les Conservateurs et le NPD manquent de plan, les Libéraux en ont qui leur sort par les oreilles (Libéral), ce qui reflète sans doute le besoin du chef Justin Trudeau de se départir de son aura de jeune premier et d’acquérir ses épaulettes de chef.

Que voulez-vous, y’est jeune, y’est cute, pis son père était Premier ministre; on pourrait croire que la place lui a été donnée. Qu’il ne la mérite pas, en somme. C’était un risque pour le Parti Libéral quand il a nommé Trudeau – un politicien relativement inexpérimenté – chef  en 2013. Son nom assurait visibilité et (im)popularité; à lui de faire le reste. Ben le voilà, le reste.

Le plan Trudeau se décline en cinq grandes orientations (création d’emploi, environnement et économie, soutien aux collectivités, transparence, politique étrangère). Je vous propose un survol assez général des promesses et objectifs du plan, question de vous permettre de terminer votre lecture avant l’élection. Il va sans dire que j’en laisse de côté.

Sous sa rubrique «croissance pour la classe moyenne» (ici), les Libéraux proposent des investissements en infrastructures (publiques, vertes, sociales) et en transport collectif, avec des visées sur la création d’emploi dans ces mêmes secteurs. Pour les familles, on promet d’annuler les allègements fiscaux consentis aux Canadiens les mieux nantis pour financer de meilleures allocations (non-imposables) pour les enfants, un meilleur soutien aux aidants naturels et des baisses d’impôt pour la classe moyenne. On propose également d’annuler la réforme controversée de l’Assurance-emploi du gouvernement Harper, tout en simplifiant l’accès aux prestations dans le cas des prestations parentales (durant les congés de maternité). Enfin «Le plan» prévoit le droit des fonctionnaires fédéraux à demander des conditions de travail plus souples, comme des horaires flexibles ou le travail à distance.

S’ajoute encore la promesse intéressante de créer 35 000 emplois supplémentaires sous Emplois d’été Canada, de doubler le nombre d’emplois au programme Connexion compétences pour le porter à 22 000, et de créer 5000 nouveaux emplois d’été à Parcs Canada (ici). D’autres mesures sont destinées à inciter les employeurs à créer de nouveaux emplois permanents. Y’a du bon pour les étudiants comme pour les diplômés ici, vous en conviendrez.

Le volet «environnement et économie» (ici) du plan Trudeau s’appuie d’abord et avant tout sur l’investissement en technologies vertes et la création d’emplois dans le domaine, avec l’objectif de s’attaquer aux changements climatiques. Au passage, les Libéraux se proposent de rétablir des normes plus sévères pour les évaluations environnementales et la protection des eaux, ainsi que de préserver et promouvoir les parcs nationaux du pays. Ça parle à plusieurs d’entre vous, à n’en pas douter : on a déjà déploré le manque d’intérêt pour l’économie verte comme véhicule de croissance pour le Canada en ces pages.

Pour ce qui est de «partenariats renouvelés pour un Canada plus fort» (ici), la majorité des mesures projetées vise les Premières Nations, notamment au plan de l’éducation (du primaire au postsecondaire) et dans l’objectif de rétablir et solidifier les liens avec Ottawa. Trudeau compte notamment appliquer les recommandations de la Commission vérité et réconciliation et lancer une enquête publique sur les femmes autochtones disparues ou assassinées. Ensuite viennent les anciens combattants, que le plan libéral veut mieux honorer et mieux soutenir dans leur réintégration, tout en leur fournissant les soins et le soutien dont ils ont besoin pour ce faire. C’est positif, mais vu le volume de promesse ciblant les Premières Nations (qui ont besoin de beaucoup plus que ce qu’Ottawa leur accorde présentement, disons-le), on se demande s’il s’agit de plus que d’une pêche aux votes pour Trudeau.

Vient ensuite «un gouvernement juste et ouvert» (ici) qui pour l’essentiel vise à établir des garanties et protections contre la venue d’un nouveau gouvernement sur le modèle Harper. «Le plan» vise spécifiquement à «abroger les lois antidémocratiques des conservateurs et sévir contre la fraude électorale», et promet la «fin de l’utilisation abusive de la prorogation et des projets de loi omnibus», ainsi que plusieurs autres mesures qui placent les pratiques du gouvernement Harper directement dans la mire de Trudeau et de son équipe. On a besoin d’air frais, et tout le monde sauf les Conservateurs ont à peu près le même discours dans ce domaine; à vous de choisir.

Dans la même veine, Trudeau promet de renverser la décision des conservateurs d’abolir le service à domicile de Postes Canada, et de promouvoir un gouvernement qui «reflète la diversité du Canada», avec un nombre égal d’hommes et de femmes nominées au Cabinet du Premier ministre. Il vise également à impliquer le plus possible les citoyens dans les décisions politiques en faisant appel aux médias sociaux et autres technologies de communication. Absolument.

Pour terminer, on promet de «laisser les scientifiques s’exprimer», eux qui se sont souvent plaints d’être muselés par le gouvernement Harper, de même que de rétablir le formulaire long du recensement tout en assurant l’indépendance de Statistique Canada. Personnellement, ma promesse favorite. Ces deux promesses résonnent particulièrement fort dans le domaine académique. Le formulaire long à lui seul nous redonnerait un puissant outil d’élaboration de politiques sociales.

Dernier volet du plan, «le Canada et le monde» (ici), qui propose un aperçu de la politique étrangère du pays sous la gouverne des libéraux. Tout ici touche aux Etats-Unis ou à peu près, des partenariats énergétiques visant à faire de l’Amérique du Nord «le producteur d’énergie le plus efficace et le plus responsable du monde», à l’élimination des barrières à l’échange, à la «réparation» des relations entre le Canada et son voisin du Sud. Le monde, à mon sens, est un plus vaste que ça, mais bon.

Veut, veut pas, tout le monde ou presque trouve quelque chose qui lui plaira dans «Le plan»… Et c’est son principal défaut, à vrai dire. Un peu comme Mulcair, Trudeau cherche à se définir comme l’alternative, le poster-boy du changement politique, en pointant du doigt de nombreux problèmes imputés à la «décennie Harper» qu’il estime pouvoir rectifier en renversant les décisions du Premier ministre sortant. On peut rectifier, oui, mais effacer sera difficile et très long; on ne construit pas des lois ni des politiques en carton. Au moins la volonté y est.

La question qui nous tenaille en bout de ligne est simple : on est évidemment tous heureux de savoir que Trudeau investira dans au moins une chose qui nous intéresse, mais il faut vraiment se questionner à savoir comment il parviendra à donner tout à tout le monde. Ses promesses, qui s’enchaînent au rythme de lemmings se garrochant dans l’océan (YouTube) semblent difficiles à réaliser en bloc à court ou même à moyen terme pour le Canada. On dit qu’il faut dépenser de l’argent pour faire de l’argent, c’est vrai, mais encore faut-il avoir de l’argent pour en dépenser. Sans être cynique (OK, un peu) on s’imagine déjà le jour 2 du gouvernement Trudeau, où on nous annoncera que «la situation financière du Canada était pire qu’on ne le croyait». Qui sera oublié en premier?

Et de toute évidence, ce qui va mal sera de la faute à Harper, vous le devinez.

En tout cas, on ne peut certainement pas dire que Trudeau n’a pas de plan.

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