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Inutile, l’évaluation des profs?

Détails
13 Janvier 2014
evaluations

par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets

Je crois que le sentiment général de la communauté  étudiante à cet égard est un «oui» retentissant, et pour cause. Où sont les résultats? Où sont les conséquences? Où est Charlie? Où est le sérieux? Où est l’utilité?

Je vous le demande.

La vérité est que l’exercice imposé à la fin de chaque semestre sert à quelque chose : il sert à nourrir le dossier d’enseignement des profs de l’UdeM et, quand vient le temps de faire une demande de promotion ou de permanence, le résultat aux évaluations des années passées est un facteur pris en considération par le comité.

Ça sert donc à quelque chose. Pour les profs.

Et pour l’UdeM, c’est là fin de la discussion : c’est une responsabilité qui incombe à toute institution désireuse de gérer sainement ses ressources humaines que de procéder à une évaluation périodique de la performance de ses employé(e)s. Et c’est ce qu’elle fait.

Mais la philosophie – et la recherche – derrière l’évaluation des professeurs par les étudiants, sont unanimes : il faut que les résultats en soient communiqués, du moins en partie, aux étudiants. Il faut également que l’institution déploie l’effort d’expliquer clairement le fonctionnement et les buts du processus quand elle en divulgue les résultats, que ce soit sous forme de données brutes (peu courant) ou d’analyses statistiques (plus courant, plus convivial et plus utile).

Et la vocation première du processus est de servir d’outil de perfectionnement professionnel pour les profs, c’est-à-dire de leur fournir une mesure de leur propre performance en salle de classe qui leur permette d’évaluer si les objectifs qu’ils se fixent d’année en année sont atteints de manière satisfaisante, tout en mettant en lumière les aspects de leur enseignement qui présente peut-être certains défis auxquels il conviendrait d’accorder de l’attention dans les années à venir.

C’est un exercice qui demande également un suivi; des rencontres, des discussions avec supérieurs et entre collègues suivant la parution des résultats de l’évaluation. Que l’on fasse quelque chose avec ces documents qui demandent des heures à remplir et des semaines à analyser, autre que de les foutre dans une chemise et les oublier jusqu’au jour où l’on recherche de l’avancement. Que cela puisse servir au perfectionnement, que ce soit utile aux profs dans leur pratique quotidienne. Pas de manière coercitive et imposée, mais constructive et autonome. Parce qu’on sent un peu de crainte de ce côté, de réticence des profs qui ne veulent pas se faire dire comment faire leur boulot.

Et c’est précisément ce suivi qui donne toute sa pertinence à l’exercice, pour tous les individus qui participent au processus. Et ici, maintenant, ça manque cruellement.

Car à Moncton, on est bien loin d’adhérer avec conviction à ces principes. Et je suis prêt à vous garantir qu’il y a une bonne quantité de profs qui jugent cet exercice aussi inutile que vous. Une perte de temps, guère plus.

Jean-François Richard, le nouveau vice-recteur à l’enseignement, a mis le doigt sur le bobo dans sa présentation alors qu’il posait sa candidature au poste, obtenu depuis : l’Université de Moncton a besoin de (re)valoriser l’enseignement. L’enseignement représente 2/3 des tâches des professeurs, et il est impensable, selon M. Richard, que l’on ne sache pas accorder à cet aspect du travail des profs le mérite qui lui revient. Là, je suis d’accord. Pensez-y bien : les profs qui vous ont marqué à l’UdeM vous ont-ils épatés par la liste de leurs contributions et l’éventail de leurs recherches? Je veux dire : seulement grâce à cela? Il y a de quoi en douter. La passion, les aptitudes de communication, le dévouement, l’entregent, qu’on le veuille ou non c’est ce qui fait la différence.

Et il y a un autre problème avec l’approche courante à l’UdeM. En effet, si la seule réelle utilisation qui est faite des résultats de l’évaluation des profs est de les verser au dossier à des fins d’avancement, alors il arrive quoi quand un prof devient titulaire? En principe, il peut se servir des évaluations pour allumer son poêle.

Ou faire des chapeaux. Des couvre-livres. Tapisser ses fonds de tiroirs.

Ouh! Faire de l’origami!

Pourquoi, donc, ces résultats sont-ils marqués du sceau de la confidentialité? De quoi a-t-on peur? Si j’étais prof, je crois que je tirerais une certaine fierté de mon travail. Or, cette fierté est-elle dénuée de persévérance? Est-ce qu’une mauvaise évaluation va les forcer à repenser son choix de carrière? Si ça fait dix ans que je creuse mal mes seillons et que mes carottes poussent croche, ne devrais-je pas savoir m’ouvrir à l’opportunité de savoir ce que je pourrais corriger pour arriver à de meilleurs résultats?

De plus il est recommandé que les professeurs ajoutent une note circonstanciée à leur réaction au rapport d’évaluation. Une explication, là, pas une excuse.

Et vous savez quoi, le prof qui s’oppose au dévoilement des résultats de l’évaluation des professeurs parce qu’il sait pertinemment qu’année après année ses résultats sont négatifs, c’est peut-être le coup de pied au curriculum dont il a besoin.

D’ailleurs, certaines universités requièrent la permission des profs pour dévoiler leurs résultats. Donc toi, prof bougon, si tu veux garder ça caché, aucun problème. Mais qu’est-ce que tu devrais avoir à cacher, au juste?

On se le demande. Et on se le demandera. Et ça n’a pas raison d’être.

Soyez fier de votre travail. Sarclez bien vos seillons et les carottes pousseront droit! Que ce soit clair une fois pour toutes : le but des étudiants n’est pas de vous jeter dehors, c’est de pouvoir profiter au maximum de votre travail. Ils sont là pour apprendre, bout d’corde, et vous pour enseigner, stimuler, éveiller… que perdrait-on à ce qu’on vous donne les moyens de le faire au meilleur de vos capacités?

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