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La lettre écarlate…? Une histoire de comité de révision de note

Détails
19 Décembre 2013
umonctonleaks-notes

par Raymond Blanchard, agent de recherche et projets, avec la permission de l'étudiant concerné

Il m’a été donné récemment d’assister la rencontre d’un comité de révision de note. Y étaient présents la direction et deux professeurs d’un côté de la table, et de l’autre côté l’étudiant et moi-même.

Avant la rencontre, l’étudiant m’a dit qu’il avait déjà rencontré la conseillère en harcèlement, qui lui avait conseillé de retarder le processus en raison de répercussions possibles sur la notation et l’évaluation d’autres professeurs. Malgré tout, il a choisi d’aller de l’avant. Ce n’est pas le choix le plus facile, vous l’imaginez.

Il lui reste encore des années d’études avant d’obtenir son diplôme; de fait, il demeure conscient des difficultés qui l’attendent, étant donné qu’il se considère désormais comme un étudiant «marqué».

Je vous avoue que j’aurais compris – comme il le comprenait lui-même – qu’on puisse hésiter à sortir de l’ombre dans ces circonstances pour faire valoir ses droits. L’étudiant s’engageait dans cette danse en connaissance de cause, tout en comprenant ceux et celles qui s’abstenaient de le faire en circonstances semblables.

Déjà là il y a de quoi être impressionné, un tant soit peu, par son audace. À quoi ressembleront les prochaines années de sa formation universitaire? Que cette révision de note lui soit favorable ou que le verdict du prof soit maintenu, les conséquences sont inévitables. La marque est faite; on l’aura à l’œil.

Et oui, même si le comité renverse la décision du prof. Peut-être même plus.

Ce n’est pas parce que quelque chose ne sera pas noté à votre dossier que personne n’en prendra note : j’aime croire que la majorité de nos profs savent faire abstraction de leurs sentiments personnels quand vient le moment d’évaluer leurs étudiants, mais tous? Nous somme tous des êtres humains, et les humains sont parfois de bien drôles de bêtes.

Alors la rencontre : d’emblée l’accueil est correct, professionnel, sans biais évident ou apparent. On s’assoit, trois de leur côté et deux du nôtre (remarquez que ma présence était facultative – il aurait très bien pu s’y retrouver seul) et le comité demande à l’étudiant de livrer sa version des événements. On l’écoute.

Une fois son exposé terminé vient l’étape de décortiquer la version de l’étudiant, de lui poser des questions, d’approfondir sa réflexion. Ceci étant ma première expérience directe de ce genre de situation, je n’ai (mal)heureusement rien dans mon bagage professionnel ou personnel à quoi le comparer, mais j’ai senti, distinctement, que l’étudiant avait de la difficulté à conserver son calme devant le barrage de questions. J’ai souvent vu ses mains trembler sur la table, même si sa voix ne le trahissait pas. Les questions ont d’ailleurs été faites avec professionnalisme de la part des membres du comité – c’est la situation en soi qui, je le crois, affectait la perception de l’étudiant sur la scène qui se déroulait,  avec lui en son centre. Je pouvais sentir qu’il se sentait attaqué, même si d’un point de vue objectif je ne détectais pas cette intention chez les profs assis en face. Peut-être était-ce de l’épuisement, après tout; le processus était déjà entamé depuis longtemps pour l’étudiant. Il avait répondu à ces questions plusieurs fois déjà.

Veut, veut pas, oui, c’est stressant. Et résolument difficile à traverser en maintenant le contrôle de ses pensées, ses paroles et ses émotions : je le répète, je fut impressionné par l’étudiant durant cette heure que dura la réunion du comité.

Un membre du comité en particulier était plus agressif dans son questionnement, qui prenait l’allure d’un examen oral voulant établir le niveau des connaissances de l’étudiant. Toutefois, je ne pense pas que cela était nécessairement déplacé : il faut poser les questions difficiles. Comme en Cour, on est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire.

