
Collaboration spéciale entre Serge Richard, agent de recherche en coopération étudiante à la FÉÉCUM et candidat à la maîtrise en gestion et gouvernance des coopératives et mutuelles à l’Université Sherbrooke, et Raymond Blanchard, agent de recherche et projets de la FÉÉCUM
Peut-être le saviez vous déjà, mais la semaine du 12 au 18 octobre marque la semaine canadienne de la coopération (semaine de la coopération). Alors on a sollicité l’aide de notre coopérateur/Madelinot en résidence, Serge Richard, pour nous éduquer un brin sur la coopération et les coopératives.
Pour plusieurs d’entre nous, le mot «coopérative» évoque d’abord l’image du marché d’alimentation de notre localité, ou sa Caisse populaire, ou encore l’association des pêcheurs – et il n’y a rien de mal à ça, car chacune est le résultat d’un effort de coopération visant à répondre aux besoins de la collectivité. Mais la coopération ne se limite pas à cela, loin de là!
Ici, je passe le crachoir à Serge :
La coopération est avant tout une aventure humaine, une aventure qui met en relation des individus, femmes et hommes. C’est une façon d’apprendre et de vivre ensemble. C’est une réalité vécue, s’affirmant par une vision de l’être humain, des valeurs et des finalités existentielles qui lui sont propres. Elle est donc, si l’on peut s’exprimer ainsi, une façon humaine de gérer les interactions, les relations et les activités entre les personnes.
Le coopératisme quant à lui est un système économique, tentant de prendre sa place dans un système capitaliste, qui prend sa source dans l’esprit de la coopération. Il est caractérisé par un système de valeurs telles : la démocratie, l’équité, la solidarité, l’entraide, la responsabilisation, la prise en charge individuelle et collective. Il tente de prendre en considération toutes les dimensions de l’activité humaine, qu’elles soient économiques, sociales, politiques, écologiques ou culturelles. C’est par ce caractère humaniste le coopératisme permet de se centrer sur les besoins de la personne humaine, d’une communauté : il se vit à l’intérieur d’associations de personnes, qui se dotent d’une entreprise afin de répondre à leur besoins et leur aspirations.
Alors que la coopérative est une association autonome de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations et leurs besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d’une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement. Fondée sur des valeurs de démocratie, d’équité, de solidarité, d’entraide, de responsabilisation, de prise en charge individuelle et collective, la coopérative adhère à une éthique fondée sur l’honnêteté, la transparence, la responsabilité sociale et l’altruisme.
Afin de mettre en pratique ces valeurs, les coopératives se sont dotées de sept principes internationalement reconnus, d’après lesquels elles orientent leurs actions.
1. L’adhésion volontaire et ouverte pour tous
2. Le pouvoir démocratique exercé par les membres
3. La participation économique des membres
4. L’autonomie et l’indépendance
5. L’éducation, la formation et l’information
6. L’intercoopération, la coopération entre les coopératives
7. L’engagement envers la communauté
Précisons que la finalité de l’entreprise coopérative n’est pas axée sur le profit. La rentabilité est nécessaire et le profit encouragé, mais sans être un but en soi. Sa finalité s’inscrit d’abord dans la personne humaine et son plein épanouissement. Au final, elle mène à une socialisation et à une démocratisation de l’économie, mettant l’être humain au centre de ses préoccupations. Elle rend responsables, par la prise en charge, les individus qui la composent. Les relations humaines entre les sociétaires deviennent donc plus équitables, solidaires et au service de la collectivité.
De nos jours, la coopération rayonne à l’intérieur d’un mouvement coopératif qui s’étend à l’échelle mondiale. Par la mise sur pied d’entreprises coopératives, on tente de mettre l’humain au centre du projet en se basant sur un système de valeurs établies depuis plus d’un siècle et demi. Conformément à ses valeurs et ses principes, le coopératisme est un moyen efficace qui permet à l’homme d’être au service de l’homme et non pas au service du capital.
Bon, je reprend le crachoir.
Cette sagesse généreusement répandue par Serge sur nous, s’appuie largement sur la Déclaration sur l’identité coopérative internationale de l’Alliance Coopérative Internationale (ACI), formulée en 2005.
Mais les coopératives sont un mode économique qui a été pendant longtemps le principal outil de croissance des collectivités acadiennes et néo-brunswickoises. Les Acadiens, particulièrement, ont compté longtemps parmi les citoyens les plus démunis de notre province, et en dépit de leur manque de moyens financiers il leur a fallu trouver les moyens de voir aux besoins de la collectivité et de soutenir ses aspirations. Ça a commencé, justement, par les coopératives de pêche, d’alimentation, et d’économie, qui sont encore aujourd’hui les signes les plus visibles de la coopération, axée sur la solidarité et l’engagement des communautés acadiennes. Mais il existe de plus en plus d’exemple de coopératives répondant à d’autres besoins, tant en fait d’alimentation que de logement que de mobilité que d’énergie. Serge m’en a sorti de toutes les sortes!
On a tendance à prendre cela pour acquis, mais ça a pris un travail immense pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui. On en a parcouru du chemin en relativement peu de temps par le biais de la coopération!
Et la beauté de la coopération? Encore aujourd’hui c’est un moyen parmi les plus efficaces de soutenir la création d’entreprise ou de répondre aux besoins de la collectivité même en l’absence de moyens (capital, crédit, investissements, etc.) pour soutenir ces entreprises. Suffit d’identifier les besoins, et les objectifs, puis de s’engager envers leur réalisation.
C’est un moyen de se prendre en main et d’affronter l’«impossible». Oui, ce même «impossible» qui bloque régulièrement les projets étudiants sur notre campus.
Ce qui fait que, armé-e-s de ces connaissances, je veux vous inviter à réfléchir sur ce que sont les besoins de notre communauté étudiante : on veut quoi? On a besoin de quoi? Qu’est-ce qui nous échappe dans le contexte actuel? Qu’est-ce qu’on peut faire mieux par et pour nous-mêmes?
Cela fait, il ne vous restera qu’à participer à l’atelier sur les coopératives étudiantes (FÉÉCUM) que Serge dirige cette fin de semaine (le 18 octobre) au Coude. C’est la parfaite occasion de venir jaser de vos projets et de vos rêves, des plus pratico-pratiques aux plus flyés : on verra ensemble comment on peut en faire une réalité!
Avec un peu d’engagement et juste assez de folie, rien ne peut vous arrêter.




