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Notre blogue

Jeux de mots

Détails
20 Juillet 2015
jeuxdemot

par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets

Parfois, on dit des choses sans avoir l’intention de les dire. Et, bien qu’il puisse paraître un tantinet juvénile de tirer avantage de propos obtenus de la sorte, il en demeure néanmoins qu’ils révèlent parfois mieux le fond de la pensée des gens que leur discours «officiel». On pourrait dire que, sans prêter aux gens qui les formulent des intentions qui ne sont pas les leurs au moment où ils sont enregistrés, des propos du genre, impromptus, peuvent être plus francs que ceux, plus réfléchis, qui relèvent de la construction.

Nulle part, peut-être, cela sera-t-il plus vrai qu’en politique.

D’où et pourquoi je sors tout ça? La ministre de l’éducation postsecondaire, de la formation et du travail (MEPFT), Francine Landry, a eu la réaction suivante en entrevue avec l’Acadie Nouvelle dans l’édition du 16 juillet, au sujet de l’endettement étudiant record dans notre province :

« La situation nous inquiète, dans le sens qu’on est concernés [voulait-elle dire inquiétés?] certainement par l’endettement étudiant. On avait et on a toujours l’objectif de rendre l’éducation postsecondaire accessible et abordable pour tous les Néo-Brunswickois ».

De rendre l’ÉPS abordable. Pas plus abordable; abordable, point. Serait-ce reconnaître que l’ÉPS n’est pas abordable dans la province? Disons que les chiffres pointent en ce sens.

Plus haut dans le même article (Acadie Nouvelle), on lit que la dette étudiante moyenne au N-B était de 35 200$ pour la promotion de 2010, le total grimpant à 39 600$ en moyenne quand on ajoute le financement non-gouvernemental (par exemple les marges de crédit et prêts privés). Dans les deux cas, cela place notre province au dernier rang au pays, dans le second cas ex-aequo avec la Nouvelle-Écosse.

Toujours sans parler d’intérêts, en plus.

Ça ne s’arrête pas là: les diplômés du réseau collégial affichaient selon la même étude une dette moyenne de 17 200$, alors que la moyenne nationale était de 14 200$. Considérant le coût de la scolarité collégiale au N-B, on s’explique difficilement ces chiffres. En termes absolus, ça ne représente qu’une économie de 200$/année… Évidemment, les droits de scolarité ne sont qu’une variable parmi plusieurs dans le coût des études (FÉÉCUM).

Mais permettez-moi quelques réactions aux propos de la ministre :

De un, les chiffres cités par l’article datent de 2010 et ne devraient surprendre PERSONNE, moins que tout la ministre qui, contrairement au commun des mortels, a accès à des chiffres fiables, vérifiables, et à jour sur l’endettement des étudiants dans notre province. Ce qui est surprenant, c’est que le MEPFT puisse continuer de les ignorer (dans tous les sens du terme). Parlons de ça, Mme Landry.

De deux, s’il y avait véritablement inquiétude de la part du gouvernement, hé bien, il y aurait action de la part du gouvernement. Pour l’instant, on se contente de « chercher des efficiences » ce qui, dans l’immédiat du moins, signifie l’abolition d’un programme de – ahem – réduction de la dette étudiante (Radio-Canada) et des coupes significatives (en catimini) dans un second programme de – a-rehem – réduction de la dette étudiante (Radio-Canada).

Et de trois, si –véritablement- les libéraux trouvent cette situation inquiétante, ce n’était ni évident dans leur plateforme électorale en fait d’ÉPS (FÉÉCUM), ni dans les actions entreprises depuis leur arrivée au pouvoir, ou les propos répétés de la ministre Landry sur la nécessité de l’arrimage du système d’ÉPS aux demandes des employeurs.

C’est drôle, mais je me sens comme si on me disait qu’on s’inquiète pour ma santé en me sacrant une volée à coups de 2x4.

