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Notre blogue

Le Nouveau-Brunswick : ici, on n’en peut plus

Détails
16 Juillet 2015
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par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets

Année après année, le Nouveau-Brunswick «performe» dans un nombre de classements, disons, peu enviables. Taux de cancer, violence conjugale, âge de la population, chômage, tabagisme, et – du moins selon une analyse récente – dette étudiante, tout y passe. Si on ne se trouve pas en tête, on en est rarement loin.

L’analyse en question, produite par le groupe Consolidated Credit, s’appuie sur l’enquête nationale auprès des diplômés de Statistique Canada (Statistique Canada), dont les données proviennent de la promotion de 2010. Remarquez bien que l’objectif du groupe Consolidated Credit est justement d’inciter les gens à utiliser leurs services, et que les étudiants sont des clients potentiels; un article de la sorte sur leur site web (considérant les mots-clés) peut attirer bien des clics.

Bref, il s’agit d’un estimé et les choses pourraient être moins pires dans les faits. Mais elles pourraient également – ce qui est plus probable – être pires. Nous savons avec certitude que la dette moyenne à la dernière année du baccalauréat était de 35 156$ en 2011-2012. Ces chiffres sont ceux du gouvernement provincial. Or, selon Consolidated Credit, la dette moyenne après les études serait de 35 200$ au N-B, loin devant la Nouvelle-Écosse à 30 400$, et à des années-lumière de la moyenne nationale à 22 300$. Je qualifierais l’estimé de réaliste, sinon d’optimiste, dans l’attente – longue, comme vous pouvez le voir – de chiffres officiels en provenance du gouvernement. Alors, il n’y a aucune raison valable de douter que le N-B soit au sommet de ce palmarès.

Vous connaissez le dicton : pour pouvoir remonter, il faut parfois toucher le fond.

Mais si on n’y est pas déjà au Nouveau-Brunswick, je ne veux pas savoir à quoi ça ressemble.

Bien entendu, le fait que notre province se classe au premier rang en fait de dette étudiante est déplorable, mais sans être surprenant pour autant. Même si nos droits de scolarité ne sont pas les plus élevés au pays (nous sommes actuellement 4e), après l’application des rabais dans les provinces qui nous précèdent (Ontario, Saskatchewan, Nouvelle-Écosse), le Nouveau-Brunswick grimpe rapidement au classement. Tellement, en fait, que le Canadian Center for Policy Alternatives (CCPA) classe le N-B au dernier (i.e. pire) rang pour ce qui est du coût de l’apprentissage.

Notre cas n’est d’ailleurs pas le plus inexplicable : Terre-Neuve-et-Labrador, avec les droits de scolarité les moins élevés au pays, arrive tout de même au quatrième rang du classement de Consolidated Credit, avec une dette moyenne de 27 300$.

L’index du coût de l’apprentissage (Cost of Learning Index) tient compte des autres dépenses associées aux études (logement, alimentation, matériel, frais afférents et tout le tralala) relativement au revenu médian des familles, tout en appliquant les bourses et autres programmes de rabais qui s’appliquent. Le tout nous donne une comparaison plus réaliste des coûts de la scolarité. Selon cet index, T-N-L est d’ailleurs la province où le coût des études est le plus bas. Allez comprendre.

Cependant, examinons notre cas.

Le N-B occupe le quatrième rang des droits de scolarité les plus élevés (Statistique Canada), tout en affichant le revenu médian après impôt le plus faible au pays, à 46 600$ (Statistique Canada). Il en résulte que l’on fait ostensiblement mauvaise figure dans les calculs du CCPA : notre province se retrouve au dernier rang du coût de l’apprentissage, sans perspective de sortir du peloton de queue (le trio Saskatchewan-Ontario-Nouveau-Brunswick) dans un avenir rapproché.

On constate en examinant les calculs du CCPA combien le problème du coût des études postsecondaires est imbriqué dans celui du revenu des familles, comme des finances publiques. Sans possibilité (ou volonté) pour le gouvernement d’investir davantage pour réduire l’impact du coût élevé des études, largement parce que les contribuables affichent un revenu après impôt somme toute faible, parce qu’ils ont étudié pendant des années à prix fort dans l’espoir d’un revenu qui se fait attendre longtemps en bien des cas (quand ce n’est pas carrément l’emploi qui manque), la situation peut difficilement s’améliorer.

Cela dit, on comprend encore moins la fixation du gouvernement actuel à vouloir créer une main-d’œuvre qualifiée plus nombreuse – donc meilleur marché – pour les industries qui s’intéressent à investir dans notre coin de pays. Combien de fois avons nous entendu notre ministre répéter qu’elle veut arrimer le secteur postsecondaire aux demandes des employeurs? Plus d’emploi sous-rémunérés, à long terme, n’amélioreront certainement pas l’économie du Nouveau-Brunswick; ça sent la spéculation politique. N’oublions pas, non plus, que l’expérience est un facteur important dans la rémunération et que, forcément, le renouvèlement de la force ouvrière néo-brunswickoise représente des économies pour les entreprises.

À plus forte raison quand ce sont les institutions postsecondaires qui se chargent de la formation, dans le but de livrer du tout-cuit à l’industrie qui aura l’embarras du choix. Difficile de voir comment cette philosophie est au bénéfice des citoyens. Ce n’est pas dire qu’il est inutile d’offrir la formation nécessaire à ces emplois - qui en demeurent à l’étape de rêve pour l’instant - mais s’ils représentent la manne que l’on semble vouloir faire miroiter à Fredericton, les gens ne choisiront-ils pas d’eux-mêmes de s’éduquer en vue d’y accéder? Tant qu’à vénérer le marché, vénérons-le jusqu’au bout, hein? En tout cas.

Bref, on peut douter que ça nous sortira pas du marasme actuel. Loin s’en faut, considérant le vieillissement de la population. Ce dernier accroît la pression sur un système d’aide sociale déjà sous-financé et en bien des cas insuffisant, auquel les contributions vont inévitablement entrer dans une phase de contraction (puisqu’elles sont directement liées au revenu).

La solution à tout cela ne se résume pas à un seul volet, mais à un ensemble de facteurs, à un plan si vous voulez, qui tiendra moins de l’improvisation et plus de la vision. Car pour l’instant, le N-B démontre une vision fondée davantage sur l’espoir que la réalité : on attend le salut sous la forme d’investissements extérieurs, et on éloigne l’inévitable à grand coups de coupures.

Sans doute que tout ça ne fera rien pour affecter à la baisse notre «performance» dans les classements nationaux, du moins pas à courte échéance. Si d’une part nous sommes placés devant une situation qui appelle des mesures drastiques pour remédier à un laisser-aller générationnel engendré par la soumission aux lois du marché, de l’autre nous sommes placés devant l’inquiétante perspective d’un monde en plein changement sans avoir les moyens nécessaire pour y faire face.

Tout ça pour dire qu’on a plus que besoin d’une bonne nouvelle dans notre province, parce qu’avec les coups répétés que l’on se prend ces dernières années, et plus que jamais ces derniers mois, au Nouveau-Brunswick, ici, on n’en peut plus.

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