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Notre blogue

Lettre ouverte au Recteur : Pour bénévouloir, faut bénépouvoir

Détails
10 Avril 2014
benevolat

Monsieur Théberge,

Nous partageons l’opinion récemment exprimée sur votre blogue (UdeM), quant à l’importance du bénévolat et aux nombreux bienfaits sociaux et personnels pouvant en découler.

En effet, le bénévolat est porteur de changement positif pour l’ensemble de la société. Sans oublier les bénéfices personnels et professionnels qui peuvent en ressortir pour qui s’y adonne, le bénévolat comporte également et surtout un grand nombre de bénéfices pour la société. Pour la population étudiante, que nous représentons, c’est un moyen rêvé d’acquérir et développer une panoplie d’aptitudes interpersonnelles, de parfaire l’éthique et les méthodes de travail tant individuel qu’en groupe. Dans l’ensemble, les études démontrent que le bénévolat affecte le développement social, cognitif et psychologique, le développement identitaire et la conscience politique, le réduction des facteurs de risque et le développement de l’autonomie et de l’appartenance (URLS-Montréal). C’est de plus un excellent médium de réseautage et, par cette voie, de création ou de renforcement de liens qui sont susceptibles de faciliter l’insertion sur le marché du travail, le moment venu. Mais plus que tout, c’est le moyen idéal de redonner à la communauté, de contribuer à sa croissance et à l’amélioration de la qualité de vie dans leur milieu.

De même, la société bénéficie de l’implication de la communauté étudiante. La jeunesse, porteuse d’idées nouvelles, d’enthousiasme et d’engagement, est la candidate rêvée pour « [être le changement [qu’elle veut] voir dans le monde», suivant les conseils de Gandhi. Cette passion et cet engagement se transforment en élément de vitalisation de la communauté, en amassant le soutien des réseaux personnels des jeunes impliqué-e-s, par effet d’entrainement. Voilà le parfait catalyseur d’un effet boule de neige dont l’impact durable sera l’intérêt et l’engagement d’une nouvelle génération dans les affaires de sa communauté.

Cela dit, l’engagement communautaire et le bénévolat deviennent des priorités de plus en plus difficiles à justifier pour les étudiant-e-s, qui sont aux prises avec les conséquences d’un endettement en constante progression. En considérant l’importance des sommes désormais requises pour l’obtention un diplôme de niveau universitaire, plusieurs doivent en effet choisir de délaisser le bénévolat pour se concentrer sur leurs études. En 2012, Statistique Canada rapportait que le groupe des 25-34 ans était en fait le moins susceptible d’être «principaux bénévoles», c’est-à-dire de contribuer 161 heures ou plus (Statcan). Or c’est ce groupe qui est le plus directement aux prises avec les conséquences de l’endettement étudiant. Le même rapport établit d’ailleurs un recul de la moyenne d’heures consacrées au bénévolat dans notre province. Également, il précise que le manque de temps est la première raison invoquée pour ne pas faire de bénévolat.

Le rapport précise que le groupe des 15-19 ans «affichaient un taux de bénévolat considérablement plus élevé que les jeunes adultes de 20 à 24 ans». Aussi les 20-24 ans présentent-ils les taux les moins élevés de bénévolat dans six des sept les catégories recensées. De même, 81% des 20-24 ans ont déclaré que le manque de temps était le principal obstacle à consacrer plus de temps au bénévolat.

Il n’est conséquemment pas difficile d’établir le parallèle entre les exigences reliées aux études et le recul de l’implication communautaire sous la forme de bénévolat. Et pourtant, les étudiants auraient tout à gagner, en considérant leurs difficultés croissantes à intégrer le marché du travail après les études (TUAC Canada).

Renoncer à faire du bénévolat, ou diminuer les heures qui y seront consacrées, peut d’ailleurs être une décision personnelle, ou relever d’une pression de la famille de l’étudiant-e, qui dans les meilleurs des cas est en mesure de lui fournir un soutien financier. Les études d’abord. En principe, on peut difficilement trouver le mal dans cette affirmation, mais c’est malheureusement réduire l’expérience étudiante à sa plus simple expression.

Et pour bénévouloir, encore faut-il bénépouvoir. Et si un bacc a le potentiel de vous endetter à hauteur de 60 000$ (avec l’intérêt ajouté), on comprend que la partie «pouvoir» n’est pas forcément toujours entre les mains de l’étudiant-e.

Nous, à la FÉÉCUM, voulons voir la population étudiante libre et en mesure de s’impliquer dans sa communauté, dans les causes qui la touchent et lui tiennent à cœur, et auprès des organismes qui forment la base de la représentation politique et sociale de la population francophone de la province du Nouveau-Brunswick.

Et, force est de le constater, tant que se poursuivra l’augmentation des droits de scolarité et des coûts généraux de l’éducation universitaire, l’Université sera de moins en moins capable de remplir sa mission d’engagement communautaire (UdeM), en raison des impératifs financiers liés à l’obtention des meilleures notes, de bourses et, en bout de ligne, du meilleur emploi possible pour être en mesure de vivre avec la dette encourue.

Prenons l’exemple d’un-e étudiant-e dont les prêts et/ou bourses ne sont pas suffisants pour s’acquitter des coûts liés à ses études. Il lui faut alors chercher un emploi à temps partiel, et plus d’un seul en certains cas, afin de combler le manque à gagner. Ça devient d’ailleurs la norme plus que l’exception, au Canada (Statcan). Or, le temps qui déjà n’est plus consacré aux études puisqu’il est occupé par le travail rémunéré, devra à son tour, dans une mesure quelconque, être remplacé par le temps autrefois libre, qui aurait permis à l’étudiant-e de s’impliquer dans sa communauté. L’impact de la hausse des droits de scolarité ne se limite pas aux étudiant-e-s qui en subissent le plus directement les contrecoups, mais bel et bien, et de plus en plus, à l’ensemble de la société qui se voit du coup privée de certains de ses contributeurs les plus énergiques et passionnés. Le corolaire de ce recul de l’implication sera possiblement la distanciation des courants sociaux vis-à-vis les intérêts étudiants et de la jeunesse, ce qui à terme contribuera d’autant plus à diminuer et décourager leur participation

Nous désirons que l’Université de Moncton soit en mesure de remplir sa mission d’engagement communautaire au maximum de ses capacités, et nous sommes conscients que, pour ce faire, il sera important que tous les membres de la communauté universitaire oeuvrent de façon à réaliser cet objectif.

C’est pourquoi, monsieur le Recteur, nous croyons qu’il vous faudra travailler afin d’améliorer la condition étudiante. Pour sa part, la FÉÉCUM est certainement prête à vous assurer son soutien dans cette entreprise, de même qu’à faire tout ce qui sera en son pouvoir pour faciliter la participation étudiante dans des programmes de bénévolat et d’implication communautaire. Car s’il existe une réelle formule gagnant-gagnant en ce bas monde, nous sommes d’accord avec vous qu’il s’agit bel et bien de celle du bénévolat.

Donnons-nous en donc, collectivement, les moyens. La première étape logique doit être de cesser la hausse des droits de scolarité.

Le Comité exécutif 2014-2015 de la FÉÉCUM

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