Un peu plus loin, Mme Landry en rajoute. D’après le journaliste : « À la FÉÉCUM et à l’Alliance étudiante du N.-B., qui reprochent au gouvernement de ne rien avoir fait pour réduire l’endettement étudiant, elle répond qu’un gel des droits de scolarité a été imposé aux universités de la province pour l’année 2015-2016 ».

Et si on avait pris la peine de consulter qui que ce soit dans le milieu universitaire, n’importe qui aurait pu lui expliquer comment un gel (et particulièrement un gel non-financé) est une façon inefficace d’endiguer la hausse du coût des études (FÉÉCUM). Même que ça nous aurait fait plaisir de l’éclairer. C’est comme de la rouille peinturée, ça, un gel.

Mais on a choisi de faire cavalier seul du côté de Fredericton.

S’il y a une lueur (que dis-je, une braise) d’espoir dans tout cela, c’est que Mme Landry affirme que : « le gouvernement a opté pour cette approche [i.e. les coupures] pour se donner les moyens de faire des changements », et qu’elle dit vouloir « consacrer davantage de fonds aux étudiants qui sont toujours aux études ».

Cela dit, il ne faut pas se leurrer: « davantage de fonds » ne signifie aucunement de nouveaux investissements en ÉPS, mais bien une redistribution partielle des fonds actuels, moins un montant important qui sera probablement redirigé vers d’autres budgets. La FÉÉCUM et d’autres demandent régulièrement – chiffres et suggestions à l’appui – au gouvernement de MIEUX investir, mais jamais de moins investir. Nous avons souvent critiqué les deux programmes de réduction de l’endettement, dont un seul demeure aujourd’hui, parce qu’ils n’arrivaient pas à réduire l’endettement pendant les études, mais toujours en proposant de réinvestir les fonds associés.

Bien que la ministre affirme travailler en ce sens, rien dans les conversations que nous avons eues avec elle ni avec d’autres membres du MEPFT ne laisse supposer un plan clair pour y parvenir, pas plus qu’une vision à long terme pour assurer l’accessibilité de l’EPS à un prix abordable.

On pourrait débattre longtemps de ce que signifie «accessible» et «abordable», mais on ne pourrait certainement pas soutenir longtemps d’argument contre la nécessité de l’ÉPS pour le futur, au niveau tant individuel que collectif, du Nouveau-Brunswick. Nous savons quelles difficultés notre province éprouve à attirer des gens ici; a-t-on réellement les moyens d’ignorer encore longtemps les besoins – et surtout les moyens – de  ceux qui y sont déjà et qui sont les plus susceptibles de vouloir y rester?

Parce que si le niveau de dette étudiante n’a rien de surprenant, moins que tout pour la ministre Landry, il ne fait aucun doute qu’il  concerne le gouvernement. Je ne sais pas si la ministre de la Francophonie a malencontreusement fait usage d’un anglicisme, mais elle compte indubitablement parmi les personnes ayant le plus d’influence sur ce problème. C’était déjà grave en 2010, et on a choisi de l’ignorer parce que c’est plus commode, politiquement, que de s’y attaquer avec résolution.

Je doute que si elle ne s’était pas vue un peu forcée de discuter d’endettement en raison de la piètre (encore une fois) performance de la province dans un (autre) classement national (FÉÉCUM), la ministre aurait partagé son « inquiétude ».

Rien ne permet de croire qu’on en jase à la pause-café au MEPFT, si ce n’est dans la perspective de nouvelles coupures, question de « se donner les coudées franches pour vraiment regarder les différentes options au niveau du financement des études postsecondaires ». De quoi auront l’air ces coudées franches? Nous ne sommes pas dans le secret des dieux, mais on peut en avoir une idée (FÉÉCUM). Une idée noire, mais bon.

Plus avec moins, investissements stratégiques, efficiences, budgets limités, accessibilité…

Jeux de mots que tout cela.

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