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Notre blogue

Le règne Théberge : 922 jours pour le changement

Détails
11 Décembre 2014
pentalons

par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets

Le 10 décembre 2014, l’administration Théberge passait le cap des 922 jours. C’est un nombre insignifiant et significatif à la fois. Il est vrai qu’attendre le 1000e jour, à ce point, serait peut-être plus logique. Mais, à la lumière de l’insatisfaction grandissante envers ladite administration, le moment en vaut bien un autre.

On dit souvent, à la FÉÉCUM, qu’on attend que M. Théberge – qui a démontré, il faut le dire, toutes les meilleurs intentions du monde à bien des égards – fasse sa marque sur notre institution. Quel sera le «moment Théberge»? Eh bien, on continue de se le demander, en dépit des belles paroles.

922 jours déjà! 131 semaines, 32 mois, 22 128 heures…

Vous vous demandez peut-être les raisons de cette analyse, à ce moment-ci. Elles sont fort simples : le Plan stratégique de recrutement 2014-2015 (FÉÉCUM), nous montre un portrait qui n’est certes pas rose, et l’avenir encore moins. De plus, il met en exergue l’entêtement de l’Université à modifier ses pratiques face aux défis qu’elle connaît. Or il n’est plus raisonnable – et moins que tout justifiable – de dire au public que l’UdeM connaît des défis imprévus, mais que tout va bien et qu’on ne compte rien changer car tout reviendra de soi-même à la normale bientôt.

Pas sûr, moi.

Alors comment va-t-on s’y prendre pour redorer le blason de l’UdeM, qui a peut-être un peu perdu la cote chez les étudiants prospectifs? Comment compte-t-on assurer le futur d’une institution qui, selon les mots du recteur, «nous est prêtée par la collectivité»? Ce sont des mots lourds de responsabilité.

Je tire cette citation d’une entrevue accordée par M. Théberge à l’émission Tête à tête sur la chaîne CPAC (*bâille*), dans laquelle on a l’occasion d’en apprendre plus sur son parcours personnel et professionnel. C’est assez intéressant, et tout particulièrement les dix dernières minutes, où il discute de sa position de recteur à l’Université de Moncton (CPAC).

Il parle, entre autres choses, des droits de scolarité comme frein à l’éducation postsecondaire [à 22 :45], de l’éducation comme choix de société [à 23 :30], de ses objectifs pour l’UdeM au terme de son mandat [à 24 :50] et de l’importance de l’UdeM pour la communauté acadienne [à 26 :10].

Comme je le disais en ouverture, M. Théberge est l’homme de toutes les bonnes intentions. Et il serait juste de dire qu’il saisit bien la nature – si ce n’est l’ampleur – des enjeux qui touchent notre institution et notre communauté. Ayant entendu ces propos  candidement livrés à une émission obscure sur une chaîne que personne n’écoute, je trouve encore plus dommage qu’en dépit du fait que l’on soit d’accord sur bien des points - et plus que tout sur la responsabilité du gouvernement envers les universités - on ne soit toujours pas parvenus à faire une sortie publique en règle afin de demander des solutions à nos problèmes aux gens qui en sont responsables.

Il est là, l’élusif «moment Théberge», à portée de main…

Les deux dernières années ont été difficiles pour l’Université de Moncton, dans les médias comme sur le terrain. Évidemment, la situation financière étant ce qu’elle est, tous les nez sont dans les livres de compte et c’est la vie sur le campus qui en souffre. Mais sans stabilité financière, quel genre de campus on pourrait espérer? Le dilemme est complexe, et la réalité tient du Catch-22 (c’est à dire que chaque élément de solution aggrave le problème initial). «Moins d’argent? Monte les droits de scolarité! Moins d’étudiants? Ah, monte les droits de scolarité! Hein? On a moins d’étudiants ET moins d’argent??? On l’a pas vu v’nir… Monte les droits de scolarité!»

