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La FÉÉCUM analyse les plateformes : Bleu

Détails
9 Septembre 2014
plateformes-pc

par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets

Pas question de dormir au gaz... La plateforme du PiCé (progressistes-conservateurs) a été rendue publique le 5 septembre, toute garnie de mines, d’hydrocarbures, de bois, en fait de ressources naturelles en tout genre, mais en fait d’éducation… c’était prévisible : ça laisse à désirer. Faut croire que l’obsession du gaz les aveugle ou de quoi.

Les quelques mesures proposées par les Bleus en fait d’éducation postsecondaire serviront effectivement d’abord à faciliter le développement des ressources naturelles, qui est un domaine où, pour l’instant, les travailleurs qualifiés manquent : le PiCé veut démarrer du bon pied. Si la main-d’œuvre est disponible, qui sait?

Étant donné leur plan d’avenir pour le N-B, ça fait du sens, qu’on le veuille ou non.

Je n’ai pas l’intention de dévoiler davantage de leur plateforme, mais je vous invite à aller voir par vous-mêmes (PCNB) si ce genre de chose vous intéresse. Il faut dire cependant que, vu l’injection massive de fonds privés dans les coffres publics que prévoit le PiCé, ils manquent clairement le bateau en termes d’étaler leur vision d’une province «plus forte» qui soit autre chose qu’un parc industriel… Ou une population qui soit autre chose qu’une main-d’œuvre.

En fait d’éducation postsecondaire, cela se traduit de la sorte :

1. Fournir des compétences essentielles au travail et à l’emploi aux bénéficiaires de l’aide sociale, aux membres des Premières nations et aux personnes handicapées;

2. Un service de planification de carrière indépendant dans les communautés, ciblant ces mêmes gens, plus les élèves du secondaire/postsecondaire, et «ceux à la recherche d’emplois intégrés dans les nouveaux plans de perfectionnement de la main-d’œuvre de secteurs particuliers»;

3. L’accès à la formation en ligne pour tous les Néo-Brunswickois;

4. L’harmonisation de la formation des apprentis à l’échelle du Canada;

5. Projet-pilote pour la main-d’œuvre de secteur des pêches, visant à leur permettre «de travailler plus longtemps à un meilleur salaire»;

6. Plan d’action-emploi pour les personnes avec un handicap;

7. Ouverture d’un Centre de formation de compétences dans les domaines du pétrole, du gaz et des mines.

8. Créer un fonds des ressources de l’avenir, où le quart des fonds (provenant des redevances) servira à réduire les coûts de l’éducation postsecondaire et à investir dans la recherche, le développement et l’innovation.

Alors vous voyez, tout ce qui est proposé ici touche de près ou de loin à l’augmentation de la capacité du Nouveau-Brunswick à fournir la main-d’œuvre nécessaire à l’exploitation de ses ressources naturelles. Une chose qui, je crois, doit être vue d’un œil positif est l’attention accrue à l’amélioration de l’employabilité chez les personnes souffrant d’un handicap. Par contre, il faut espérer que cela se fasse de manière –et dans le but- d’aider ces personnes à améliorer leur qualité de vie, et non seulement pour fournir de la main-d’œuvre (ou manouvriers, pour faire un peu XIXe) bon marché au secteur privé.

Il en va de même pour la démocratisation de l’apprentissage en ligne, domaine dans lequel le N-B accuse un grave retard. Retard qui, compte tenu de la nature dispersée de la population de la province, a des effets d’autant plus négatifs sur l’accessibilité de l’éducation. Il est aussi très bien que les gens qui ne sont pas présentement au travail aient l’opportunité –et non l’obligation, qu’on s’entende- d’aller chercher de la formation et des compétence qui devraient faciliter leur transition vers l’emploi, et idéalement un emploi mieux rémunéré et plus stable que celui qui vient de se terminer.

L’harmonisation de la formation des apprentis est un projet déjà bien amorcé : la semaine dernière le N-B et la Colombie-Britannique ont signé une entente permettant aux heures de formation complétées par les apprentis de compter également en vue de l’obtention de leur certification Sceau rouge (GNB). De la sorte, les apprentis d’ici peuvent aller trouver des opportunités de formation là où le marché est plus développé dans l’utilisation de leurs compétences. Seul problème : sans le développement massif et rapide de l’industrie gazière ici, ça ne servira qu’à vider davantage la province. Tout dépend du schiste, encore une fois.

