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Notre blogue

La FÉÉCUM analyse les plateformes : Jaune-orange

Détails
8 Septembre 2014
plateformes-npd

par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets

Fini le bâton, voici la carotte! La carotte… la pognes-tu?

Je finis tout juste la lecture de la plateforme électorale du NPD (NPD) et il faut dire que, côté éducation, Dominic Cardy et sa bande ont fait de l’excellent travail. Ou du moins, ils ont su écouter les demandes et recommandations des gens du milieu de l’éducation postsecondaire.

Et ils nous les présentent quasiment mot pour mot.

D’entrée de jeu, le NPD affirme l’importance de l’éducation dans la relance économique de la province, qui «a besoin d’une force ouvrière lucide, flexible et instruite» pour attirer ici de nouvelles opportunités d’emploi. Crachant au passage sur la manie de «couper des rubans» (lire : faire des cadeaux et des faveurs politiques à leurs amis) des Bleus et Rouges, Cardy affirme que le NPD veut «un système qui marche pour les Néo-Brunswickois». Et ce système commence –et se perpétue- par l’éducation.

De concert avec les associations étudiantes, le NPD entend :

1. Lancer le programme «Libre en 8» qui assure que ceux et celles qui n’ont pas les moyens de rembourser leur dette d’étude en 8 ans reçoivent l’aide nécessaire pour s’en affranchir;

2. Lancer une initiative de rétention des diplômé-e-s, qui prévoit : a) l’embauche de conseillers en orientation dans les écoles secondaires, b) l’amélioration des services de santé mentale sur les campus, c) l’accès des étudiants internationaux à l’assurance-santé, d) l’élimination de la contribution parentale, ainsi que des pénalités sur les gains d’emploi estivaux et pendant l’année universitaire, et e) un programme de bourses ciblées en fonction du succès scolaire et des besoins financiers;

3. Négocier avec Ottawa afin de pouvoir accorder le statut de résidence permanente aux étudiant-e-s internationaux diplômé-e-s ici;

4. Proposer la Loi sur la protection des étudiants, suggérée à la suite des grèves à UNB et MtA (Brunswickan), garantissant que l’investissement et le parcours  académique des étudiant-e-s soient protégés en cas d’arrêt de travail;

5. Créer une table ronde des universités et collèges chargée d’élaborer une stratégie provinciale pour l’éducation permanente en ligne et l’évaluation de la reconnaissance des acquis;

6. Tenir des rencontres publiques sur la reddition de comptes en matière de financement universitaire, suivies d’une table ronde avec les intervenant-e-s du milieu pour définir un plan financier visant à réduire les droits de scolarité;

7. Doubler le financement du Réseau de recherche sur les politiques sociales du N-B, ce qui créera des opportunités d’emploi pour les étudiant-e-s intéressé-e-s par les politiques et la gouvernance publique;

8. Négocier avec Ottawa pour permettre l’utilisation des prestations d’assurance-emploi à des fins de formation pratique;

9. Assurer la compétitivité du réseau collégial, en assurant que le CCNB puisse faire une promotion adéquate aux étudiants du secondaire, et être «sur le même pied que le réseau universitaire»;

10. Établir un Office de transfert de l’entrepreneuriat et de la technologie pour accélérer la commercialisation de la recherche universitaire et collégiale, en raison de son potentiel de création d’emploi pour la province.

Si vous avez consulté le document des recommandations 2014 de la FÉÉCUM (FÉÉCUM), vous savez que plusieurs des objectifs du NPD rejoignent directement notre document. L’élimination de la contribution parentale et personnelle (gains estivaux) sont deux mesures qui doivent faciliter l’accès aux études sans aggraver l’endettement étudiant, en permettant de contribuer davantage directement au coût de l’éducation. Il en va de même avec la création de bourses ciblées. Il faut saluer l’idée d’améliorer les services d’orientation au secondaire, qui représentent la principale boussole de la jeunesse quand s’amène le moment de choisir un programme d’étude ou de formation. Également, l’investissement proposé envers les services en santé mentale s’engage envers une situation trop longtemps ignorée et sur laquelle nous avons le pouvoir d’agir.

