
par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets
Autre dossier qui a passablement progressé au cours des derniers mois : le Centre étudiant. Partant d’un constat du manque de contrôle étudiant sur des espaces qui ont été largement financés par ces derniers, de règles et de contrats imposées par l’Université sur des espaces qui se veulent – et devraient être – étudiants, de conquête progressive des espaces par l’Université (le dernier en liste étant le Sissetrois), la FÉÉCUM a résolu d’étudier en profondeur ses archives afin de mieux comprendre par quelle chemin tordu nous en sommes arrivés où nous en sommes.
C’est-à-dire non pas à un Centre étudiant, mais un Centre de services aux étudiants.
D’abord, un brin d’histoire.(non, ce ne sera pas très long et pas besoin de retenir les dates). OK, alors voilà : quand l’Université est créée en 1963, l’association des étudiants a le statut de club, et pas d’espace attitré. La Fédération des étudiants de l’Université de Moncton (FÉUM) naît en 1969, et gardera ses locaux dans la maison Massey (derrière Taillon) jusqu’en 1992, quand elle déménage dans ses locaux actuels du Centre étudiant pour, de un, mieux servir ses membres en ayant accès à un espace de rencontre convivial, une cantine et un pub et de deux, se rapprocher des étudiantes et étudiants en occupant un emplacement plus «central».
Le problème, et dès l’ouverture du Centre étudiant à la rentrée 1993, relève du manque de contrôle étudiant sur un édifice que l’Université considère comme son unique propriété. Et pourtant, ce sont les étudiantes et étudiants qui ont payé les deux tiers de l’édifice (phases I et II) à hauteur de tout près de 4 millions de dollars (et près de 85% de la phase I). Or, même dans ses locaux du B-101, la FÉÉCUM n’a pas le statut de locataire, c’est-à-dire ni droits ni garanties liées aux lieux où se déroule le plus clair de ses activités. Pas plus qu’elle n’a de contrôle réel sur les espaces occupés par les services universitaires, qui à l’origine auraient dû avoir un espace attribué selon une entente de 5 ans, renouvelable et sur laquelle la FÉÉCUM exerçait la majorité du contrôle. Évidemment, l’Université a refusé la proposition! Résultat : si l’UdeM décidait demain de nous foutre à la porte pour, disons, donner nos locaux au service de recrutement, rien ne les en empêcherait légalement parlant. Rien n’indique, heureusement, que telle soit son intention.
Mais le malaise demeure entier : aucune entente contraignante ne lie la FÉÉCUM et l’Université quant à la gestion, l’attribution ou l’utilisation des espaces du Centre étudiant, alors que la norme (le minimum acceptable) en milieu universitaire est un statut de locataire pour une somme symbolique. Ça représente d’ailleurs une protection pour les deux parties. Mais on est loin, très loin de la norme. Seul point «positif», ça fait bien rigoler les avocats à qui on parle de la situation. La mauvaise foi de l’Université dans ce dossier, dès le départ, est à leur dire plus qu’évidente. On a aveuglé les représentants étudiants en les plaçant dans les limbes d’un point de vue administratif. On les a traités comme des enfants, sous le couvert d’une bienveillance parentale qui «sait» ce qui est le meilleur pour eux.
Et c’est sans parler des embûches que la FÉÉCUM rencontre continuellement dans le déroulement d’activités, des sévices dont les étudiantes et étudiants sont ponctuellement victimes en venant à ce qui devrait être LEUR Centre pour y mettre un peu de vie; jouer de la musique, débattre, prendre une bière, égayer les espaces blêmes avec un peu d’art, ou que sais-je encore. Des affaires étudiantes, finalement. Au lieu, on voit en fait très peu d’achalandage étudiant dans cet endroit qui n’a d’étudiant que le nom : on y vient pour les services qui y sont offerts, pas parce qu’on désire y être. Comme, par exemple, les jours de Marché. Les étudiants vont donc surtout au Centre étudiant quand ils y sont, quelque part, obligés.
On – vous et vos prédécesseurs étudiants – a donc payé pour les deux tiers de l’édifice, et voyez un peu ce que l’Université en a fait. En deux mots, SON édifice.
Y’a beau chercher quel plaster on va mettre sur ce mess-ci, personnellement, je n’en vois aucun qui puisse résoudre les problèmes à long terme. C’est pourquoi une résolution a été votée à l’Assemblée générale du 6 décembre 2013 (4823-FEAG-131206), voulant que «la FÉÉCUM lutte pour avoir le plein contrôle du Centre étudiant, c’est-à-dire qu’elle lutte pour une complète autogestion en droit et en pratique de l’édifice et des locaux du Centre étudiant».
Or depuis, Taillon nous fait la sourde oreille. On espère sans doute que ça passera.
Eh bien, il n’en est pas question : nous ne sommes pas des imbéciles, nous ne savons que trop bien que l’Université ne renoncera jamais au contrôle de cet édifice, considérant la quantité de services qu’elle y a implantés. Et nous n’avons rien contre ces services, ni contre ces employé(e)s, cependant nous considérons que leur place ne devrait pas être dans un Centre étudiant. Or, s’ils ne bougeront pas, nous devons étudier d’autres possibilités.
Et la plus viable, pour l’instant, s’avère la construction d’un nouvel édifice, encore une fois sur le campus de l’Université de Moncton (mais où, ça dépendra de la bonne volonté des gens de Taillon), dont le financement et la gestion relèvera entièrement de la FÉÉCUM. Il s’agirait d’un espace entièrement autogéré, qui bénéficierait d’un «statut d ‘ambassade» sur le campus de l’Université – dans les limites de la loi on s’entend – où les contrats de schnoutte qu’elle signe avec les grosses multinationales ne pourront pas nous empêcher de bénéficier de dons ou de commandites venant d’ailleurs que chez Coke (c’est-tu pas encore fini c’te contrat-là???) ou Chartwells, où les règlements seront VOS règlements, et où les espaces seront VOS espaces. Un édifice vert et ouvert. Un véritable chez-vous sur le campus!
Une étude de faisabilité est actuellement en cours, mais tout indique qu’un tel projet soit possible, tant et aussi longtemps que l’Université saura fairee preuve d’ouverture envers les étudiants pour mettre en place quelques conditions de base. Et ça, vous l’imaginez, ce n’est pas encore gagné : on se frappe régulièrement le nez aux portes, aux répondeurs et aux courriels d’excuse de la haute administration.
Raison de plus pour ne pas lâcher le morceau! Si ils refusent de nous parler, c’est sans doute qu’ils espèrent que c’est exactement ce qui arrivera.
Petite note historique (y’aura pas de test), en guise de clotûre. Vingt ans se sont écoulés entre les premières ententes FÉUM-UdeM (1971) et la pose de la première pierre de l’édifice (1992) : c’est le temps que prend l’Université quand on laisse à sa bonne volonté la réalisation de projets étudiants. Cinq générations d’étudiants complètes entre l’idée et sa réalisation. Résultat? Un projet de 800 000$ qui finit par en coûter 3,7 millions $.
Ici encore, plus ça tète, et moins ça devient réalisable. Et ça, soyez-en assurés, l’Université de Moncton le sait très bien.
Clé du Centre étudiant à vendre sur Kijiji