Bref, vous voyez ce que je veux dire. Faut qu’on change la façon de «régler» les problèmes. On n’attire pas de mouches avec du vinaigre, ni d’étudiants avec des hausses. Et attirer… il faut encore retenir ces gens, qui sont à la base même de ce qu’est notre institution. Je dis retenir : leur donner le goût de rester ici.

Dans les médias, ce sont les vices de l’administration Fontaine qui ont fait le plus de mal à l’Université de Moncton. Inutile d’y revenir : vous savez de quoi il en retourne. Et c’est pour cela qu’il semble indispensable que le recteur Théberge sache saisir l’occasion de laisser sa marque sur notre institution, ne serait-ce que pour redonner espoir à la communauté et rétablir la confiance du public envers l’UdeM.

Écoutez, on a besoin d’un bon coup, c’est aussi simple que ça.

On a cru, assez tôt, que la transparence et l’imputabilité serait son cheval (well, sa team de ch’val) de bataille. En juin 2013, peu après une sortie très bien reçue de la population étudiante, il affirmait que des actions concrètes sont à venir dans ce dossier (Acadie Nouvelle).

Mais en lisant entre les lignes, on aurait dû comprendre qu’il pensait en fait au Plan stratégique 2020 qui – nous l’avons déploré – ne vise aucunement l’amélioration de la transparence ou de l’imputabilité (FÉÉCUM).  Malgré tout, il y a de cela quelque temps, le recteur saluait le plan de travail d’un comité du Conseil des gouverneurs (FÉÉCUM) chargé de se pencher sur la gouvernance. Le plan, là, pas le travail.

C’est-à-dire de travail sur le «Chantier de la gouvernance et de l’excellence organisationnelle» qui est, on l’a dit, d’un flou désarmant (UdeM  à la page 12). Alors ce plan de travail, il vise quoi? D’après le président du CGV, l’Université veut «adopter des bonnes pratiques, un cadre de gouvernance et un code de déontologie pour ses membres, en plus de proposer une politique sur la rémunération des cadres de l’Université de Moncton»  (UdeM).

Allez donc y comprendre quelque chose!

On nous dit régulièrement qu’un ombudsman pourrait être pour bientôt… mais on nous le dit depuis 2012. Combien de temps s’est écoulé entre l’idée et la création du poste de direction des communications, des affaires publiques et du marketing? Et il va en régler, des problèmes, le type!

M. Théberge a clairement dit qu’il peut « prendre l’engagement, et aussi les initiatives, qui devraient permettre à l’Université de Moncton d’atteindre les plus hautes marches en matière de transparence et d’imputabilité» (Acadie Nouvelle). Et j’entends entre les branches qu’un rapport – notez bien, pas une décision – sur la question de l’ombudsman serait prévu pour la prochaine réunion du Conseil des gouverneurs. La conseillère en harcèlement, Jennifer Boyd, m’a confirmé que le sujet était d’intérêt à Taillon (FÉÉCUM), alors il y a peut-être, enfin, un réel espoir de progrès. Mais tant que rien n’est couché sur papier, ça reste des paroles en l’air.

On attend toujours que les belles paroles de M. Théberge se concrétisent par des actions. Notre Titanic a besoin d’un coup de barre, et il est la personne la mieux placée pour le lui donner : n’est-ce pas la raison pour laquelle il a été choisi à la tête de notre institution? Elle ne change pas rapidement de cap, et l’iceberg s’en vient vite.

Je n’ai aucune nostalgie d’Yvon Fontaine. Mais à son époque, il n’y avait pas d’équivoque à savoir où on se dirigeait et qui menait la barque. M. Théberge donne plutôt l’impression de voir le mur venir et d’enlever les mains du volant (merci à notre DG, Pierre Losier, pour l’image) en attendant le coup. On ne peut plus – clairement pas – fonctionner sur le modèle Fontaine, en raison des écarts que l’on sait, mais, M. Théberge, ne serait-ce pas une raison de plus pour laisser enfin votre marque sur l’Université de Moncton? On ne veut pas se réveiller en juin 2017 pour réaliser que votre mandat aura été un banal projet de fin de carrière…

Car le «moment Théberge», tant espéré, se fait toujours attendre, après 922 jours.

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