L’accès pour nos étudiants internationaux à l’assurance-maladie provinciale semble être une bonne chose, mais il reste à voir dans quelle mesure ça leur permettra d’économiser. En principe, j’imagine qu’ils pourront accéder à l’assurance obligatoire (à compter d’avril 2015 : GNB), dont le coût annuel sera de 800$ par année. Cependant, puisque les étudiants internationaux ne contribuent pas aux finances publiques par le biais de l’impôt (et doivent déjà payer pour chaque visite à l’hôpital pour cette même raison, d’où l’obligation d’une assurance), il faut imaginer qu’un surplus sera à débourser. Le coût actuel de l’assurance-maladie  pour ces étudiant-e-s est de 1392$ par année à Moncton (UdeM). Il reste donc à voir si cette promesse tiendra la route.

Par contre, la possibilité pour les étudiant-e-s internationaux diplômés d’obtenir leur statut de résidence permanente a déjà été recommandé par la FÉÉCUM et faciliterait la tâche à celles et ceux qui veulent rester ici après leurs études. Du même coup, cela pourra donner un fier coup de main à l’immigration, particulièrement francophone, qui bat de l’aile présentement. On n’entrevoit que du bon de ce côté.

La Loi sur la protection des étudiants est une autre mesure qui fait du sens, en garantissant que des cas comme celui de Mount Allison, où les étudiant-e-s n’ont pu recevoir de rabais/crédit/remboursement pour les heures de cours perdues –et payées- durant la grève (CBC), ne puissent se produire. Même le «rabais» octroyé aux étudiant-e-s d’UNB est d’ailleurs douteux (FÉÉCUM), raison de plus d’agir en ce sens. De plus, la protection au niveau de la continuité académique signifierait que les étudiant-e-s ne pourraient être pénalisé-e-s (par exemple parce qu’ils n’ont pu suivre un cours qui serait un préalable à un autre, et que cela les retarde d’un an) quant à leur progression. Ça demeure une loi pour gérer l’exception et non la règle, mais quand même un exemple de l’engagement du NPD envers les étudiant-e-s.

Plus d’influence/pouvoir décisionnel aux intervenants du milieu devrait contribuer à dépolitiser l’éducation, et de cette façon permettre d’adopter une vision et des objectifs à long terme, en plus de faciliter la continuité d’un mandat politique à l’autre. Il est grand temps que les finances des universités entrent dans le domaine public, sans pour autant devoir en remettre le contrôle à la classe politique : les gens du milieu sont mieux à même de juger de l’attribution de ces fonds, en toute transparence bien entendu.

Très intéressant de voir l’idée d’investir au niveau de la recherche ailleurs que dans les sciences appliquées – et très bien, car il est temps que l’on reconnaisse la valeur des sciences «molles» et qu’on voie que des emplois peuvent aussi bien être crées là qu’autour d’un puits de pétrole. Bravo!

D’autant plus que le NPD ne semble pas vouloir reculer sur les investissements en formation technique et dans l’apprentissage des métiers, qui représentent également des options intéressantes pour la jeunesse, et trop souvent dévalorisées par rapport à l’option universitaire. Et là aussi, des investissements dans la commercialisation de la recherche pourraient rapporter des dividendes au niveau de la création d’emploi et de l’entrepreneuriat.

Enfin, l’idée de permettre aux personnes recevant des prestations d’assurance-emploi de s’en servir à des fins de formation et de réintégration au monde du travail est elle aussi très sensée. Un peu comme on le voit dans le système scandinave (FÉÉCUM), cela permettrait aux travailleurs de sortir et réintégrer fréquemment le marché du travail et de profiter pleinement des opportunités à court terme que créent, par exemple, l’exploitation des ressources naturelles pour les travailleurs qualifiés : suffit de pouvoir se qualifier en temps utile. Mieux vaut ça, en tout cas, que de chambouler le système entier d’éducation pour des projets de 3-4 ans, comme le propose le PiCé, qui enverra le surplus de travailleurs formés ici, well, ailleurs.

En l’espace de trois pages, le NPD étale un projet à la portée potentiellement immense, dont les coûts sont détaillés à la fin du document. Peut-être optimistes, les comptables du NPD prévoient un retour à l’équilibre budgétaire en 2017, où la province devrait réaliser un surplus de 168M$ largement en raison de revenus provinciaux qui vont plus que doubler en cinq ans. Ce qui est malheureux, par contre, c’est que ce tableau des «engagements» du NPD ne comporte qu’une minorité des choses énumérées plus haut. Même leur promesse de «Libre en 8» y échappe…

Mais si l’argent est là, vraiment, on se réserve encore le droit d’y rêver parce que c’est une saprée belle liste d’épicerie!

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