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Rentrée… dans son argent

Détails
7 Février 2014
200off

par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets

Vous le savez sûrement, la grève des profs à UNB est terminée depuis lundi, jour du retour en classe; on apprend d’ailleurs ce vendredi que l’AUNBT a ratifié l’entente de principe qui avait mené à ce retour. Les étudiants ne sont pas très contents de perdre leur semaine de mars – ce qui doit permettre de rattraper une partie du temps perdu – mais ils vont recevoir une compensation financière de l’Université en guise d’«excusez pardon».

200$, sous la forme de crédit sur les droits de scolarité (CBC).

On a vu à quel point, pourtant, la mathématique est importante dans la gestion financière des universités, alors, je vous le demande : à quel point ce montant représente-t-il les pertes encourues par les étudiants en raison de la grève? C’est quoi le calcul?

OK, allons-y d’après ce que l’on sait : une année universitaire s’échelonne sur une période de 34 semaines; il en coûte au total 6800$ pour étudier à temps plein en 2013-2014 à UNB, ou 6007$ si on retire les frais afférents (ce que nous devrions faire parce que les étudiants ont pu accéder aux bâtiments et services pendant la grève); ce montant s’élève à 13 282$ pour les étudiants internationaux (UNB).

Donc, calculons : 3(6007/34)=530

En valeur absolue, c’est ce que les étudiants paient pour avoir accès à l’enseignement des profs d’UNB. D’après le budget 2013-2014 de l’Université, 53,7% du budget est attribué aux coûts liés à l’enseignement (UNB), alors :

530(0,537)= 285

Les étudiants se sont conséquemment fait voler 85$ chacun par l’Université. Oh, peut-être nous dira-t-on qu’il y a des coûts supplémentaires et inattendus associés à un conflit de travail (comme de la sécurité importée d’Ontario, par exemple : Brunswickan) mais ça, ce n’est pas une décision qui revienne aux étudiants de toute façon, alors on peut difficilement justifier le fait de leur en refiler la note, non?

Et si on considère qu’il y a environ 10 000 étudiants répartis entre les campus de Fredericton et de Saint-Jean (CESPM), c’est donc 850 000$ que UNB garde en poche. Difficile de dire qu’on a pas tiré profit de la grève en ce cas, vous ne diriez pas? Je vous rappelle que j’ai éliminé toutes les sommes non-académiques de mes calculs, et qu’ils reflètent en principe le coût absolu de l’éducation à UNB, dont les étudiants ont été privés.

Quin, parlant d’économies douteuses, parlons donc un brin du rapport du comité sur la viabilité des programmes à l’Université de Moncton.

Sortez vos habits bruns.

Alors voici le raisonnement : les opérations de l’Université coûtent trop cher et il faut couper quelque part. Mais où? Tout le monde sait qu’à la moindre annonce de coupure on aura droit au drame (et la FÉÉCUM ne fait pas exception à la règle) car la majorité de la communauté universitaire a plus à cœur l’institution que ses finances. C’est en outre pourquoi ce ne sont plus, et depuis longtemps, des gens du domaine académique qui s’occupent de la gestion financière des institutions postsecondaires, mais des gestionnaires et des fonctionnaires. Ils ont été à l’Université, mais ils n’entretiennent pas la même relation émotive à l’institution : pas qu’ils s’en foutent, loin de là, mais leur jugement ne doit pas être obstrué par leurs sentiments : il faut penser en chiffres et c’est leur travail.

Or donc, ça nous prenait un chiffre, et on a choisi, du côté du comité, le trois. Moins de trois diplômés par année dans ton programme? Alors on coupe! Ou enfin, ça devient une possibilité.

Ça se justifie. Froidement, mathématiquement, certes, mais ça se justifie. Comme l’a démontré notre bon ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail (agencement un peu bizarre quand on prend la peine d’y réfléchir, non?) Jody Carr tout récemment, les chiffres auront toujours raison en bout de ligne parce qu’ils ne se discutent pas. Ce n’est pas comme ergoter sur le sens d’un mot, comme par exemple «abordabilité», qui prend un sens différent selon le contexte, l’émetteur, et le récepteur. Et c’est encore sans parler des brouillages mais là je tombe dans des concepts de linguistique hérités de ma formation pas rapport pour un emploi qui demande des qualifications déjà vagues. La joie de l’Université, quoi!

Il demeure qu’on se demande vraiment où l’Université va réaliser des économies, en coupant dans des programmes où les cours sont enseignés par des profs qu’elle paie déjà pour enseigner la majorité des mêmes cours dans des programmes qui, eux, demeurent. J’ai hâte de voir le rapport complet, disons.

Et soit dit en passant, l’Université a déclaré qu’elle devra faire des efforts de relance et de recrutement (rien quant à l’amélioration des programmes par contre) pour les programmes menacés mais qui vont en principe survivre suite à l’adoption du rapport (L'Acadie Nouvelle).

De plus, toute décision quant à la modification de l’offre de cours à l’UdeM doit se faire en accord avec sa charte (UdeM), qui définit l’institution comme «une université de langue française [2(1)] […] dispens[ant] un enseignement et une formation dans toutes les disciplines du savoir [3 a)]», c’est-à-dire une université généraliste de langue française. Et pourquoi? Parce qu’elle a pour mission fondatrice de servir de levier d’ascension sociale à la population francophone de la province, et qu’en cette qualité elle doit fournir une éducation et une formation qui touche à toutes les disciplines. S’il y avait d’autres options en fait d’éducation universitaire en français au N-B, l’UdeM pourrait se spécialiser dans les disciplines les plus «payantes», mais tel n’est pas le cas. La suite des choses sera intéressante, à n’en pas douter, et plus que tout reste à voir.

L’assentiment du Sénat académique, composé d’étudiants, professeurs, et doyens de faculté (tous des intervenants du milieu académique) et présidé par le recteur, n’est en outre pas gagné d’avance. Remarquez que le jeu des rancunes pourrait y faire pencher la balance; nous invitons conséquemment les sénatrices et sénateurs à voter en accord avec leur conscience académique, et en pesant bien la portée de leurs décisions.

Réfléchir au précédent que l’on créée sera également important, qui devra peser dans la décision en bout de ligne. Cela dit, il faut que la décision qui soit la meilleure pour l’Université l’emporte, et viable à long terme.

On verra bien.

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