Bouleschiste?

L’orientation et l’aide à la planification de carrière : oui à 100%, tant que ce soit réellement indépendant. En principe, la législature est indépendante du secteur privé, aussi. Tirez-en ce que vous voudrez.

Pour ce qui est du projet-pilote pour les travailleurs des secteur des pêches, je demeure un peu perplexe : quel est le but? Une des promesses du PiCé pendant la campagne a été de bonifier le salaire de ces travailleurs de 2$ l’heure (Acadie Nouvelle). Parlerait-on alors des travailleurs de pont? Mais si ces gens quittent pour un meilleur emploi, ce sont en fait les pêcheurs –et la pêche- qui vont gravement en souffrir, parce que ces employés ne pourront pas quitter ce nouvel emploi (que je devine dans l’industrie gazière) pour retourner à la pêche sans perdre leur admissibilité à l’assurance-emploi. S’il s’agit donc des travailleurs d’usine de transformation, quel est le but final du PiCé? Mieux les rémunérer, mais le moins possible? Perplexe, dis-je.

Et on finit avec le grand coup : le Centre de formation. À priori, on peut voir le bénéfice d’un tel centre dans une province dont l’économie repose, qu’on le veuille ou non, principalement sur ses ressources naturelles. Cependant, quand on l’inscrit dans le spectre large des plans du PiCé, les questions se multiplient. Ces investissements (de 10,98 M$ sur 4 ans) doivent-ils se faire au détriment du système d’éducation scolaire et postsecondaire de la province? Que l’un ou l’autre aille demain à Fredericton demander qu’on lui remette ne serait-ce que le quart de cette somme, il sera vite rabroué. L’argent n’est tout simplement pas là. Et que dire des coûts d’opération de ce Centre : d’où ces fonds vont-ils provenir? On ne parle de toute évidence que de coûts de construction pour l’instant, qui ont la mauvaise habitude de gonfler. Et puis la grande question : comment ce Centre constitue-t-il un bienfait pour les citoyen-ne-s du N-B plutôt qu’un autre cadeau au secteur privé? Une main-d’œuvre abondante, c’est aussi une main-d’œuvre abordable (FÉÉCUM).
 
En début et en fin de document, le PiCé nous rappelle que les grands projets d’infrastructure en exploitation des ressources naturelles représentent un total de 10,361 milliards de dollars. C’est bien beau. Sauf qu’il serait bon de mentionner au passage que ces investissements seront faits par le secteur privé dans des installations qui lui appartiendront et dont la majorité des bénéfices doit leur revenir, question de les rentabiliser. Que ces généreuses corporations répondent à leurs actionnaires et non pas au citoyen-ne-s du N-B, et que ces actionnaires s’attendent à ce qu’un profit soit réalisé, peu importe l’impact sur ces citoyen-ne-s. Si ça signifie l’abolition de postes, soit. Si ça signifie le maintien de salaires au plus bas taux possible, soit. Si la valeur de la ressource chute de façon imprévue (dû à, je ne sais pas, disons la hausse de l’offre), et qu’il faut cesser les opérations, soit.

Soyons clairs : il y a réellement du bon dans la vision du PiCé, et il FAUT nos ressources naturelles au service du bien-être de notre population. Cependant, dans son empressement à attirer l’industrie, il y a fort à craindre que le PiCé soit en train de couper les coins ronds. On a ici la malheureuse impression que le bien-être du secteur privé passe(ra) avant celui des citoyens. Oui, nous avons besoin de la présence du secteur privé, et d’emplois, mais l’impact des activités proposées, de même que le mode de fonctionnement généralement erratique de l’économie qui en résulte –en raison notamment de l’influence susmentionnée des actionnaires qui sont souvent de très gros joueurs, incluant les banques (Affaires.com : Suncor; Emera; TransCanada)- risque fort d’ajouter un coût collatéral important (imprévu mais aucunement imprévisible) aux bénéfices à court terme étalés ici devant nos yeux. Qui ne risque rien n’a rien, peut-être…

Mais en bout de ligne, la réponse attendue de David Alward serait un retentissant «peut-être, mais pas comme ça» de la part de votre humble serviteur.

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