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Des détours de la transp(app)arence… II

Détails
18 Juin 2014
demandeinfo2

par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets

Question de déloger un peu de la rouille estivale, effectuons une brève mise à jour sur la transparence de notre belle institution. À la lumière du communiqué publié récemment par l’Université de Moncton (UdeM), où le président du Conseil des gouverneurs (CGV), Raymond Lanteigne, félicite «le Comité de gouvernance [du CGV] pour son plan de travail ambitieux», en précisant qu’il faut «chercher à mettre en place des mécanismes de décision, de gestion et de contrôle qui favorisent une gouvernance organisationnelle responsable et transparente», il importe d’établir dans quelle mesure l’Université de Moncton a effectivement progressé en fait de transparence et d’imputabilité au cours de la dernière année.

Parce qu’en félicitant un comité pour son plan de travail, essentiellement, on le félicite pour l’aboutissement potentiel dudit plan, ce qui n’est pas chose faite. Ce serait comme féliciter le Canadien pour la Coupe Stanley au mois d’octobre.

Le recteur Raymond Théberge déclarait, il y a un an, que «si [il n’est] pas en mesure de corriger le passé, [il peut] en revanche prendre l’engagement, et aussi les initiatives, qui devraient permettre à l’Université de Moncton d’atteindre les plus hautes marches en matière de transparence et d’imputabilité» (L'Acadie Nouvelle). Cette déclaration suivait la publication du livre de Serge Rousselle, Pris en flagrant délit, qui mettait en exergue la culture du secret et l’intimidation institutionnelle qui furent la marque de l’administration Fontaine. Administration qui, pour toutes ses réalisations – et elles furent nombreuses (UdeM) – se révèle, après le départ de l’ancien recteur, avoir usé de pratiques parfois douteuse, tout particulièrement dans ses affaires internes.

M. Théberge a donc dit qu’il verrait à la formation d’un comité de travail chargé de répondre aux exigences de transparence et d’imputabilité. Il a également reconnu que la création d’un poste d’ombudsman était une option intéressante, qu’il convenait d’étudier. Il a reconnu «l’appétit de la communauté universitaire pour un fonctionnement plus ouvert et transparent de nos instances», en nous disant lors de son allocution du 19 juin 2013, que «d’ici quelques mois [il serait] en mesure d’annoncer des actions concrètes suite à un processus de consultation auprès des diverses composantes de l’Université» (UdeM). Ces «actions concrètes» ont débouché sur le Plan stratégique - qui fait chou blanc sur la transparence et l’imputabilité, répétons-le (FÉÉCUM) – et enfin sur la déclaration vide du président du CGV mentionnée en début de texte

Or en fait de mesures concrètes, l’action se fait encore attendre pour la formation du comité - que l’on sache du moins, car on ne sait pas tout – comme de la création d’un poste d’ombudsman. Ces deux questions n’engagent pourtant à rien, puisqu’il s’agit d’étudier ces options. En fait de mesures concrètes, on doit se contenter de la publication de documents officiels, pour la plupart extorqués presque de force à l’institution par le biais de la Loi sur le droit à l’information (UdeM).

Ne nous en cachons pas, ces information étaient déjà soit connues, soit soupçonnées par les gens qui en ont fait la demande – il s’agissait de les rendre officielles, que l’Université reconnaisse les faits. Si personne ne s’en doutait, ces informations seraient demeurées cachées. La vaste majorité de l’information divulguée par l’Université découle conséquemment de demandes remplies par les médias d’information, Radio-Canada en tête. Et ces demandes ne portent fruit qu’après un long passage entre les mains des avocats, dont le travail est de permettre à l’Université de ne révéler que le strict minimum.

Et ce n’est pas le cynisme de votre humble serviteur qui déforme son interprétation des faits : c’est bel et bien le travail des avocats dans le cas des demandes d’accès à l’information. Certaines catégories de document émanant des organismes publics sont inaccessibles (FÉÉCUM). Ce sont les avocats qui se chargent du travail de vérification, et dans les cas où cela s’applique, de censure avait publication.

Que peut-on et que ne peut-on révéler en vertu de la Loi? Pour faire court, le moins possible, et uniquement dans la mesure où cela ne porte pas atteinte à la vie privée ou la sécurité publique. Les raisons de retenir l’information sont presque aussi nombreuses que celles de la diffuser.

M. Théberge cependant – et nous l’en avons félicité par le passé – a pris l’initiative de divulguer ses conditions contractuelles et salariales : il s’agit d’un premier exemple de divulgation proactive auquel, malheureusement, le reste de l’institution tarde à donner suite.

La FÉÉCUM a détaillé en long et en large les problèmes de transparence de l’Université de Moncton et les solution qui s’imposent (FÉÉCUM). Nous demandons depuis les années 1970 la création d’un poste d’ombudsman, d’un arbitre impartial qui puisse mettre un frein à l’emprise de l’intimidation sur les membres de la communauté universitaire (et pas seulement les étudiants); nous demandons depuis deux ans des procès-verbaux plus détaillés, et idéalement la diffusion des réunions du CGV; nous voudrions avoir accès aux minutes des réunions des comités permanents et spéciaux du CGV, où se prennent généralement les décisions les plus controversées – notamment la hausse des droits de scolarité, le budget de l’institution, ainsi que les conditions d’emploi du recteur – de même qu’un accès plus rapide aux chiffres qui alimentent leur travail. Comment peut-on espérer agir sur une motion si on ne nous en fait part qu’après son adoption, qui se fait derrière des portes closes où «nos» représentants doivent signer une entente de confidentialité?

Le cynisme qui en résulte et qui s’installe graduellement, la désillusion et la résignation qui s’ensuivent, font tout sauf contribuer au progrès de l’institution.

Il faut à l’Université de Moncton des mesures concrètes en fait de transparence, nous le répétons – pour la énième fois – car l’heure des constats et des délais est passée. Il ne suffit plus d’applaudir le plan de travail, il faut se mettre à l’ouvrage.

Nous attendons. À quand les résultats?

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