
par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets
En entrevue ce matin à l’émission Le Réveil, la vice-rectrice aux affaires étudiantes et internationales (VRAÉI), Marie-Linda Lord, s’est avoué n’être pas inquiétée par la manifestation prévue aujourd’hui par l’association des étudiants et étudiantes internationaux de l’Université de Moncton (AÉÉIUM). L’AÉÉIUM veut dénoncer par cette manifestation silencieuse le fait que ses membres se sentent comme les «vaches à lait» de l’U de M, qui leur a imposé le printemps dernier une hausse de 1000$ de leurs droits de scolarité. La VRAEI donc, ne s’inquiète pas de la sortie (inhabituelle) de l’AÉÉIUM, puisque, selon elle, la hausse n’a eu «aucun impact» sur le recrutement. En fait, nous apprend-elle, le nombre d’étudiantes et étudiants internationaux a augmenté encore une fois cette année.
Je trouve cela dérangeant, que la VRAÉI ne soit pas inquiétée par cette manifestation (Radio-Canada). Surtout qu’elle ne s’en formalise pas sur une base purement mathématique. Le changement qui s’opère dans les mentalités de la communauté étudiante internationale a pourtant tout ce qu’il faut pour être inquiétant.
Si la communauté étudiante internationale réalise son pouvoir sur l’Université de Moncton, hé bien, il pourrait bien y avoir des conséquences qui auront, cette fois, de quoi inquiéter la VRAÉI.
Je succombe à la tentation; regardons les chiffres. (Donc ignorons les gens; manifestement, c’est tout ce qui semble intéresser les gens de l’autre côté du débat).
La proportion d’étudiantes et d’étudiants internationaux a augmenté de façon notable dans toutes les universités du N-B (sauf STU) entre 2008-2009 et 2012-2013 (CESPM), Quoi qu’il en soit, à l’Université de Moncton, les étudiant(e)s internationaux représentaient 9,7% des étudiants à temps plein en 2008-2009, proportion qui est passée à 15% en 2012-2013 (CESPM et CESPM). Selon la VRAÉI on se situe aujourd’hui près de la barre des 20%.
Jusqu’ici, pas de problème pour l’UdeM, et certainement pas de quoi empêcher de roupiller paisiblement la VRAÉI.
MAIS : on peut regarder ces chiffres d’un autre angle.
Ce que cela nous dit, en outre, c’est que l’UdeM a de plus en plus BESOIN d’étudiants internationaux pour assurer son fonctionnement, en raison notamment d’une baisse des inscriptions de source provinciale. Cette baisse a été compensée par une augmentation des inscriptions d’étudiant(e)s internationaux (UdeM).
Ainsi, par le biais d’une certaine gymnastique de recrutement, le niveau des inscriptions se maintient plus ou moins. Voyez plutôt, d’après les données universitaires (UdeM), ce que ça donne :

Les diplômés du secondaire au N-B comptent pour 60% des inscriptions à l’UdeM (UdeM). Or, le nombre de ces diplômés est en chute constante, étant passé de 3061 en 2002 (dont 926 étaient inscrits à l’UdeM en septembre, ou 30%) à 2406 en 2012 (dont 759 étaient inscrits à l’UdeM en septembre, ou 32%). On voit que, bien que l’UdeM réussisse à attirer une proportion toujours plus grande de ces étudiant(e)s, leur nombre absolu diminue, et rien ne laisse présumer un revirement de cette tendance .
Mais la tendance est claire : il va falloir attirer d’année en année plus d’étudiants internationaux. Et il faudra, surtout, les retenir – c’est là que l’attitude de la VRAÉI détonne.
J’ose croire qu’il y a plus que le coût des études qui attire les étudiant(e)s internationaux à Moncton, mais à la lumière de mesures d’attraction comme celle de l’Université d’Ottawa (Radio-Canada), on se demande tout de même comment on peut sombrer dans la complaisance du côté de Taillon.
À quel point les étudiant(e)s internationaux vont-ils cesser d’être, aux yeux de l’UdeM, une forme de mesure compensatoire à la baisse de sa population étudiante néo-brunswickoise? Ces étudiant(e)s représentent actuellement 1/5 des inscriptions au campus de Moncton, et on vise à doubler leur nombre d’ici dix ans (UdeM), ce qui est d’ailleurs un objectif partout au Canada.
Il y avait 696 étudiant(e)s internationaux inscrits aux campus de l’UdeM en 2012-2013 (UdeM); si ce nombre doublait, et que la population étudiante totale demeurait relativement stable aux environs de 4800 étudiant(e)s à temps plein, cela signifie que dans dix ans les étudiant(e)s internationaux pourraient représenter 29% de la population étudiante.
À ce moment-là, est-ce que le mécontentement de la population étudiante internationale aura de quoi inquiéter la VRAÉI?
…
Une chose est certaine, ce n’est pas tout le monde qui partage son insouciance au campus de Moncton. Ce matin, alors que se préparait la marche silencieuse, on a pu remarquer des agents de sécurité (et pas que des Bleus) surveiller le corridor du Centre (de service) étudiant et le Soixante-trois.
C’est déjà un bel exemple du manque de confiance de l’institution envers ses propres étudiants. Mais, pire encore, on apprend cet après-midi que le 2e étage de l’édifice Taillon a été verrouillé pendant la marche. On ne pouvait y accéder par la cage d’escalier, les portes de l’étage étant fermées à clé, ni par l’ascenseur, qui ne s’y arrêtait plus.
Hmmm.
Donc on a non seulement besoin des étudiant(e)s internationaux, mais on a surtout besoin qu’ils se tiennent tranquilles? J’inviterais nos collègues à se servir de la marche d’aujourd’hui comme un appel à se réveiller et prendre conscience de ce qu’ils représentent pour l’Université de Moncton, et de là, du pouvoir que cela leur confère au sein de notre institution. Sans vous, étudiantes, étudiants, l’Université tombe bientôt en décrépitude : faites-vous entendre fort, et souvent!




