
par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets
Enfin. C’est fini. Et malgré les ratés techniques qui ont éternisé la soirée, ça semble décisif (CBC). L’élection a duré plus de quatre heures, on devrait-tu s’inquiéter? Il semble qu’un des programmes utilisés par le système de compilation des votes ait fait défaut (CBC), ce qui ne compromettrait pas le système informatique en tant que tel.
Lundi soir –en fait, très tôt mardi matin- les Libéraux ont obtenu la victoire, renvoyant les progressistes-conservateurs de David Alward sur les bancs de l’opposition après un mandat au pouvoir. Alward a depuis quitté son poste de chef du parti progressiste-conservateur (Acadie Nouvelle).
Les libéraux formeront un gouvernement majoritaire avec 27 sièges (42,7% des voix) contre 21 (34,6% des voix) pour le PC, et un siège pour le Parti vert (6,6% des voix) (Radio-Canada). Au total, cependant, un bémol majeur (faux pas musical?) : seuls 373 000 électeurs sur une possibilité de 571 000 se sont présentés aux urnes, soit un taux de participation de 65% (CBC). Pas super pour la démocratie quand tout le monde chiale mais 6 personnes sur 10 agissent. Bottines, babines – le lien n’est pas toujours manifeste. Est-ce une question d’accessibilité? De désengagement? De cynisme? Pas sûr.
Juste pour être safe, je mets un bécarre. On repart :
Malgré un sommet historique à près de 13% du vote populaire, le Nouveau NPD n’a obtenu aucun siège. Le chef Dominic Cardy a d’ores et déjà annoncé qu’il quittera son poste après le prochain Congrès du parti (Radio-Canada). Sa décision a d’ailleurs été partagée avant même que ne soit confirmée sa 2e place dans sa circonscription de Fredericton-Ouest-Hanwell, derrière le candidat PC Brian McDonald. Certains observateurs ont souligné la pertinence d’une union de la gauche (NPD-Vert), tout en déplorant le virage centriste amorcé sous la gouverne de Cardy. Et, à la lumière des résultats obtenus, l’idée peut sembler tout sauf folle. À suivre.
David Alward, en raison des problèmes engendrés par le comptage informatique des votes, n’a reconnu officiellement le résultat de l’élection que tard mardi, et le parti a exprimé sa volonté d’un recomptage manuel de tous les bulletins de vote (CBC) afin d’éliminer tout doute. Le vote dans plusieurs circonscriptions s’est décidé par moins de 100 votes, ce qui ouvre la porte au recomptage quoi qu’il en soit (Radio-Canada).
Le chef de l’Alliance des Gens/du peuple du N-B, Kris Austin, s’est incliné devant la candidate PC Pam Lynch, après avoir mené dans sa circonscription une bonne partie de la soirée (Élections N-B). Aucun signe qu’il songe à quitter son poste.
Mais le grand gagnant de la soirée fut le chef du Parti vert David Coon (Radio-Canada), qui après avoir remporté la bataille dans sa circonscription paraissait destiné à détenir la balance du pouvoir tant la lutte entre Libéraux et PC a été serrée. Nul doute qu’il apportera des idées fraîches à la législature!
Maintenant, il faudra que le chef des Libéraux Brian Gallant forme son gouvernement, distribue les ministères entre les membres de son équipe, et s’attaque aux nombreux problèmes du Nouveau-Brunswick de façon convaincante.
Durant l’émission spéciale de la soirée électorale, en direct du Soixante-trois, le partisan Libéral Bernard Richard a soutenu que la population du N-B avait répondu positivement au message de Brian Gallant durant sa campagne. Bien qu’il soit tentant de se ranger à son opinion –car les chiffres la soutiennent- il faut aussi considérer la possibilité que ce soit en fait CONTRE le message du PC de David Alward que les Néo-Brunswickois se sont prononcés. En effet, quand on regarde la carte des résultats, les régions où l’opposition à l’exploitation du gaz de schiste fut la plus féroce ont pour la plupart élu des candidat-e-s Libéraux, et avec une majorité importante. Il n’y a qu’à regarder la lutte dans Kent-Sud entre le vétéran Claude Williams et le nouveau venu Benoit Bourque pour s’en convaincre. En effet, les circonscriptions de la côte Est de la province ont voté fortement du côté des Libéraux, la tendance n’étant brisée que par la mythique ligne de la Miramichi (Élections N-B), où c’est le PC qui l’a emporté haut-la-main.
Des commentaires font allusion à la superposition presque parfaite de la carte des circonscriptions libérales et celle de la Province acadienne (Acadie Nouvelle), projet du défunt Parti acadien à la fin des années 1970 (Wikipedia). Et pour cause; ce qui nous porte à dire que, en plus de la division entre partisans et opposants à l’industrie du gaz de schiste –à laquelle les Libéraux ne disent aucunement non, que ce soit clair- on constate l’éternelle division entre anglophones et francophones, superposée aux enjeux politiques. Deux mentalités, deux aspirations : deux partis.
Quoi qu’il en soit, le parti Libéral avait prévu dans sa plateforme quelques mesures concernant l’amélioration de l’éducation postsecondaire. Nous en avons déjà discuté (FÉÉCUM), et il lui faut désormais passer des paroles à l’action. Une discussion sur le sujet est au menu de notre émission hebdomadaire sur les ondes de CKUM (La FÉÉCUM en Ondes) ce jeudi 25 septembre, car on sent l’occasion de pousser un peu plus loin nos réflexions et d’accentuer la pression.
En outre, Brian Gallant a donné raison au mouvement étudiant sur plusieurs sujets, notamment sur la question de l’automatisation de l’accès au PAÉ (le «plafond d’endettement» à 26 000$), du besoin d’une législation sur les droits de scolarité des étudiant-e-s internationaux ainsi que pour leur ouvrir l’accès à l’assurance-santé provinciale, sur la nécessité de renforcer l’immigration francophone et sur le besoin d’investir davantage dans l’éducation postsecondaire, lors d’une récente rencontre au Centre étudiant (FÉÉCUM). Tous des éléments qui ne figurent pas à la plateforme libérale, mais avec lesquels le chef se montre en principe d’accord.
Pour ce qui est du contenu de la plateforme en fait d’ÉPS, nous avons dénoncé le fait qu’il s’agit principalement de mesures liées à l’aide financière, et qui de ce fait ne s’attaquent pas au problème du financement du postsecondaire à la racine de la hausse constante des droits de scolarité. C’est la hausse qui cause le besoin d’augmenter l’aide financière : on ne peut plus faire l’autruche sur ce sujet. Et plus on oblige la jeunesse à s’endetter pour pouvoir exercer son droit d’étudier, plus les sommes à rembourser augmentent, intérêt et tout- moins l’ÉPS devient accessible dans les faits. Et ce, même si les programmes d’aide sont bonifiés : ça ne change rien au problème. Il va falloir réveiller les Libéraux sur ce front.
La FÉÉCUM attend avec impatience que Gallant nomme ses ministres, afin de voir à qui ira le portefeuille de l’ÉPS. Vu l’importance de la création d’emplois dans les promesses libérales, on s’imagine que le financement du Ministère de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail augmentera. Il ne reste qu’à espérer que ce ne soit pas seulement pour deux des trois sous-ministères…
Une chose est claire : le moment est venu d’agir.




