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Priorités libérales : Moins que rien

Détails
4 Août 2015
gallantécrit

par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets

On vous a sûrement déjà fait la morale sur les difficultés de la « vraie vie », vous savez, celle qui commence après les études. L’argument du « moi j’ai commencé avec rien et je me suis ben arrangé » pour vous encourager à travailler avec ardeur (et/ou cesser de vous plaindre) vaudrait peut-être quelque chose si le système ne vous forçait pas, plus ou moins, à commencer avec moins que rien. 39 600$ de moins que rien après le baccalauréat, en fait (Statistique Canada).

Plus intérêts. Ouais. Ça se rattrape, mais ça commence rough.

Je ne vous cacherai pas ma profonde déception suite à la lecture de la lettre envoyée aux chefs des partis fédéraux par le gouvernement libéral (Libéral N-B), de même que du document qui l’accompagne, intitulé Priorités du Nouveau-Brunswick en matière de partenariats fédéral-provincial (Libéral N-B).

Aucune mention de l’éducation postsecondaire ne figure dans ces deux documents. Difficile alors de croire que notre gouvernement considère celle-ci comme une priorité. Qu’est-il donc advenu de l’« objectif de rendre l’éducation postsecondaire accessible et abordable pour tous les Néo-Brunswickois » (Acadie Nouvelle)? Bien que l’éducation soit de compétence provinciale, le financement des institutions postsecondaires et l’aide financière sont des compétences partagées.

60% de votre prêt étudiant est financé par le gouvernement fédéral; 695 millions$ ont été distribués sous la forme de prêts et de bourses par le Programme canadien de prêt aux étudiants (PCPE) en 2012-2013 (Gouvernement du Canada). Il faut dire que 385 millions$ en prêts irrécouvrables – et un total de 1,4 milliards$ en trois ans – ont aussi dû être pardonnés, mais ça, on préfère généralement ne pas en parler trop fort à Ottawa (Globe and Mail).

Donc, sachant la gravité de l’endettement étudiant dans notre petite province (FÉÉCUM), il va sans dire que le gouvernement aurait avantage à chercher des façons d’agir sur ce front, en collaboration avec le gouvernement fédéral.

Depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux, les étudiant(e)s et les diplômé(e)s du Nouveau-Brunswick n’ont subi que des coupures (FÉÉCUM), et tout porte à croire que le gouvernement se penche présentement sur le financement des universités, ce qui ne risque pas d’améliorer une situation déjà lamentable. Nous ne savons pas encore si ce sera la somme octroyée ou la manière de distribuer les fonds qui sera modifiée, mais ça va brasser pour sûr.

Et dans l’un cas comme dans l’autre l’objectif sera, évidemment, de réduire (que le moyen soit direct ou détourné) les investissements publics en éducation postsecondaire. Je vous a déjà donné un aperçu de quoi ça pourrait avoir l’air (FÉÉCUM), et c’est pas de quoi à accrocher au-dessus du foyer, disons... Mais peu importe le moyen utilisé, espérons au moins que les changements seront faits avec la mission des universités et la stabilité du réseau bien en tête. Et que cette fois, on daignera consulter les étudiantes et étudiants de la province au préalable.

Les étudiants ne sont peut-être pas outillés pour prendre ces décisions, ça on aime bien nous le répéter, mais ça les affecte directement : même le médecin t’explique à quoi sert le bout qu’il doit t’enlever, que tu comprenne à quoi il sert ou non, et ça c’est non-négociable. Et financé publiquement.

Si notre province doit améliorer sa situation économique et sociale de façon durable, elle ne peut pas se détourner de l’éducation postsecondaire. On se demande en outre pourquoi la bonification du transfert fédéral en matière de programmes sociaux (TCPS), duquel relève l’éducation postsecondaire (Gouvernement du Canada), ne figure nulle part dans les demandes faites aux partis fédéraux par le gouvernement Gallant. La bonification de ce fonds permettrait aux provinces d’améliorer considérablement la qualité de vie des citoyens à long terme. Et vous savez ce qu’on dit du long terme en période électorale…

Jusqu’ici, pour ce qui est de rendre les études postsecondaires plus abordables, le gouvernement a aboli la contribution parentale dans le calcul des prêts étudiants, et on nous laisse entendre que de nouvelles mesures seraient imminentes pour ce qui est de l’aide financière aux étudiant(e)s les plus vulnérables financièrement. Malheureusement, ces mesures sont faites au prix d’un désinvestissement important; tant mieux si elles portent fruit, mais il y a fort à douter que ces mesures réduiront de quelque manière que ce soit l’endettement record des étudiant(e)s de notre province. Sans voir à réduire le coût des études à la source, difficile, voire impossible, d’endiguer la présente crise de l’endettement étudiant.

La FÉÉCUM est d’avis que nos universités publiques doivent être imputables et transparentes dans leur gestion des fonds publics, de sorte à protéger l’investissement que font tous les Néo-Brunswickois (FÉÉCUM). De même, il faut que cette éducation soit véritablement et durablement accessible à tous ses citoyens; le fait que ce ne soit pas la totalité des Néo-Brunswickois qui feront le choix de poursuivre leurs études ne doit en rien diminuer l’importance de viser un système équitable et abordable.

Cela dit, notre réseau universitaire doit être financé de manière adéquate : si des efficiences peuvent être trouvées à l’intérieur du réseau, qu’on les trouve, mais que ce ne soit pas un moyen détourné pour sabrer dans le financement des institutions publiques. Car malgré l’investissement – important, soit – de la province, nos diplômé(e)s affichent une dette d’étude accablante. On peut mieux investir ou investir davantage en éducation postsecondaire, mais certainement pas moins.

Peu de Néo-Brunswickois seraient contre l’accès universel et gratuit aux soins de santé – et pourtant c’est la dépense qui leur coûte le plus cher année après année. On pourrait dire la même chose du système scolaire : qui remettrait en question l’investissement de la province à ce chapitre?

Il fut un temps où l’obtention d’un diplôme d’études secondaires représentait la norme en fait d’employabilité, et la province pouvait être fière d’offrir cette opportunité à tous ses citoyens. Cependant, la réalité n’est plus la même, et en l’absence d’expérience (chose plutôt rare au moment de postuler à un premier emploi), un diplôme du premier cycle du postsecondaire est aujourd’hui devenu la norme. Ce n’est plus l’exception.

À preuve, un rapport de l’OCDE atteste du fait qu’en 2014, six Canadiens sur dix  (57%) entre l’âge de 25 et 34 ans possédaient un diplôme d’études postsecondaires (OCDE).

Bref, nous ne sommes pas sous-éduqués, mais nous sommes surendettés.

Et pendant ce temps, le gouvernement nous parle d’accessibilité pour les plus démunis : c’est injuste qu’ils ne s’endettent pas autant que les autres, après tout.

Ça semble être comme ça qu’on aide ceux qui ont (déjà) moins que rien.

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