Ou non, en fait.

Et c’est là que j’ai un vrai problème avec ce processus, et qui n’a rien à voir avec cette situation en particulier ou les membres du comité, qui ne semblaient pas beaucoup plus à l’aise que l’étudiant, de leur côté de la table : ce n’est pas l’étudiant qui est présumé innocent, mais le prof qui lui a attribué la note ou l’échec.

Or, dès le départ, l’étudiant est un peu désavantagé : il faudrait que le prof ait commis une grossière injustice à son égard pour que le comité tranche en sa faveur. Si le prof a manqué à un règlement ou à une politique de l’Université, le comité se doit de rétablir la balance, ces cas sont noirs et blancs, clairs et définis. Les cas de conflits de personnalité, de différends intellectuels ou encore d’intimidation, par contre, sont tout en nuances, en tons de gris. On y verse obligatoirement dans l’impression et la perception. Alors, les affinités professionnelles qui règnent entre les membres du comité – aussi bien intentionnés et impartiaux soient-ils, ce dont je n’ai pas raison de douter – et le prof feront inévitablement pencher la balance du côté de ce dernier, du moment où il y a place au doute. De quoi aura l’air la conversation?

« Je vois du gris ici, toi, tu l’interprètes comment? Hé bien, avec mes lunettes de prof, tu sais, les mêmes que les tiennes, celles qui me disent que j’ai raison et que j’ai agi en accord avec les principes de notre profession. »

Et tant mieux si c’est le cas. Oui, tant mieux, cependant, s’il y a un doute raisonnable, qu’est-ce qui se passe? Quelles sont les chances – honnêtement – que le comité tranche en faveur de l’étudiant et contre un membre de sa propre profession? L’étudiant est là pour quoi, quatre ou cinq ans? Le prof c’est une autre histoire, en principe.

Je ne veux pas prêter de mauvaises intentions aux profs dans ce genre d’exercice, mais leur situation fait qu’une impartialité complète et totale face au processus est une attente déraisonnable pour l’étudiant qui se présente devant le comité.

L’étudiant a encore l’option de porter son cas auprès du Sénat académique, où les profs ne sont pas majoritaires, mais où les étudiants sont encore une fois largement minoritaires. Après ça, plus rien, tu avales la pilule et tu continues le parcours.

Avec cette lettre écarlate, la marque de l’étudiant «à surveiller»… Pour toutes les mauvaises raisons.

C’est déprimant.

Vous pensez peut-être qu’il serait mieux de vous taire, puisque vous n’avez pratiquement aucune chance de faire valoir vos droits et d’obtenir justice. J’admets qu’il peut être plus facile de demeurer pessimiste, silencieux, mais c’est la pire des avenues. Remarquez : je comprends ceux et celles qui choisissent de le faire, mais il faut parfois voir plus loin que soi-même et ce qui nous affecte directement. Vous pouvez choisir de vous taire, mais ce serait jouer le jeu de l’injustice, la justifier en quelque sorte.

Au contraire, parlez! Parlez souvent et parlez fort!!! À la 4e, 5e, 10e ou 15e plainte à l’égard d’un prof, quelqu’un, quelque part, sera bien obligé de s’ouvrir les yeux et d’agir. Tant mieux si cette personne est membre de la communauté universitaire et décide de régler le problème; mais vous connaissez les médias, quand vient le temps de gratter après les bobos de l’UdeM…

Je veux dire que je ne suis pas persuadé qu’il faille 10 ou 15 plaintes avant que  ça sorte des murs de l’Université… tant que ces plaintes existent sur papier. Et c’est là qu’il revient aux étudiants d’intervenir quand ils jugent que leurs droits sont lésés. Il faut que les écarts figurent aux dossiers des profs qui les commettent. Et que s’il on n’y en retrouve aucun, ce soit pour les bonnes raisons.

Et cette lettre écarlate, portez-là comme un badge d’honneur, comme un symbole de votre résistance face à l’injustice. On vous soutient.

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